QUELQUES CLEFS POUR LA PRATIQUE #4
Kandro Rinpoché

L'IGNORANCE

En pratiquant la méditation, il faut développer une attitude totalement honnête, consciente, une attitude sans peur, accompagnée de la ferme décision de trancher l'ignorance dont il est question. Cette ignorance est extrêmement forte parce que le karma l'est aussi et que les tendances habituelles sont très for­tement ancrées dans notre esprit.

Tout ce système illusoire est simplement dû à la projection de notre esprit, et il faut développer l'aptitude à demeurer dans la méditation, à s'asseoir et en même temps à demeurer libre de toute obligation.

Il est important de se libérer de l'ignorance. Celle-ci a deux aspects: d'un côté, elle attire ou accepte certaines choses et, d'un autre côté, elle rejette d'autres choses.
Elle tend à accepter et à attirer à soi l'idée que "je" médite, que tout ce qui est à l'extérieur est de la dimension d'un rêve, dépourvu de réalité. Ayant bien compris cela, on continue néanmoins à se dire: "j'existe, c'est moi qui suis en train de méditer et j'existe donc véritablement." Toutes ces idées entachent la méditation et ont tendance à la faire dévier de son but.

L'ATTACHEMENT

Cette attitude a elle aussi tendance à polluer l'esprit, car on développe de l'at­tachement à l'égard de toutes ces notions. "Je" vais avoir tendance à me dire que "je" suis assis et que "je" souhaite m'ouvrir à d'autres états de compréhension.

Tout un système va s'organiser autour de ces pensées, qui va renforcer l'ego, un ego qui déve­loppera de l'orgueil, un ego qui sera associé à la manière de s'asseoir, à la posture que l'on adopte. Combien de personnes sont véritable­ment assises dans cette dimension d'aise qu'est la véritable méditation ? Combien de personnes, au contraire, au lieu d'être dans un état de détente, ont tendance à se redresser juste pour se prouver ou prouver à quelqu'un d'autre qu'elles sont en méditation ? Si notre Corps ressent spon­tanément cette nécessité de se redresser un peu, c'est très bien, sinon il s'agit simplement de pré­tention et cela n'a rien à voir avec la méditation.

Quoiqu'on fasse, chaque instant de pratique doit être marqué du sceau de la présence d'esprit, de la conscience. Tous les mouvements de l'esprit doivent être vécus avec conscience. S'il y a conscience, il n'est pas nécessaire qu'il y ait atta­chement, ce n'est pas un besoin. Quand l'ignorance est présente, la conscience n'est pas présence d'esprit, c'est pour cela qu'il est important d'être vigilant à se défaire de cette tendance à l'ignorance.

LA VACUITÉ - L'ATTITUDE ARTIFICIELLE.

Dans tous les textes de pratique, il est dit au départ que, de la vacuité, va apparaître telle ou telle divinité qu'on visualisera. On a toujours une idée très intellectuelle de cette vacuité. On l'imagine et on essaye de voir ce qu'elle pour­rait être. Je ne sais absolument pas comment les gens peuvent prétendre que l'on peut voir la vacuité... Cela ne Correspond à rien. À la limite, si on regarde dans le vide et qu'on ne regarde rien, cela peut éventuellement être une approche, mais si l'on pense qu'on va percevoir la vacuité à travers nos facultés senso­rielles, nos yeux ou nos oreilles, cela n'est pas possible, car ce n'est pas suffisant.

En fait, cette vacuité va se révéler à travers le potentiel, la capacité que l'on aura de s'asseoir face à un miroir, face à soi-même. Il n'est pas nécessaire qu'un miroir soit véritablement présent, mais qu'on ait cette capacité à se regarder soi­-même, à se voir en totalité, avec intégrité et honnêteté. À ce moment-là, on va examiner si notre activité est entachée de prétention ou non, on va regarder ce qui demeure dans notre coeur, ce que l'on ressent. Est-ce tout à fait authentique ou pas ? Si ce que nous voyons est entaché de prétention, nous nous rendons compte que nous sommes à l'origine de cela. Cela ne pose de problème qu'à nous-même ; cette attitude n'apporte aucun bienfait au bouddha, ni au lama, ni à notre maître ni à qui que ce soit. Il s'agit d'une prétention inutile. Peut-être s'en satisfera-t-on, mais en tout cas, il n'y aura pas de bienfait pour
quiconque.

L'ATTITUDE NATURELLE

Si l'on est face à soi-même, on se rend compte que tout un monde se construit sur ce processus qu'on est en train d'élaborer, su r cette création d'un moi ou d'un soi qui se donne l'illusion d'exister, qui se donne la prétention d'être assis en méditation et de pratiquer. Tout un monde autour de soi va ainsi se développer, que l'on va nourrir par attachement et essayer de protéger à travers des attitudes de rejet.
Si cet univers que l'on a essayé de façonner est attaqué, troublé de l'extérieur, on en éprouve de la souffrance. Du fait de ce mécanisme, prendront place le karma, les six royaumes d'existence et tout le cycle du conditionnement de la naissance, de la vie et de la mort. Si l'on apprend à regarder ce miroir et ce que l'on est véritablement, il ne s'agit pas alors de se critiquer mais simplement de se connaître et de voir les choses telles qu'elles sont. Si l'on a développé cette capa­cité, il ne sera pas nécessaire de voir autre chose, ni de s'embarquer dans un tas d'illusions. Il sera tout à fait possible de demeurer dans un état d'apaisement.

 

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