QUELQUES CLEFS POUR LA PRATIQUE #3
Kandro Rinpoché

LA DÉTENTE

Se détendre est indispensable. Lorsqu'on suit la voie du bouddha, il est nécessaire de garder un équilibre correct. Suivre ce chemin vers l'éveil, c'est marcher sur le fil du rasoir, il faut faire attention de bien garder son équilibre, il faut que soient présents en même temps la sagesse et les moyens habiles. Si l'équilibre est conservé, la progression se fera et elle représentera un très grand bienfait pour les êtres. Si un tel équilibre fait défaut, on risque de se faire mal. C'est pour cela qu'il est important de garder l'équilibre au fil du chemin, un équi­libre entre sérieux et enthousiasme, entre diligence et bonheur; bien sûr, nous devons pratiquer, mais il est important de le faire avec une dimension d'enthou­siasme, de joie et de bonheur. Parmi vous, beaucoup écoutent de nombreux enseignements. Il existe ici de nombreux stages. On a envie d'en savoir plus, de comprendre mieux, on veut faire plus et peut-être va-t-on se sentir poussé à pra­tiquer plus, mais il faut veiller à ce que cela ne se transforme pas en stress. Il faut veiller à ce que la pression qui s'exerce ne tende pas notre esprit au lieu de l'ou­vrir. Lorsqu'on développe les qualités de l'esprit, lorsqu'on va dans le sens de la renonciation à cette notion de soi individuel, il est nécessaire que cela se fasse dans l'enthousiasme et dans l'ouverture. Que ce soit au cours de la pratique ou dans l'activité ordinaire, on a peut-être trop souvent tendance à se dire: "il faut que je fasse ceci ou cela parce que je suis bouddhiste". Cela est valable, mais il est nécessaire de veiller à ce que l'esprit ne soit pas trop tendu.
On parle aussi de ce dont il faut se défaire et trop souvent nous n'apprécions pas ce qui est en train de se développer, à l'intérieur de nous. Une certaine liberté va s'installer en face des émotions. Ne vont pas s'accroître que les difficultés, l'épanouissement va s'opérer aussi et il est important d'en être conscient. Il est essentiel que le corps se sente bien, soit à l'aise, sinon la pratique sera malaisée. Le développement des qualités doit se faire dans la spontanéité, dans un mou­vement naturel, joyeux. Si l'on veut forcer les choses, s'obliger à méditer, à déve­lopper la compassion, que ce soit poussé par nous-même ou par les autres, on risque de se fatiguer, de s'épuiser et de se détourner du but. Si l'on vient passer des vacances dans un centre en se disant: "il faut que je fasse cela ou ceci" , il risque de se développer en nous un stress permanent, pire qu'au bureau. On peut développer une attitude plus enthousiaste et naturelle. La conscience d'esprit et l'attention ne vont pas être obtenues par la force mais naturellement, comme le souffle qui est le soutien de la vie. La conscience, la présence d'esprit ainsi que l'attention doivent être à l'image de ce souffle.

LA COMPASSION

Si la méditation va dans le sens de l'harmonie et de la paix, on développera de la compassion. Cette compassion contrecarre l'état de souffrance qui est le nôtre et qui constitue présentement le samsara. On est enfermé dans une situation qui semble rigide et fermée. Grâce à la pratique, on change sa propre attitude vis-à-vis de ce qu'on expérimente. On développe plus d'ouverture, de flexibilité, de souplesse, de compréhension, d'enthousiasme et de joie. Une attitude fréquente lorsqu'on vient dans un centre consiste à vouloir recevoir un maximum d'enseignements. On étudie les textes, on suit des cours pendant trois semaine et, au bout du compte, chacun repart et se précipite en vacances, au bord de la mer, pour oublier ces vingt jours tellement intenses. C'est dommage! Bien sûr, faut partir en vacances, mais il ne faut pas que notre séjour dans un centre d dharma nous conduise à l'épuisement au point d'avoir envie de faire le vide ailleurs. Il ne s'agit pas de se remplir au point de risquer d'exploser, tel un pneu il faut apprendre à se poser, à se tourner vers soi-même : il s'agit d'apprendre développer plus de compréhension. C'est une pratique qui doit être accompli dans la détente, l'enthousiasme et la joie. Elle sera basée sur le bonheur de développer les qualités inhérentes à notre corps, notre parole et notre esprit. On peut aussi développer de la joie car cette pratique est bénéfique à tous les êtres. O peut donc considérer que l'on dédie son corps, sa parole et son esprit au bien fait de tous les êtres de l'univers.

LA SOUFFRANCE

Toutes les personnes qui sont ici ont écouté beaucoup d'enseigne­ments, ont pratiqué pendant de nom­breuses années; certaines ont fait plusieurs retraites, toutes ont le coeur tourné vers ce qui est positif, appré­cient la dimension de compassion et de sagesse inhérente à l'esprit, toutes sont d'accord pour dire que le samsara n'est que souffrance et, bien sûr, cela est facile à constater à chaque instant: sur cette planète, les guerres sont constantes, il y a beau­coup d'agressivité, il y a la maladie, la vieillesse et la mort. On sait tout cela, mais on ne s'en souvient pas toujours, on ne se rappelle pas toujours l'ampleur de l'état de souffrance qui caractérise le samsara.
De temps en temps, il nous revient directement au visage parce que l'on ren­contre telle ou telle situation en nous-même ou autour de nous. On manifeste également beaucoup de confiance aux bouddhas, aux bodhisattvas, aux maîtres qui enseignent que le samsara n'est que souffrance et, malgré cette conviction et cette bonne motivation, quatre-vingt-dix-neuf pour cent de notre temps et de notre énergie sont consacrés à quelque chose qui maintient cette situation de souffrance.

CONSCIENCE DE LA SOUFFRANCE

L'entraînement de l'esprit est primordial parce que c'est lui qui nous aidera à canaliser toutes les activités; sinon, on risque de s'éparpiller: avec les yeux, on regardera dans une direction, avec les oreilles dans une autre, le coeur partira vers quelque chose d'autre et l'on sera totalement éparpillé. Il est nécessaire de ne pas pratiquer dans l'ignorance, de ne pas pratiquer non plus par obligation ou par habitude, sans en être conscient. Il suffit d'avoir du bon sens et d'examiner le samsara pour constater qu'il n'est que douleur, qu'insatisfaction. Si l'on regarde un peu plus avant, on ressentira cela du fond du coeur ; ce ne sera plus quelque chose de théorique mais de ressenti, ce qui nous permettra de déve­lopper une véritable compassion. Et c'est de cette compassion-là qu'il s'agit.

L'ILLUSION

Par la méditation, les pratiquants développent une attitude d'engagement et une compréhension de l'aspect illusoire du samsara. Ils comprennent que les pensées, les phénomènes extérieurs, tout ce qui est expérimenté, ne sont que projection de l'esprit. On se dira que toute manifestation extérieure est simple­ment de la dimension d'un rêve ou d'un mirage, on croira l'avoir profondément compris, mais en fait on ne l'aura pas compris. En effet, si l'on y regarde de près, combien de temps avons-nous passé à nous illusionner, même si, intellectuelle­ment, nous savions qu'il s'agissait d'illusions ~ Finalement, il se peut même qu'à travers la pratique on essaie de rendre cette illusion plus belle, plus simple, plus permanente, au lieu de trancher et d'y mettre un terme. On va vouloir la renforcer, on va avoir tendance à l'améliorer et, de ceci aussi, il faudra prendre conscience.
Tout ce qui s'élève dans l'esprit, toutes les pensées sont de la dimension de l'illusion. Même la pratique sera entachée d'orgueil parce qu'on tombera dans un système où l'on se dira: "je médite, je développe de la compassion, je fais ceci pour le bienfait de tous les êtres, tout ce que moi je fais est dédié au bien­fait de tous les êtres" , et là encore il faut prendre conscience que, même si à travers les mots, on pense avoir compris ce qu'est l'ignorance ou comment en sortir, cette ignorance est là qui nous imbibe très fortement.

 

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