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Lignée
et transmission #2
Shamar
Rinpoché
Les
transmissions initiatiques propres au vajrayana sont particulièrement
profondes et délicates; c'est pour cela qu'on les
considère comme véritablement spéciales
: elles engagent directement la personnalité et
la réalisation de celui qui
effectue la transmission. II ne s'agit plus d'une chose qui
pourrait presque se transmettre toute seule en quelque sorte,
comme des connaissances, voire comme des vœux, mais cela
dépend directement de la réalisation de celui
qui transmet.
Lorsque l'on envisage la complexité des
instructions à transmettre,
et surtout la diversité des personnes, on s'aperçoit qu'il est
nécessaire d'avoir une référence absolue. Lorsque l'on considère
ce qui est à la base de toutes les pratiques de méditation - les
deux phases appelées chiné et lhaktong - il est extrêmement
délicat d'établir
ce qui appartient à chiné (le calme mental) et ce qui appartient à lhaktong
(la vision pénétrante), et de connaître les différentes
phases d'acquisition progressive du calme mental pour ensuite faire le lien entre
ce calme mental et la vision pénétrante. Tout cela est un chemin
qui, bien qu'étant parfaitement clair, peut être truffé d'erreurs,
justement parce que ceux qui le pratiquent sont extrêmement différents
et que les conditions de vie dans lesquelles ils se trouvent
sont très diverses.
Lorsque
l'on donne un enseignement ou une initiation à un
ensemble de personnes, il est sûr que certaines aborderont ce qui est
dit avec une compréhension relativement claire, que d'autres s'en écarteront
un peu, et d'autres complètement, voire même auront une compréhension
totalement erronée. Par contre, ceux qui sont chargés de faire
progresser ces gens doivent avoir une vision très claire de ce qui est à faire
et pouvoir corriger toutes les erreurs qui ne manqueront pas de se produire.
C'est la raison pour laquelle on a besoin de pouvoir se référer à une
autorité; il faut bien que quelque part quelqu'un puisse dire : "La
progression doit se faire de telle et telle façons, et telle et telle
personnes sont réellement qualifiées pour effectuer cet enseignement,
le transmettre, etc." Il est absolument nécessaire d'avoir quelqu'un,
ou un ensemble de personnes, qui maintienne d'une manière immuable le
cœur même de la tradition et en détienne toutes les clefs,
de manière à pouvoir éviter toute mauvaise interprétation.
Ceux
qui font référence sont ceux
que l'on appelle les "détenteurs de la Lignée". En
ce qui concerne les Kagyupas, c'est le Karmapa ; et c'est à partir
du Karmapa
que sont déterminés ceux qui sont qualifiés
pour transmettre les enseignements et aider ceux qui les reçoivent.
Et il ne s'agit pas là d'une question de titre ni de savoir si untel
est un grand ou un petit tulkou.
La condition essentielle est que la compétence
du lama, qui n'a pas besoin d'être un tulkou, ait été reconnue
par le détenteur
de la Lignée, en ce qui nous concerne par le Karmapa. Et il est nécessaire
pour occuper cette position de référence absolue qui est celle
du Karmapa d'avoir atteint l'Eveil.
Pour parler d'une manière plus générale,
abordons les deux aspects de
cette Lignée de transmission, que sont les soutras et les tantras.
Au Tibet, la transmission des tantras s'est faite essentiellement au
travers de Marpa le Traducteur. Il y a de nombreuses transmissions
de tantras,
mais
au Tibet elles ont été plus ou moins coupées
et n'existent plus. Il n'en reste que quelques-unes, et c'est la même
chose dans toutes les lignées, que ce soit les
Guélougpas, les Sakyapas ou les Kagyupas. Dans la lignée Karma Kamtsang, on a porté une attention particulière,
de manière à les préserver, à Hévajra,
Korlo Demtchok et Vajra Yogini.
Dans ces transmissions venant essentiellement de Marpa, il y a tout à la
fois une transmission textuelle, littérale (la théorie)
et une transmission des instructions essentielles (la pratique), mais
il est extrêmement
difficile de préserver parfaitement pures et ininterrompues
de telles transmissions, étant donné l'étendue
des éléments à transmettre.
La plupart des transmissions des tantras se sont trouvées peu à peu
anémiées et interrompues, mais il faut savoir qu'à partir
d'une transmission complète il est possible de retrouver d'autres
transmissions ; il suffit qu'il y ait une transmission vraiment complète
pour pouvoir ensuite réactiver les connaissances qui viennent
des autres branches, des autres tantras qui n'auraient pas été complètement
transmis.
Le
plus important est le tantra de l'union indissoluble, qui
est le tantra non duel de la réalité absolue, classe
de tantra à laquelle
appartient en particulier le Hévajra Tantra. Ce tantra traite
du kyérim
et du dzogrim. Le Hévajra Tantra a été complètement
transmis et c'est à partir de lui que l'on peut réactiver
ce qui est nécessaire pour la pratique des autres. Les tantras
comportent une phase de développement (kyérim) et une
phase d'achèvement
(dzogrim). Cette dernière se subdivise en ce que l'on appelle
la pratique avec caractéristiques et la pratique sans caractéristiques.
Lorsque l'on pratique les tantras, tout un aspect considère
une relation formelle avec la réalité exprimée
au travers de la méditation,
que l'on appelle le dzogrim avec caractéristiques, et cette
phase utilise des formes qui ne sont pas anodines, chacune d'elles
ayant un sens. Un symbolisme
correspond à ces formes et il y a une manière de les
relier à une
réalité effective. Tout cela est particulièrement
exprimé dans
le "Zabmo Nangdeun" du troisième Karmapa. L'aspect
pratique (non théorique) se trouve de nos jours dans les Six
Yogas de Naropa.
Un
autre aspect des tantras permet de faire le lien entre
la réalité telle
qu'elle est exprimée dans les tantras et la réalité telle
qu'elle est exprimée dans les soûtras. C'est ce que
l'on appelle l'aspect de parachèvement de la méditation
sans caractéristiques,
c'est-à-dire la reconnaissance de la nature de l'esprit
: on considère
la réalité non plus au travers de ses caractéristiques
formelles ou conceptuelles, mais en dehors de toute forme et de
toute caractéristique. Tout cela est directement
lié à l'enseignement
de Maitripa ; c'est la voie de chiné, lhaktong, mahamoudra.
Ces enseignements qui relient soûtras et tantras ont été basés
pour l'aspect théorique sur le madhyamika tel qu'il a été développé par
Nagarjuna ; ils sont aussi basés sur ce qu'Asangha
a codifié dans un texte appelé le "GyuLama".
De tout cela, il faut retenir que les tantras traitent essentiellement
deux aspects complémentaires, l'un formel et l'autre informel,
dont l'union permet la réalisation. Il y a d'abord une transmission qui
est celle des connaissances : une transmission intellectuelle.
Il y a ensuite une transmission des instructions particulières,
des instructions de réalisation.
Il y a également une transmission propre à la tradition
du mahamoudra initiée par Naropa avec les Six Yogas, qui
consiste en un ensemble d'instructions permettant de réaliser cette voie. Ces transmissions
sont communes à toutes les initiations ; il y a, accompagnant ou baignant
chaque initiation, des instructions formelles, puis des instructions libératoires,
et éventuellement des instructions libératoires spéciales
semblables aux Six Yogas.
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