ÊTRE
HUMAIN
Un
an a passé depuis ma dernière visite et
nous voici à nouveau réunis. Cela me fait
plaisir de revenir, de voir que des personnes que je
connais sont à nouveau présentes. C'est
une grande joie de vous retrouver, et c'est aussi l'occasion
de voir toute l'activité qui a été
développée à Dhagpo Kagyu Ling.
Quand on arrive ici, on s'aperçoit que, dans
tous les domaines, un grand travail a été
effectué et que beaucoup de programmes ont été
mis en place. La communauté monastique se développe
et c'est pour moi une source de plaisir. Si l'on regarde
Dhagpo, on se rend compte qu'il s'agit d'un endroit
important où vont s'établir des générations
et des générations de moines et moniales.
Je suis très heureuse de vous revoir et j'espère
que vous avez eu le temps et la possibilité
de développer une pratique et que vous avez enregistré
des progrès effectifs. J'espère que cette
pratique se développe dans le bon sens, c'est-à-dire
pour le bienfait de vous-même et de tous les êtres.
Aujourd'hui,
on peut constater que la sangha, la communauté
monastique, s'élargit; de plus en plus de personnes
empruntent la voie du bouddha, on pourrait dire
que la famille du bouddha s'agrandit, se développe.
Le bouddhisme touche le monde entier, concerne toutes
les catégories de personnes et, maintenant,
dire que l'on est bouddhiste c'est comme avoir une nationalité.
Lorsque je voyage, que j'arrive à la douane,
et que je dis que je suis bouddhiste, c'est suffisant.
C'est comme si c'était une forme de passeport.
Cela signifie que cette famille est en train de prendre
place dans le monde actuel. Toutes sortes de gens adhèrent
à cette famille: certains pratiquent intensément
la voie du bouddha, d'autres la considèrent davantage
comme un style de vie; certains suivent une voie formelle
et d'autres moins, mais quoi qu'il en soit, de nombreuses
personnes sont intéressées. Il y a celles
qui ont pris refuge, qui se sont engagées et
qui entrent dans la voie de la méditation. Il
y a celles qui gardent une distance un peu plus grande,
découvrent et acceptent ce chemin, ne se disent
pas bouddhistes mais sont en accord avec ce chemin.
Celui-ci est vaste et profond et quand on connaît
sa valeur, une attente lui est associée. Celle-ci
sera en relation avec le degré d'implication
de celui qui pratique et qui se dit bouddhiste. S'il
s'agit d'un moine qui a accompli des années de
retraite, on s'attend à ce qu'au niveau du comportement,
il y ait chez ce moine le reflet de sa pratique, de
toutes ces années passées à suivre
la voie du bouddha. Quoi que l'on fasse, de l'attente
se manifeste tant de la part des bouddhistes que des
non-bouddhistes ; le simple fait de porter un mala,
de savoir s'asseoir dans la posture de méditation
est représentatif du chemin du bouddha et
suscite donc une certaine attente. Il est important
que les choses aillent dans le sens de l'harmonie, parce
que ceux qui regardent quelqu'un qui se dit bouddhiste
savent que cette personne est censée véhiculer
cette harmonie, avoir une conduite et une discipline
correctes, être une personne intègre et
honnête.
Le fait d'être membre de la famille du bouddha
est extrêmement important. Nous représentons
toutes les qualités du bouddha. Si cette famille
s'accroît et se développe dans le monde,
c'est parce qu'elle révèle l'harmonie,
et tous comprennent l'importance du développement
de cette harmonie entre les êtres, tout le monde
comprend le message de compassion que transmet le bouddha.
Il est donc important de prendre conscience de cette
attente qui se manifeste à l'égard de
la famille du bouddha. Elle pourra être satisfaite
si le fait d'être membre de cette famille est
associé à une pratique. Si l'on se contente
de ne rien faire, cela ne va pas en refléter
les qualités.
L'attente
varie, que l'on soit enseignant, ou pratiquant, mais
de toute façon elle est toujours présente.
On va développer parfois énormément
d'enthousiasme, d'efforts, de joie dans la pratique,
et celle-ci se développera bien, des qualités
apparaîtront en rapport avec cette pratique, mais,
en même temps peut-être, ces progrès
ne se refléteront pas dans notre vie quotidienne.
Est-ce dû au fait que nous sommes dans une époque
dégénérée ou au fait que
la société perd toutes ses valeurs, quelle
se désintègre, que les valeurs humaines
et morales dis-
paraissent petit à petit ? Toujours est-il
que lon peut constater combien il est important
de prendre conscience de ce qu'est un être humain,
véritablement, des qualités positives
de sa nature et de la nécessité de progresser
en tant que simple être humain. En dépit
des enseignements très profonds que lon
peut recevoir et des efforts que lon met dans
une pratique formelle, il est possible quil ny
ait pas toujours un effet profond qui se reflète
dans notre vie quotidienne. Malgré de nombreux
jours de pratique du dharma et beaucoup de respect et
de joie envers cette pratique, cette compréhension,
intellectuelle et insuffisamment digérée,
ne va peut-être pas suffire, ne permettra pas
de résoudre les tendances que nous rencontrons
au quotidien. Il est possible que malgré toutes
les pratiques que l'on effectue, apparaisse la jalousie
et que l'on ait du mal à s'en défaire.
Des émotions peuvent s'élever et l'on
peut avoir des difficultés à travailler
avec elles. Nous sommes tous des êtres humains
nous sommes tous différents, nous avons plus
ou moins d'émotions, de capacité à
comprendre rapidement, mais nous avons tous deux oreilles,
deux yeux, nous recevons tous le même enseignement.
La seule chose qui diffère est le degré
d'intensité avec lequel on aborde ce qui est
enseigné, le degré d'intensité
avec tel que lon laissera tomber ce à quoi
on se raccroche, c'est-à-dire notre vision
égocentrique du monde. C'est ce sur quoi nous
allons travailler pendant les jours qui viennent ; nous
pratiquerons la méditation, qui consiste à
accomplir un certain travail sur la saisie de notre
ego. Le plus important pendant cette retraite de quelques
jours, c'est de comprendre ce qu'est notre esprit, comment
il fonctionne, de quelle manière il s'enferme
dans cette saisie et, à travers cette compréhension,
de s'en défaire.