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Lignée
et transmission
Shamar
Rinpoché
Au
cours de la semaine européenne qui eut lieu à DKL
en août 92, Shamar Rinpoché donna un enseignement
sur la notion de Lignée. Rinpoché donna ensuite
des explications concernant la reconnaissance du 17ème
Gyalwa Karmapa, dont nous livrons ici la retranscription
fidèle.
Nombre
de Namtar - les vies des principaux personnages qui constituent
la lignée Kagyupa ont été traduits dans
les langages occidentaux, d'une manière extrêmement
claire, et si l'on veut en avoir le détail, il faut
se reporter à ces ouvrages. Je voudrais tout de même
dire quelques mots, d'une manière très générale,
sur ce qu'est la lignée.
Cette
lignée, ce lignage, cette transmission directe, à quoi
correspond-elle et à quoi sert-elle ? Elle permet
en fait de préserver une action continue et suivie
du Gyalwa Karmapa, de favoriser une transmission sans aucune
altération des enseignements et des moyens qui constituent
l'activité divine du Karmapa au travers des âges.
La lignée représente donc la garantie de cette
pureté et de cette intégrité d'action,
et ce sans aucune interruption.
Lorsque
l'on parle de lignée de transmission, on peut concevoir
cela de deux façons. L'une correspond à ce
qu'on appelle la Lignée avec un "L" majuscule,
qui est la transmission au travers de lamas réalisés.
L'autre lignée de transmission revient à dire
par exemple : " J'ai reçu du Karmapa les enseignements,
Je vous les transmets, vous-mêmes pouvez les transmettre à vos élèves
ou à votre enfant, etc." Cela aussi constitue
une lignée de transmission directe mais n'entre pas
dans ce que l'on appelle la lignée en général,
la Lignée Karma Kagyu par exemple. Il y a ainsi de
nombreuses branches annexes de la transmission, qui peuvent
se multiplier presque jusqu'à l'infini; par contre,
quand je parle de lignée pure, c'est autre chose.
Qu'est-ce
qui caractérise les voies de transmission pures par
rapport à d'autres qui ne le seraient pas ?
Puisqu'on éprouve
le besoin de dire "une voie de transmission pure",
c'est donc qu'il y en a qui pourraient ne pas l'être. Il
y a la transmission que l'on qualifie de réalisée
et la transmission appelée littérale. Cette
dernière est extrêmement importante; elle consiste à recevoir
un enseignement, par exemple le texte-racine du madhyamika écrit
par Nagarjuna, à le comprendre et à le retransmettre
exactement tel qu'il a été donné. A
partir du moment où j'introduis dans cette transmission
ma propre interprétation, à partir du moment
où je transforme le texte, où j'en change des
mots, des chapitres, etc., la transmission ne peut plus être
dite pure. Cette transmission littérale, comme son
nom l'indique, doit se faire au mot et à la lettre
près; elle doit véhiculer de maître à élève
une connaissance sans altération ni dans le fond ni
dans la forme.
Une
autre transmission concerne, par exemple, les vœux de
bodhisattva. Si je transmets les vœux de bodhisattva,
il faut d'abord que je les ai reçus, puis il faut
que je les garde parfaitement purs. Si je pratique réellement
ces vœux, je peux alors vous les transmettre. Et vous-mêmes, à condition
toutefois de garder purs ces vœux de bodhisattva, il
vous est possible de les transmettre. L'important dans cette
transmission est la pureté des vœux de celui
qui effectue la transmission, ce n'est pas le niveau du bodhisattva, à savoir
si c'est un grand bodhisattva ou un bodhisattva ordinaire
qui vous les transmet.
Il
existe enfin une transmission propre au vajrayana, qui a
lieu au cours des initiations.
Il
s'agit de quelque chose de beaucoup plus profond que tout
ce dont on vient de parler, parce que cela n'implique pas
seulement des formes extérieures ou une simple décision
intérieure, mais une véritable réalisation.
Lorsque l'on confère une initiation, on confère
un pouvoir de maturation : l'initiation doit non seulement être
reçue mais doit en même temps contenir la possibilité de
porter à maturité les potentialités
de l'esprit de celui qui la reçoit. C'est par exemple
l'initiation du vase correspondant à la purification
du corps.
Dans
une initiation, la partie formelle est constituée
par le rituel et les explications concernant les visualisations,
les pratiques, etc., qui vont avec l'initiation. Mais cela
ne représente qu'une toute petite part de ce que sont
véritablement le devoir et le pouvoir de celui qui
transmet l'initiation. Celui-ci doit avoir lui-même
reçu l'initiation et accompli les obligations rituelles
qui vont avec; de plus la qualité de l'initiation
qui est reçue par les disciples dépend directement
de la réalisation de celui qui la transmet : une initiation
n'est pas seulement une transmission intellectuelle, c'est
une transmission de réalisation effective.
Ainsi
donc, pour être à même de porter à maturité l'esprit
d'autrui, il faut avoir soi-même atteint par la méditation
un degré de maturité supérieur. Lorsque
l'on transmet une initiation à un ensemble de disciples,
chacun d'eux a non seulement une personnalité différente
mais une qualité d'esprit différente, et chacun
rencontre au cours de sa progression des problèmes
différents; et si l'initiateur n'a pas lui-même
un haut degré de réalisation, il n'est pas
en mesure de guider le disciple correctement et de mener à bien
son rôle de "maturateur".
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