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Histoire
de la reconnaissance de Thayé Dordjé
Shamar
Rinpoché
N'étant
jamais allé à Lhassa auparavant,
j'imaginais que le secteur de Bakhor était
très grand. Mais c'est un endroit assez
petit, à l'image d'un petit monastère.
Il devint peu à peu évident que
je n'allais pas pouvoir me fondre dans la foule.
Il y avait des marchands venant du Tibet, de
l'Inde et du Népal, et il pouvait très
bien se trouver parmi eux quelqu'un qui me reconnaisse.
De ce fait, entrer dans la famille et observer
l'enfant pourrait entraîner des conséquences
négatives. J'avais appris que les autorités
étaient au courant de ma présence
et suivaient mes faits et gestes. J'aurais voulu
aller à un endroit du Tibet appelé
Tsari, ainsi qu'au Lac Blanc, afin d'y effectuer
une retraite de sept jours.
Ce
lac est important dans l'histoire de la lignée
Kagyu, car l'on s'y retirait fréquemment
afin d'y obtenir des informations sur un candidat
potentiel. Toutefois, étant donné
les circonstances, j'ai dû changer mes
plans. J'avais voyagé jusqu'au Tibet
en passant par Hongkong et Chengdu pour finir
par découvrir que, malgré ma couverture
d'homme d'affaires, je ne pouvais pas demeurer
incognito. Afin de détourner l'attention
des autorités, j'entrepris un voyage
dans une région touristique appelée
Namtso, au nord du pays. De retour à
Lhassa, je pris le premier avion en partance
pour Katmandou.
A
cette époque, Lama Tsultrim Dawa, un
lama senior, était mon conseiller. Il
était avec moi depuis de nombreuses années.
C'est quelqu'un dont les capacités spirituelles
m'inspirent le respect.
Ce lama vivait au monastère de Swayambhou
à Katmandou. De retour au Népal,
je lui ai demandé d'aller à Parphing,
à l'extérieur de Katmandou. Il
y a, à Parphing, une image de Tara qui
a émergé spontanément,
et qui est un lieu de vénération.
Dans le bouddhisme tibétain, lorsque
l'on désire obtenir des indications sur
une réincarnation ou des conseils sur
d'autres sujets, il est d'usage de mettre sur
papier les différentes possibilités
envisagées, de rouler ensuite ces bouts
de papier en boule avec de la pâte et
de les disposer dans un récipient.
Puis l'on se rend dans un lieu sacré
et pendant que l'on fait tourner le récipient,
on prie afin que tombe le bout de papier comportant
les indications correctes.
Il
y avait deux possibilités écrites
sur deux bouts de papier distincts. Sur l'un
de ces papiers, il était indiqué
que le fils de Mipham Rinpoché, Tendzin
Khyentsé (c'était le nom de Thayé
Dordjé à l'époque), était
la réincarnation du Karmapa. Sur l'autre
bout de papier, il était dit qu'il n'était
pas la réincarnation.
Ces deux bouts de papier furent roulés
dans deux morceaux de pâte et mis dans
un récipient.
Après avoir fait tourner
le récipient, l'un des bouts de papier
tomba.
C'était celui sur lequel il était
indiqué que le fils de Mipham Rinpoché,
Tendzin Khyentsé, était bien la
réincarnation du Karmapa.
Le
même procédé fut utilisé
le lendemain dans le quartier de Dulikhel, à
Katmandou, où se trouve une image sacrée
de Mahakala. Le même bout de papier tomba
à nouveau. Le jour suivant, Lama
Tsultrim Dawa se rendit dans un autre endroit
sacré, toujours à Katmandou, où
se trouve une peinture de Mahakala faite par
le dixième Karmapa, Chöying Dordjé.A
nouveau, le même bout de papier tomba.
Et puis Lama Tsultrim Dawa se rendit, de son
propre chef, dans un autre lieu sacré
de Katmandou, appelé le Noble Bouddha
Blanc du Monde. Et c'est toujours le même
bout de papier qui tomba. Ceci finit par me
convaincre que Tendzin Khyentsé était
bien l'incarnation authentique du Karmapa.
Une année s'écoula.
Etant finalement convaincu que Tendzin Khyentsé
était l'incarnation authentique, je l'ai
invité à venir en Inde.
Ce qu'il y a d'extraordinaire au sujet de Tendzin
Khyentsé et de sa famille c'est qu'ils
ont pu quitter le Tibet par des voies entièrement
légales. La famille était, en
quelque sorte, sous liberté surveillée
au Tibet. Ils ont décidé de quitter
le pays. Ils ont pu effectuer ce voyage et arriver
en Inde. Bien sûr, les choses auraient
été plus simples si l'incarnation
du Karmapa était née au Sikkim,
au Bhoutan, ou dans un lieu de ce type. Les
problèmes liés aux documents officiels
nécessaires au voyage auraient été
évités. Toutefois, il ne s'agit
pas d'influencer les circonstances à
cause de telles raisons.
L'incarnation doit être authentique.
septembre
1999..
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