LA
DÉTENTE
Se
détendre est indispensable. Lorsqu'on suit la
voie du bouddha, il est nécessaire de garder
un équilibre correct. Suivre ce chemin vers l'éveil,
c'est marcher sur le fil du rasoir, il faut faire attention
de bien garder son équilibre, il faut que soient
présents en même temps la sagesse et les
moyens habiles. Si l'équilibre est conservé,
la progression se fera et elle représentera un
très grand bienfait pour les êtres. Si
un tel équilibre fait défaut, on risque
de se faire mal. C'est pour cela qu'il est important
de garder l'équilibre au fil du chemin, un équilibre
entre sérieux et enthousiasme, entre diligence
et bonheur; bien sûr, nous devons pratiquer, mais
il est important de le faire avec une dimension d'enthousiasme,
de joie et de bonheur. Parmi vous, beaucoup écoutent
de nombreux enseignements. Il existe ici de nombreux
stages. On a envie d'en savoir plus, de comprendre mieux,
on veut faire plus et peut-être va-t-on se sentir
poussé à pratiquer plus, mais il
faut veiller à ce que cela ne se transforme pas
en stress. Il faut veiller à ce que la pression
qui s'exerce ne tende pas notre esprit au lieu de l'ouvrir.
Lorsqu'on développe les qualités de l'esprit,
lorsqu'on va dans le sens de la renonciation à
cette notion de soi individuel, il est nécessaire
que cela se fasse dans l'enthousiasme et dans l'ouverture.
Que ce soit au cours de la pratique ou dans l'activité
ordinaire, on a peut-être trop souvent tendance
à se dire: "il faut que je fasse ceci ou
cela parce que je suis bouddhiste". Cela est valable,
mais il est nécessaire de veiller à ce
que l'esprit ne soit pas trop tendu.
On parle aussi de ce dont il faut se défaire
et trop souvent nous n'apprécions pas ce qui
est en train de se développer, à l'intérieur
de nous. Une certaine liberté va s'installer
en face des émotions. Ne vont pas s'accroître
que les difficultés, l'épanouissement
va s'opérer aussi et il est important d'en être
conscient. Il est essentiel que le corps se sente bien,
soit à l'aise, sinon la pratique sera malaisée.
Le développement des qualités doit se
faire dans la spontanéité, dans un mouvement
naturel, joyeux. Si l'on veut forcer les choses, s'obliger
à méditer, à développer
la compassion, que ce soit poussé par nous-même
ou par les autres, on risque de se fatiguer, de s'épuiser
et de se détourner du but. Si l'on vient passer
des vacances dans un centre en se disant: "il faut
que je fasse cela ou ceci" , il risque de se développer
en nous un stress permanent, pire qu'au bureau. On peut
développer une attitude plus enthousiaste et
naturelle. La conscience d'esprit et l'attention ne
vont pas être obtenues par la force mais naturellement,
comme le souffle qui est le soutien de la vie. La conscience,
la présence d'esprit ainsi que l'attention doivent
être à l'image de ce souffle.
LA
COMPASSION
Si
la méditation va dans le sens de l'harmonie et
de la paix, on développera de la compassion.
Cette compassion contrecarre l'état de souffrance
qui est le nôtre et qui constitue présentement
le samsara. On est enfermé dans une situation
qui semble rigide et fermée. Grâce à
la pratique, on change sa propre attitude vis-à-vis
de ce qu'on expérimente. On développe
plus d'ouverture, de flexibilité, de souplesse,
de compréhension, d'enthousiasme et de joie.
Une attitude fréquente lorsqu'on vient dans un
centre consiste à vouloir recevoir un maximum
d'enseignements. On étudie les textes, on suit
des cours pendant trois semaine et, au bout du compte,
chacun repart et se précipite en vacances, au
bord de la mer, pour oublier ces vingt jours tellement
intenses. C'est dommage! Bien sûr, faut partir
en vacances, mais il ne faut pas que notre séjour
dans un centre d dharma nous conduise à l'épuisement
au point d'avoir envie de faire le vide ailleurs. Il
ne s'agit pas de se remplir au point de risquer d'exploser,
tel un pneu il faut apprendre à se poser, à
se tourner vers soi-même : il s'agit d'apprendre
développer plus de compréhension. C'est
une pratique qui doit être accompli dans la détente,
l'enthousiasme et la joie. Elle sera basée sur
le bonheur de développer les qualités
inhérentes à notre corps, notre parole
et notre esprit. On peut aussi développer de
la joie car cette pratique est bénéfique
à tous les êtres. O peut donc considérer
que l'on dédie son corps, sa parole et son esprit
au bien fait de tous les êtres de l'univers.
LA
SOUFFRANCE
Toutes
les personnes qui sont ici ont écouté
beaucoup d'enseignements, ont pratiqué pendant
de nombreuses années; certaines ont fait
plusieurs retraites, toutes ont le coeur tourné
vers ce qui est positif, apprécient la dimension
de compassion et de sagesse inhérente à
l'esprit, toutes sont d'accord pour dire que le samsara
n'est que souffrance et, bien sûr, cela est facile
à constater à chaque instant: sur cette
planète, les guerres sont constantes, il y a
beaucoup d'agressivité, il y a la maladie,
la vieillesse et la mort. On sait tout cela, mais on
ne s'en souvient pas toujours, on ne se rappelle pas
toujours l'ampleur de l'état de souffrance qui
caractérise le samsara.
De temps en temps, il nous revient directement au visage
parce que l'on rencontre telle ou telle situation
en nous-même ou autour de nous. On manifeste également
beaucoup de confiance aux bouddhas, aux bodhisattvas,
aux maîtres qui enseignent que le samsara n'est
que souffrance et, malgré cette conviction et
cette bonne motivation, quatre-vingt-dix-neuf pour cent
de notre temps et de notre énergie sont consacrés
à quelque chose qui maintient cette situation
de souffrance.
CONSCIENCE
DE LA SOUFFRANCE
L'entraînement
de l'esprit est primordial parce que c'est lui qui nous
aidera à canaliser toutes les activités;
sinon, on risque de s'éparpiller: avec les yeux,
on regardera dans une direction, avec les oreilles dans
une autre, le coeur partira vers quelque chose d'autre
et l'on sera totalement éparpillé. Il
est nécessaire de ne pas pratiquer dans l'ignorance,
de ne pas pratiquer non plus par obligation ou par habitude,
sans en être conscient. Il suffit d'avoir du bon
sens et d'examiner le samsara pour constater qu'il n'est
que douleur, qu'insatisfaction. Si l'on regarde un peu
plus avant, on ressentira cela du fond du coeur ; ce
ne sera plus quelque chose de théorique mais
de ressenti, ce qui nous permettra de développer
une véritable compassion. Et c'est de cette compassion-là
qu'il s'agit.
L'ILLUSION
Par
la méditation, les pratiquants développent
une attitude d'engagement et une compréhension
de l'aspect illusoire du samsara. Ils comprennent que
les pensées, les phénomènes extérieurs,
tout ce qui est expérimenté, ne sont que
projection de l'esprit. On se dira que toute manifestation
extérieure est simplement de la dimension
d'un rêve ou d'un mirage, on croira l'avoir profondément
compris, mais en fait on ne l'aura pas compris. En effet,
si l'on y regarde de près, combien de temps avons-nous
passé à nous illusionner, même si,
intellectuellement, nous savions qu'il s'agissait
d'illusions ~ Finalement, il se peut même qu'à
travers la pratique on essaie de rendre cette illusion
plus belle, plus simple, plus permanente, au lieu de
trancher et d'y mettre un terme. On va vouloir la renforcer,
on va avoir tendance à l'améliorer et,
de ceci aussi, il faudra prendre conscience.
Tout ce qui s'élève dans l'esprit, toutes
les pensées sont de la dimension de l'illusion.
Même la pratique sera entachée d'orgueil
parce qu'on tombera dans un système où
l'on se dira: "je médite, je développe
de la compassion, je fais ceci pour le bienfait de tous
les êtres, tout ce que moi je fais est dédié
au bienfait de tous les êtres" , et
là encore il faut prendre conscience que, même
si à travers les mots, on pense avoir compris
ce qu'est l'ignorance ou comment en sortir, cette ignorance
est là qui nous imbibe très fortement.