Science de l'esprit  

La relation aux lamas

Lama Puntso

Le lama de la situation et le lama symbolique

Lorsque nous sommes confrontés à une situation difficile, plutôt que de la rejeter, de résister, de nous battre, il faut d’abord nous dire : Ah ! c’est comme une instruction du lama. Si quelqu’un nous agresse plutôt que de nous dire : " il m’énerve " se dire " j'ai la possibilité de développer la patience, c’est merveilleux, le lama est venu. " Cela ne veut pas dire subir la situation, mais la percevoir autrement, transformer notre vision en nous disant, " comment puis-je répondre à cette situation de façon éveillée ? " Et voir en chacune des situations de la vie quotidienne, une instruction du lama. C’est ce qui est appelé le lama de la situation, et à ce moment-là, le lama est partout !

Il est présent en toutes circonstances, que ce que nous expérimentons soit positif ou négatif, réjouissant ou non, nous pouvons le voir comme une instruction et cela vient nourrir le chemin spirituel.

Le lama symbolique peut être aussi perçu différemment. Nous pouvons voir dans les différents éléments : l’eau et le feu, le symbole qui nous rappelle le lama. Par exemple, l’eau peut nous rappeler le flot continu de l’activité de l’être éveillé, de l’ami spirituel. Le feu peut nous rappeler cette dimension de sagesse qui va consumer les émotions. Voir l’espace, le ciel, comme l’esprit éveillé que nous avons à découvrir, à réaliser. Connecter les éléments et les différentes situations aux qualités éveillées, aux qualités du lama. Voir tout comme l’activité du lama. Et à ce moment-là, chaque situation devient une situation éveillée, chaque situation est une opportunité de progresser spirituellement.

Et même, le découragement, par exemple, quand nous sommes sur le chemin spirituel et que nous nous disons : "mais qu’est-ce que je fais là, cela fait plusieurs mois que je médite, que je vais suivre des enseignements et que je rencontre d’éminents lamas et puis cela ne marche pas ". Effectivement cela ne fonctionne pas comme avant, peut être même est-ce pire " et nous sommes découragés. Cela aussi c’est le lama. Quand nous lisons les chants de Milarépa si nous arrivons à prendre le temps de bien les lire, nous trouvons des phrases comme :

Dans cette grotte rocheuse et dépeuplée,
La tristesse ne sera jamais dissipée.
Le bouddha, le lama authentique
Est inséparable de cette tristesse.

Il s’agit de reconnaître tous les états d’esprit comme des aspects du lama, comme des expériences auxquelles il nous faut faire face et qui vont nous permettre de progresser. Et là tout devient vraiment riche, créatif dans le sens où nous utilisons cette créativité de l’esprit, tout ce qui s’élève dans l’esprit et dans les situations extérieures pour grandir et avancer, il n’y a donc plus de problèmes. Même les problèmes ne sont plus des problèmes. Ce dont je vous parle ici, n’est évidemment pas une voie facile, une voie aisée, mais si nous choisissons cette voie-là, si nous essayons de la mettre en pratique, c’est vraiment enrichissant, c’est joyeux.

Le sens du lama, c’est d’amener le pratiquant à réaliser en lui toutes les instructions qui sont données. Et pour cela, pour le comprendre, il faut se rappeler que nous sommes déjà lamas, nous sommes déjà bouddha mais nous ne l’avons pas encore reconnu.

Que veut dire lama ? En tibétain "la" signifie insurpassable et fait référence à la dimension de sagesse, cette dimension d’ouverture connaissante de l’esprit, illimitée, esprit spontané et non conceptuel, qui est là, qui est présent, un espace de sagesse qui est présent en chacun de nous et "ma" signifie maman. Maman, pourquoi ? Parce qu’il y a la dimension de compassion. Un lama, c’est quelqu’un qui maîtrise la sagesse, qui considère tous les êtres comme une mère considère son enfant unique. Et donc cette sagesse et cette compassion sont déjà présentes ; en ce sens, nous sommes tous des lamas potentiels. C’est-à-dire que ces qualités restent à découvrir, restent à être actualisées, à être expérimentées et le sens du lama extérieur, c’est de nous faire découvrir ce lama intérieur, c’est d’actualiser toutes ces qualités qui sont en nous et de les expérimenter directement.

Tout le chemin va consister pour le lama à montrer ce qui est nécessaire, ce qui doit être fait et évité, pour dissiper les voiles qui recouvrent les qualités éveillées et d’amener ces qualités à maturité. C’est pour ça qu’il faut, au lama comme au disciple, beaucoup de patience. Beaucoup de patience parce que découvrir ce lama, ce maître intérieur est le projet de toute une vie, au moins ; dans le sens où depuis bien longtemps nous accumulons la confusion, les émotions. Ce que nous propose le guide spirituel, c’est de dissiper cela, c’est de nous défaire de tous ces voiles. Traditionnellement, on prend l'exemple du minerai que l'on purifie pour en sortir l'or qui s'y cache.

Cela prend du temps et demande des moyens habiles. Cela ne veut pas dire des moyens détournés comme si le lama était une espèce de Machiavel qui utilise tous les moyens pour nous faire avancer sur la voie : moyens habiles signifie compassion. C’est-à-dire que la compassion prend toutes les formes nécessaires pour permettre au pratiquant d’avancer sur la voie.

Le lama ultime

Nous allons rencontrer la personne, ce guide spirituel, recevoir les instructions, les mettre en pratique et les compléter avec le lama des textes. Ensuite, nous allons nous entraîner à voir le lama dans toutes les situations, à faire de chaque situation une situation éveillée, pour, petit à petit, trouver ce lama intérieur, ce guide intérieur, cette sagesse et cette compassion, qui, progressivement, vont mûrir et prendre place. En fait, c’est plus que cela.

Précédemment nous avons vu que nous étions des bouddhas potentiels, en réalité, nous sommes plus que cela, nous sommes un bouddha qui s’ignore. C’est différent. Un bouddha potentiel signifie que nous avons la graine de l’éveil en nous et que nous allons progressivement la faire mûrir et acquérir le fruit. C’est une vision, mais il y en a une autre qui consiste à dire : le fruit est déjà là mais nous ne le voyons pas.

La clarté de l’esprit, la compassion, la sagesse, tout est déjà présent mais voilé, par les émotions, les tendances, l’ignorance, et par le karma. Si ces qualités sont déjà là, cela veut dire que nous pouvons les activer, les mettre en œuvre. D’où l’importance d’établir une relation de confiance - et même plus que de confiance - de dévotion, à l’égard du lama. La personne du lama mais aussi ce lama ultime, ce lama intérieur. Si toutes ces qualités sont déjà là, cela signifie que si je m’ouvre à ces qualités, je vais pouvoir éventuellement en savourer un aspect.

C’est le sens de ce qu’on appelle le vajrayana ou les tantras, c’est que tout est déjà présent et il me suffit de m’ouvrir à cette présence. Le lama est déjà là et il s’agit d’établir une relation avec lui ; cette relation va prendre la forme de la dévotion, de la certitude. Si je suis certain que l’éveil ou le lama ou le Bouddha est là, il l’est, il est présent. Si je visualise, si j’imagine le lama au-dessus de ma tête, il est au-dessus de ma tête. Ce n’est pas magique, il ne vient pas pour me donner une bénédiction, ce n’est pas cela dont il s’agit. C’est parce qu’il est déjà présent et par la dévotion, par la méditation, je vais prendre conscience de cette présence.

Nous l’imaginons sous la forme du bouddha ou de Milarépa ou d’une divinité de méditation, nous formalisons cet éveil qui est déjà présent. L’éveil, l’esprit, n’a pas de forme, n’a pas de dimension, n’a pas de texture, pas de couleur ; l’éveil c’est cette ouverture pleine de qualités et de compassion. Nous allons lui donner une forme, l’imaginer en face de nous, au-dessus de notre tête parce que nous avons besoin de ce point de référence ; puisque nous sommes dans la dualité, nous allons l’utiliser pour pénétrer dans cette ouverture, cette non-dualité de l’esprit. Nous allons imaginer le lama, le bouddha ou l’éveil en face de nous et nous allons nous ouvrir à cette dimension et prier : " je m’en remets au lama ", non au lama en temps que personne, ou comme une entité extérieure mais au lama en temps que principe d’éveil. Ce lama qui va m’introduire à l’éveil, par lequel je vais pouvoir pénétrer cette dimension éveillée qui est déjà présente. C’est ce qui est appelé le gourou-yoga, l’union au lama. Cela signifie unir notre esprit à l’éveil. Il n’y a besoin, pour ce faire, que de la confiance, de l’ouverture et de la dévotion.

Puisque les qualités sont déjà présentes, nous pouvons les utiliser pour les découvrir. C’est tout le sens des tantras et du lama ultime, du maître intérieur : il y a des qualités éveillées qui sont en nous et que nous ne voyons pas encore. Mais nous pouvons utiliser ces qualités pour dissiper ce qui nous empêche de les voir.

Ceci demande énormément de confiance. Cela demande un immense lâcher-prise parce que nous allons nous ouvrir à quelque chose auquel nous n’avons pas accès, à quelque chose dont nous n’avons pas l’expérience, mais que nous pouvons rencontrer par la force de la dévotion, par la force du lâcher prise et de la foi. C’est ce que nous trouvons dans la biographie de tous les grands maîtres : une relation de dévotion à leur lama.

Il arrive toujours un moment où ils vont se séparer et l’instruction c’est toujours : garde ta dévotion parce que le lama est toujours avec toi parce qu’il a toujours été là mais que tu n’avais pas les moyens d’établir cette relation avec lui. En fait, la pratique spirituelle, tout le chemin spirituel, est une voie d’approche de plus en plus intime, vers le lama, le lama ultime, ce maître intérieur, et réaliser l’éveil c’est devenir ce maître intérieur. Ce maître intérieur qui a la couleur de la compassion, signifie que plus nous avançons sur le chemin, plus nous sommes à même d’amener les autres vers cette reconnaissance.

 

Quelques extraits de chants de réalisation des maîtres de la lignée

Médite le glorieux lama résidant inséparable au sommet de ta tête.
Rappelle-toi de sa bienveillance et prie-le encore et encore.
Si tu parfais ta dévotion, mélangeant ton esprit au sien,
Par ce seul chemin tu réaliseras le but.

Wangtchouk Dordjé

 

Lorsqu’une dévotion authentique naît en son fils,
Cela seulement réjouit le lama.
Comme il est réjoui, du grand nuage de sa bienveillance
Une pluie de bénédiction tombe continuellement.
De cette ondée, les pousses de la dévotion se développent,
De ce développement, la récolte de l’éveil mûrit.
De cette récolte, toutes nos vielles mères en mangent.
Mangeant cela, elles expérimentent le goût suprême de la grande joie.
Par le pouvoir nourricier, elles voient complètement leur esprit.
Voir cela est aussi la bienveillance du lama.

Tcheuying Dordjé


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