Science de l'esprit  

Appartenir à une lignée d'ouverture et de compassion
La lignée Karma Kagyu #1

Lama Puntso, à Dhagpo Kagyu Ling, le 9 janvier 2000

Il s'agit d'accomplir le bienfait de tous les êtres et de reconnaître dans le Gyalwa Karmapa un être éveillé, un refuge dans lequel on puisse véritablement s'ouvrir. Nous sommes réunis à Dhagpo Kagyu Ling, parce que, poussés par une authentique dévotion, nous venons à la rencontre d'un Bouddha vivant. Peut-être sommes-nous là par hasard. Quelle que soit la raison de notre présence, nous allons écouter, réfléchir et méditer l'ensei­gnement du Bouddha. Il est important de le faire avec une motivation juste. Nous sommes réunis avec l'impulsion, la motivation d'amener tous les êtres à l'Eveil. Le point de départ du cheminement du Bouddha Shakyamouni*, le début de sa voie de bodhisattva, commença au moment où il décida d'aider quelqu'un qui peinait à porter un fardeau. Ce comportement d'aide et de soutien, ce geste-là, c'est le démarrage du chemin de l'Eveil. La manifestation d'une présence à l'autre, le moment où l'on se dit: "Ce n'est pas mon bonheur qui est le plus important".. Là, on peut parler du début du chemin du bodhisattva. Pendant des années, le Bouddha a dispensé un ensei­gnement vivant et adapté aux êtres qu'il rencontrait. Il y a donc 2500 ans, une communauté de disciples, de pratiquants, s'était rassemblée autour de lui. Certains étaient moines et d'autres laïcs. Certains avaient réalisé la même chose que le Bouddha: la nature même de ce que nous sommes, la bonté fonda­mentale, qui est en nous tous. Ces disciples, ayant accompli ce que le Bouddha a transmis, l'ont partagé à leur tour. Les maîtres qui enseignent aujourd'hui sont les réceptacles vivants d'un enseignement qui a été transmis ainsi directe­ment de maître à disciple.

Une lignée vivante

Parmi les différentes lignées qui existent, il y a la lignée Karma Kagyu. Elle prend sa source dans l'enseignement du Bouddha. Cette lignée, transmise de maître à disciple, est composée de maîtres éminents. Parmi eux, il en est un qui se nommait Tilopa. Il vivait sur les rives du Gange. Sa biographie mentionne son allure originale, avec un pantalon bouffant, un catogan et ses yeux injectés de sang. Il détenait le cœur du cœur de l'enseignement du Bouddha. . . Il a réalisé ce qu'on appelle les accomplissements ordinaires, puis il a passé douze ans dans une grotte afin d'être sûr de réaliser une sagesse stable et de ne pas succomber au matérialisme spirituel. Naropa enseignait à l'université de Nalanda, la plus grande université bouddhiste indienne médiévale. Il était l'un des quatre recteurs. Les gens appréciaient ce grand érudit, reconnu par tous comme une sommité en termes de philosophie et d'enseignement bouddhiste. Un soir, alors qu'il se reposait, une vieille femme apparut devant lui et l'inter­pella: "Naropa, qu'est-ce que tu enseignes, les mots ou le sens ?" Il répondit : "Mais voyons, le sens !" Et la vieille dame se mit à pleurer. Un étrange senti­ment emplit le cœur de Naropa, qui se questionna sur sa réponse et prit conscience que depuis des années il n'enseignait que les mots. Il partit à la recherche de Tilopa. La quête du maître dura douze ans. Puis, l'ayant trouvé, durant douze autres années, il sera éprouvé par Tilopa. Progressivement, celui­-ci l'amènera à reconnaître la nature de son esprit. La vie de Naropa nous enseigne que, pour réaliser l'Eveil, il y a un moment où il faut perdre le contrôle de la situation. Ce qui nous donne la possibilité, la permission, de faire confiance, confiance en notre bonté fondamentale, confiance dans les trois joyaux, le Bouddha, le dharma, et la sangha, confiance dans le chemin et confiance en soi. Ensuite vint Marpa. C'était un fermier, et en même temps un érudit qui tradui­sait des textes. Il savait qu'en allant rencontrer Naropa, il allait rece­voir l'essence des enseignements. Pendant des années, il travailla laborieusement, il rassembla de la poudre d'or. Il entreprit un long et difficile voyage du Tibet en Inde. Après ce voyage dangereux, il arriva enfin devant Naropa avec sa poudre d'or. Il en avait mis une partie de côté, se disant qu'elle pourrait lui être utile par la suite. Lorsqu'il se présenta devant Naropa, il lui offrit la part de poudre d'or qu'il lui destinait. Naropa lui dit alors: "Moi, mes disciples, quand ils m'offrent quelque chose, ils m'offrent tout." Marpa sortit donc la poudre d'or qu'il avait cachée et la donna à Naropa. Celui-ci la prit en disant qu'il n'avait que faire des offrandes matérielles, et la jeta aux quatre vents! On peut imaginer ce qui s'est passé dans l'esprit de Marpa à ce moment-là ! On ne peut pas soupçonner Naropa d'avoir de l'orgueil. Il a confronté Marpa à son propre attachement, attachement à l'offrande de poudre d'or, et à la situation. Cette rencontre a pris une immense valeur parce que Marpa a accepté la situation, il a lâché, il ne s'est pas laissé prendre par les apparences. Ce n'est pas dans les apparences que se trouve la transmission. Ensuite, Naropa transmit tout à Marpa, qui devint le premier détenteur tibétain de la lignée Kagyu.

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