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L'enseignement
et la pratique
Shamar
Rinpoché
Au
cours de la transmission du texte fondamental du "Dawa Eussèr"
pendant le stage de Pâques 90 à Dhagpo Kagyu Ling,
Shamar Rinpoché donna quelques enseignements spontanés,
dont celui-ci en forme de recommandation, rappel nécessaire
pour certains, et précieux avertissement pour les autres.
S'adressant de manière directe aux disciples européens
venus l'écouter, Shamar Rinpoché aborde certains
points cruciaux de la pratique spirituelle avec une concision
et une puissance de clarté qui ne peuvent que "remettre
les pendules à l'heure" au pratiquant même le plus
insouciant et inattentif...
À propos du guide spirituel
II faut être extrêmement
attentif et prudent en ce qui concerne ces enseignements. En
effet, si certaines personnes passent exactement par les expériences
décrites, d'autres, pour une raison ou pour une autre
ne les retrouvent pas dans leurs expériences, dans leurs
pratiques de la méditation. Elles vont découvrir
autre chose, le fruit de leur pratique propre, et risquent d'être
complètement perdues, de commettre des erreurs, ou de
se décourager en voulant modifier quelque chose qui n'a
pas à être corrigé. Donc, pour l'instant,
l'important n'est pas tant d'étudier les différents
stades de la progression vers le Mahamoudra, dans la méditation,
etc. que de pratiquer vraiment ce qui a été enseigné
: les méditations de Shiné et de Lhaktong.
Pour ce faire, il est indispensable
d'être en relation le plus souvent possible avec un maître
qualifié. Quelqu'un qui porte une robe rouge n'est pas
obligatoirement un lama qualifié. Il existe de nombreuses
sortes de Lamas. Certains sont experts en philosophie, d'autres
dans les mantras ou dans l'explication des rituels ; d'autres
encore sont particulièrement doués dans la méditation.
En fait, très peu de lamas réunissent toutes ces
qualifications à la fois. Ce qui ne signifie pas pour
autant que la plupart des lamas soient médiocres ; simplement,
posséder toutes les compétences à la fois
est le fait d'un très petit nombre de maîtres.
Dans le cas précis de la
méditation du Mahamoudra, on a besoin d'un lama parfaitement
qualifié dans le domaine de la méditation. L'ayant
trouvé, on peut aller à sa rencontre et lui expliquer
nos expériences méditatives : "Voilà, je
médite comme ceci, comme cela, il arrive ceci et cela."
Ensuite, il pourra véritablement nous guider. Une personne
parfaitement qualifiée dans la méditation doit
être versée dans les enseignements du Bouddha et
posséder une excellente connaissance du Dharma. Elle
doit être parvenue au sommet de la méditation.
Mais que quelqu'un se proclame comme "grand méditant"
en disant par exemple : "Je suis parvenu à tel ou tel
niveau, etc." ne prouve pas forcément qu'il soit qualifié.
Beaucoup de gens comme cela parlent très fort et se vantent
d'avoir atteint des sommets spirituels sans pour autant être
réellement qualifiés. Il est donc nécessaire
de trouver quelqu'un qui ait réellement expérimenté
ces niveaux extrêmement élevés de la méditation.
Il convient de se tourner uniquement vers un tel maître
qualifié.
Une
attitude un peu niaise consiste à chercher un "Rinpoché."
"Rinpoché" est un titre tibétain qui, en soi,
n'a pas plus de valeur que n'importe quel nom. Ainsi, regarder
avec mépris tout ce qui n'est pas Rinpoché est
vraiment une attitude stupide. En général, ceux
que l'on appelle Rinpoché sont des lamas réincarnés.
Ils reviennent d'existence en existence pour le bien des êtres,
liés par le profond vu de Bodhisattva. Mais cela
n'implique pas forcément qu'ils soient des grands maîtres
de méditation ; cela ne signifie pas non plus que durant
cette existence ils se soient adonnés parfaitement à
la méditation de manière à pouvoir guider
celle d'autrui. Effectivement, il existe des lamas tout à
fait compétents dans la méditation et d'autres
domaines ; mais ce n'est pas forcément le cas. Il faut
un maître de méditation.
Qu'il soit Rinpoché ou lama
n'a pas d'importance. Le point crucial sera essentiellement
son degré de maîtrise de la méditation.
Ne nous laissons donc pas abuser par les titres et par les noms.
Au Tibet, "Rinpoché" était un titre. Pour y avoir
droit on devait en référer au gouvernement central.
Autrement, on était appelé tulkou. Maintenant,
toute personne reconnue comme la réincarnation d'un bodhisattva,
c'est à dire réincarnée pour le bien d'autrui
volontairement est appelée Rinpoché. Un Rinpoché
peut simplement être l'objet ou le support des souhaits
des êtres. Le simple fait de prier un Rinpoché
ou de lui manifester son respect effectivement est une aide
précieuse pour parvenir à la réalisation.
Néanmoins, cela ne signifie pas pour autant qu'un Rinpoché
soit forcément qualifié comme maître de
méditation.
On a tendance à appeler
lama toute personne qui a passé trois ans, trois mois
et trois jours dans un centre de retraite. C'est parfois abusif
si l'on considère le lama comme un maître de méditation
qualifié pour guider autrui. Car ce n'est pas parce qu'on
s'enferme trois ans, trois mois, trois jours dans un endroit
que l'on atteint forcément un très haut niveau
de réalisation. Par contre, il est tout à fait
possible d'atteindre l'Eveil en trois jours.
Donc, quand il s'agit de se référer à un
lama en tant que maître qualifié, mieux vaut se
renseigner auprès du dit lama, par exemple en ce qui
nous concerne, Lama Guendune. Si Lama Guendune affirme que telle
ou telle personne est qualifiée pour enseigner la méditation,
pour guider les gens, dès lors on peut avoir confiance.
Mais autrement, s'il vous plaît, vérifiez ! Il
est très important de s'assurer de la qualification de
ceux à qui on s'en remet. Mais attention à ne
pas tomber non plus dans l'excès inverse en rejetant
un Rinpoché dont on penserait qu'il ne vaut rien du tout.
Car même des Rinpoché qui ne sont pas encore au
stade très élevé de leur dernière
incarnation, de celui qui n'a plus à revenir qu'une fois,
sont d'un grand bienfait pour de nombreux êtres, du fait
de leur bodhicitta et de leur pouvoir dédiés à
accomplir les souhaits des êtres. D'un autre côté,
il se peut que des méditants du petit véhicule
soient du point de vue de la méditation parvenus beaucoup
plus haut, à des états d'absorption plus élevés
et plus purs que ce type de Rinpoché. Mais il leur manque
le pouvoir de la bodhicitta qui exauce les vux des êtres.
Une différence d'appréciation s'impose. Pour bien
savoir à qui l'on a affaire, il est préférable
de s'adresser à des êtres extrêmement réalisés
comme sa Sainteté Karmapa, qui ont le pouvoir de percevoir
directement les origines, les tenants et les aboutissants des
êtres quels qu'ils soient. Par exemple, le fait de savoir
où ils se sont incarnés auparavant, comment et
pourquoi ils sont ici et maintenant.
Conseils essentiels concernant
l'écoute, la réflexion, et la méditation.
Tout
d'abord, donner la prééminence non pas à
la personne, mais à l'enseignement. En d'autres termes,
l'important n'est pas l'idée que l'on se fait de la personne,
mais plutôt la façon dont elle enseigne et l'authenticité
de ses enseignements. Pour avoir des enseignements d'une grande
valeur, on est fatalement amené à rencontrer des
personnes d'une très haute compétence. Il ne s'agit
pas de supposer qu'une personne d'un rang élevé
donne forcément des enseignements parfaits. En s'attachant
à la personnalité du maître plutôt
qu'à son enseignement on risque de s'en remettre au mauvais
enseignant.
Ensuite, ne pas donner de prééminence aux mots
mais au sens. Cela fait référence en particulier
à une façon d'enseigner propre à l'Abhidharma,
la section philosophique du Dharma où tout est mis en
catégories. Il est toujours d'usage d'en savoir beaucoup
par coeur de manière à pouvoir répondre
à quelqu'un qui viendrait argumenter et lui asséner
des citations appropriées. Evidemment, cela fait très
érudit. Mais l'important est le sens à retirer
de tout cela. L'idéal est de comprendre le sens tout
en connaissant par cur les textes. Ainsi, on peut enseigner
d'une manière absolument parfaite. Sinon, on est un Bouddha
en apparence, mais à l'intérieur l'esprit est
celui d'un être ordinaire. On se retrouve dans la position
d'un professeur d'université capable effectivement d'expliquer
les choses d'une manière souvent très claire,
complète et précise avec beaucoup de développements
mais ne possédant aucune expérience des explications
qu'il dispense. Il ne faut absolument pas tomber dans ce genre
de travers. Il est primordial d'avoir une réalisation
et la compréhension du sens des enseignements au travers
de l'expérience. Avec l'érudition en plus, c'est
parfait. Néanmoins, cela ne dispense pas d'étudier
; on ne fait pas de l'ignorantisme, au contraire. Etudier est
nécessaire en pénétrant le sens des mots
au travers de la pratique.
Une autre instruction concerne
ce que l'on peut appeler le sens extérieur et le sens
intérieur. Il convient de donner la prééminence
au sens intérieur. Par exemple, dans les pratiques du
Vajrayana, on médite des déités. Cette
phase s'appelle kyérim ; c'est la phase extérieure,
la phase commune de la méditation. Mais la phase vraiment
importante, l'essence de la méditation, c'est dzokrim,
ou phase de parachèvement, de résorption de toutes
les manifestions dans leur essence, la vacuité. La phase
de développement de la méditation n'est pas inutile
pour autant ; mais certaines personnes attachent trop d'importance
à cette phase de développement ; en méditant
des déités, elles ont l'impression de jouir d'une
grande puissance, de développer leur pouvoir, leur influence
sur autrui , ce qui devient plus un obstacle qu'autre chose.
Ces personnes ont bien entendu tendance à négliger
la phase de parachèvement où l'on se dessaisit
justement de toute apparence. Le troisième avertissement
est donc de donner la prééminence à cette
phase de parachèvement, au sens intérieur plutôt
qu'au sens extérieur.
De
même, il convient de ne pas donner la prééminence
à ce que qu'on peut appeler les phénomènes
de la conscience, mais à la Suprême Connaissance.
En parlant de la méditation, on évoque l'expérience
de la vacuité, de la lucidité, de la félicité.
On risque de vouloir jouir de ces expériences. Après
tout, pourquoi pas ? Mais tant qu'on a affaire à des
expériences au sens ordinaire du terme, il ne s'agit
que d'illusions. Il ne s'agit pas de la suprême connaissance
qui est au delà du concept et de ce que nous imaginons
de l'expérience. Par exemple, de nombreuses personnes
sont attirées par les yogas du genre de tummo ou par
les méditations sur les chakras. C'est très intéressant,
on doit ressentir quelque chose ... cela doit être fort
; on doit avoir des visions... sans même fumer du haschisch.
C'est parfait !
Souvent, ce désir de sensation
et d'expériences excitantes vient se glisser dans la
motivation de notre méditation . On fait référence
aussi au yoga du rêve. Ce doit être très
intéressant de pouvoir faire ce qu'on veut pendant ses
rêves ! Rinpoché met en garde contre les livres
qui parlent des Six Yogas de Naropa, et particulièrement
celui de Monsieur Evans-Wentz. Il faut savoir que personne n'a
eu accès aux Six Doctrines de Naropa et donc que personne
n'a pu les traduire.
Pour y avoir accès, il faut les pratiquer en retraite.
Elles n'ont jamais été écrites. Les seuls
écrits existants sont en général des textes
cryptés d'aucune valeur pour une éventuelle utilisation.
Evidemment, cela a donné lieu à des fantasmes
concernant les pratiques des Six Yogas de Naropa. Une littérature
extrêmement amusante s'est développée, celle
en particulier de Monsieur Lobsang Rampa qui décrit des
choses très drôles comme les voyages astraux qui
n'ont absolument rien à voir avec la réalité.
En s'attachant aux expériences extérieures, donc
d'un niveau de conscience ordinaire, on a tendance effectivement
à s'engager dans ce genre de voyages folkloriques qui
ne sont pas l'Eveil. Par contre, il faut poursuivre "yéshé",
c'est à dire la Suprême Connaissance qui est bien
au-delà de tout cela.
Il est important d'éviter
le matérialisme et le sensationnel spirituels qui s'attachent
aux expériences. Se garder du danger d'une pratique visant
l'obtention d'expériences, et se tourner vers la pratique
dans le but de réaliser l'Illumination, c'est le moyen
de devenir un très correct pratiquant du Dharma.
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