Science de l'esprit  

Le lama, le disciple et le lien entre les deux

Gyatrul Rinpoché

La relation maître à disciple est présente dans le Theravada, le petit véhicule, dans le Mahayana, le grand véhicule, mais dans le Vajrayana, dans les tantras, cette relation a une importance particulière.

Tout d’abord, il nous faut savoir que la relation entre le maître, l’enseignant, le lama et l’étudiant ou le disciple, n’est pas du tout la même que celle qui existe entre un enseignant et un élève d’école ou un étudiant d’université. Ce que nous apprenons à l’école ou à l’université et ce que nous apprenons dans le chemin spirituel est différent. Au niveau scolaire, nous apprenons des méthodes, des techniques permettant d’avoir une influence sur le monde extérieur. Nous y apprenons à fabriquer des objets, à écrire un livre, par exemple. Dans la voie spirituelle, ce qui est appris va nous servir pour notre vie propre. Cette relation de maître à disciple est fondée sur une éthique. C’est quelque chose qui va s’installer de façon automatique, naturelle et volontaire à la fois. Il ne s’agit donc pas d’une série de règles à suivre et qui nous imposent de ne pas faire certains actes. L’éthique est un processus naturel, qui vient de l’intérieur et qui est pratiquée lorsqu’elle devient une évidence et un choix personnel.

Nous allons voir cette relation de maître à disciple, non seulement dans le cadre du vajrayana, mais aussi dans le cadre des autres traditions enseignées par le Bouddha. Nous utilisons différents termes selon les écoles. Dans le Soutrayana, c’est-à-dire l’école Theravada et Mahayana, on utilise des mots sanscrits tels que kalianmitra pour nommer le guide spirituel. Kalian signifie vertueux, et mitra signifie ami. Donc le terme de maître signifie l’ami de vertu, l’ami de bien. C’est un ami qui nous donne la vertu.

Les qualités du maître spirituel à l’intérieur des différentes écoles.

Les qualités d’un maître spirituel sont différentes d’une école à l’autre. Dans le Theravada, le petit véhicule, l’ami spirituel doit avoir été moine pleinement ordonné pendant au moins dix ans et il doit ensuite préserver ses vœux. Il doit également être érudit, particulièrement dans tout ce qu’on appelle le Vinaya, les textes associés au petit véhicule. Il doit avoir une forte compassion envers les malades. Il doit avoir la capacité et le souhait d’aider les pratiquants, les étudiants. Cette aide doit porter aussi bien sur le plan spirituel que matériel. Il doit également avoir le souhait de transmettre des enseignements.

Dans le Mahayana, le grand véhicule, le kalianmitra doit être calme, très paisible tant sur le plan mental que physique. Ce doit être quelqu’un qui a plus de qualités que vous-même. Il doit être très patient et diligent. Cette personne doit aussi avoir une grande connaissance des soutras, les textes associés au grand véhicule. Il doit pratiquer ces enseignements et, par dessus tout, il se doit d’avoir de la compassion envers tous. Cet enseignant doit avoir de bonnes méthodes pour s’adresser aux autres.

Un maître du Vajrayana doit pratiquer l’enseignement. Il doit être paisible, posséder la connaissance. Il ne doit utiliser aucune tromperie pour cacher ses fautes. Il doit avoir une bonne connaissance des pratiques tantriques et de la patience. Il doit enfin être doté de la compassion.

Ce sont trois types de qualités, pour trois types de maîtres, dans trois types d’écoles. Il y a plusieurs types de maîtres. Il y a les maîtres des êtres ordinaires, les maîtres des bodhisattvas et ceux des bouddhas. Il est difficile de définir quel est le meilleur maître. Tout dépend en fait du pratiquant lui-même et de son niveau. Si l’on mettait un professeur d’université en poste dans un jardin d’enfants, on s’apercevrait très vite que ce n’est pas le choix approprié. La plupart du temps, nous avons des chances de rencontrer un maître ordinaire ou du moins qui en a l’apparence. Nous n’avons pas la capacité de voir le Bouddha sous la forme du samhbogakaya, à moins d’avoir atteint les hauts niveaux de réalisation des bodhisattvas. Chaque maître correspond donc à un type d’être différent.

C’est pourquoi dans le Vajrayana, nous mettons l’accent sur le lama plus que sur le Bouddha. En effet, sur un plan individuel le lama est plus important que le Bouddha car il est directement connecté avec l’étudiant. C’est celui qui permet de comprendre la voie qui mène à l’Eveil. Il est celui qui donne les enseignements transmis par le Bouddha il y a plusieurs milliers d’années. Sans le lama, nous ne pourrions pas comprendre ces enseignements. Un lama qui apparaît comme un être ordinaire, même si c’est un bouddha ou un bodhisattva, est plus important que le Bouddha. Dans ces temps dégénérés, il est mentionné dans les soutras qu’il n’est pas toujours possible de trouver un maître possédant toutes ces qualités. Il s’agit de chercher le lama qui rassemble le plus de qualités possibles. Il lui faut avoir plus de qualités que nous-mêmes. Il est dit dans les textes que si l’on suit quelqu’un qui a moins de qualités que nous, il va nous attirer vers le bas. Si cette personne a la même évolution spirituelle que nous-mêmes, nous allons stagner. C’est pourquoi, lorsque nous cherchons un maître, nous recherchons quelqu’un qui a plus de connaissances que nous-mêmes.

Les qualités du disciple à l’intérieur des différentes écoles


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