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Appartenir
à une lignée : être pret à se
transformer #1
Rencontre
avec lama Tsony
Janvier 2000 - Dhagpo Kagyu Ling
La
lignée de transmission
Le
principe d'une lignée est d'assurer une continuité
dans la transmission des moyens de libération. Elle comporte
deux aspects: d'un côté, le dharma, qui se transmet
au travers des textes, c'est la transmission scripturaire, qui
s'établit entre un maître et un disciple. De l'autre
côté, il y a le dharma de l'accomplissement, de
la transmission des textes et de la réalisation. Cette
transmission ne peut pas se faire de façon purement académique,
au travers de textes que l'on donnerait à étudier
comme à l'université. A l'école et à
la faculté, la transmission du savoir ne concerne que
l'aspect scripturaire et il n'y a pas de transmission de la
réalisation. Cet aspect-là est très subtil
et insaisissable, rien ne peut vraiment le définir. C'est
par le contact avec un être réalisé que
cette transmission va progressivement se faire. Elle s'enracine
dans les textes, dans les enseignements et dans une façon
de faire. Elle est de l'ordre de l'indicible et qu'on nomme:
"bénédiction". C'est le courant d'influence
spirituelle, en tibétain on dit djinlab, c'est-à-dire
les vagues de don et de générosité. Il
y a l'idée d'un flux qui traverse cette lignée
de transmission. La lignée Kagyu est appelée le
rosaire d'or. C'est-à-dire que chaque perle du rosaire
est parfaite, il n'y a pas de différence de qualité
entre chacune des composantes de ce rosaire. En même temps,
ce qui est le plus important dans le rosaire, c'est le fil,
car sans lui, on perd les perles. La transmission de l'esprit,
c'est le fil; c'est l'esprit, dans le sens d'une influence spirituelle,
d'une façon de vivre le dharma, de voir la réalité
des phénomènes et de l'esprit. Cela se déploie
progressivement dans la relation de maître à disciple,
ce dernier utilisant alors les méthodes qui sont transmises
formellement par les enseignements. Derrière la simple
maîtrise de l'aspect technique, il y a autre chose qui
se développe. Il y a une compréhension profonde
du dharma, de la réalité, qui est véhiculée
par la lignée de transmission.
Transmission
et ouverture
Il
faut un certain nombre d' éléments pour que cette
transmission se passe correctement. Il faut que la lignée
soit ininterrompue, que ce flot n'ait pas été
brisé à un moment ou à un autre. Il s'agit
d'une passation de réalisation qui est indicible, qui
ne peut être formalisée puisqu'elle appartient
au domaine de la sagesse. La prajnaparamita dit de cette sagesse
qu'elle est inconcevable et inexprimable et qu'elle appartient
à l'esprit qui se connaît lui-même. Il s'agit
donc de faire passer l'inexprimable en utilisant des mots qui
sont, par définition, trompeurs puisqu'ils sont empreints
de dualité. S'il n'y a que la transmission du savoir,
on reste au niveau des textes et dans un jeu d'acquisition de
savoir ; l'approfondissement de la connaissance et la dimension
de sagesse ne passent pas. L'approche trop universitaire peut
donc être un obstacle. Le savoir est nécessaire
pour évacuer les idées fausses, mais il est indispensable
de recevoir l'influence spirituelle. Cela ne peut se faire que
par l'ouverture de l'esprit du disciple à la dimension
éveillée qu'incarne le maître et qui n'est
pas dissociée de sa propre dimension éveillée
et encore potentielle. La lignée de transmission est
importante, car elle donne les moyens, le savoir et les méditations.
Elle donne d'autre part l'influence spirituelle, et aussi un
point de référence dans la relation au maître.
Maître
et disciple
Dans
notre société, la relation de maître à
disciple peut être perçue comme un culte de la
personnalité et il faut être vigilant et bien percevoir
ce qu'est le maître et sa nature. C'est celui qui nous
permet d'entrer en contact avec la nature de l'esprit et avec
les moyens, les méthodes qui nous y mènent. C'est
celui qui nous donne un modèle de vie; il enseigne non
seulement par les textes, mais aussi par l'exemple. Quand on
vit auprès d'un maître, on apprend par imprégnation
et mimétisme. C'est un modèle qui nous permet
de comprendre l'esprit qui anime ses actions et sous-tend ses
mouvements. Lobservation nous mène à l'indicible.
Dans l'histoire de la transmission Kagyu, il y a de nombreux
exemples de disciples qui ont simplement servi leur maître].
Mais, entre la confiance et l'aveuglement, la frontière
est mince. C'est pourquoi nous avons besoin d'une référence,
en l'occurrence d'une lignée de transmission. Dans cette
référence, un certain nombre de maîtres
sont reconnus et c'est ce qui permet d'éviter les égarements.
Il est nécessaire d'observer le maître pour voir
s'il a des qualités d'Eveil, car le sens critique est
important dans ce type de relation. En effet, les textes décrivent
les qualités d'un maître, et l'on peut ainsi observer
au fil des années si celui qu'on a élu pour maître
correspond bien aux critères définis par les enseignements.
Lorsque nous arrivons à des moments de crise et que le
maître agit de façon peu conventionnelle, ses façons
d'agir ont pour but de nous aider à dépasser une
étape. Nous pourrons voir sur le long terme si toutes
ses actions nous ont permis d'avancer et de dépasser
des obstacles. Même si ponctuellement l'on a des doutes,
la confiance sur le long terme peut s'établir à
partir de ces observations. Le maître dérangeant
les habitudes de l'ego, il y a des moments où le disciple
est en conflit avec lui. Cela n'empêche pas de garder
la confiance. On voit que depuis des années un travail
s'est fait. C'est une façon personnelle de mettre à
l'épreuve le maître, qui, de son côté,
met à l'épreuve le disciple en le mettant devant
des difficultés et en observant s'il est à même
de les dépasser. Pour atteindre l'Eveil, il nous faut
rencontrer les difficultés qui sont sur le chemin. Donc,
il est essentiel de voir si le disciple en est capable ou si
au moindre obstacle il renonce. Par ailleurs, il y a ce que
la lignée et la tradition ont établi au travers
de grands maîtres reconnus. Au travers des âges,
ils ont fait preuve de qualités exceptionnelles. On retrouve
là les Gyalwas Karmapa et les Shamarpas. Ce sont des
êtres reconnus.
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