L'IGNORANCE
En
pratiquant la méditation, il faut développer
une attitude totalement honnête, consciente, une
attitude sans peur, accompagnée de la ferme décision
de trancher l'ignorance dont il est question. Cette
ignorance est extrêmement forte parce que le karma
l'est aussi et que les tendances habituelles sont très
fortement ancrées dans notre esprit.
Tout
ce système illusoire est simplement dû
à la projection de notre esprit, et il faut développer
l'aptitude à demeurer dans la méditation,
à s'asseoir et en même temps à demeurer
libre de toute obligation.
Il
est important de se libérer de l'ignorance. Celle-ci
a deux aspects: d'un côté, elle attire
ou accepte certaines choses et, d'un autre côté,
elle rejette d'autres choses.
Elle tend à accepter et à attirer à
soi l'idée que "je" médite,
que tout ce qui est à l'extérieur est
de la dimension d'un rêve, dépourvu de
réalité. Ayant bien compris cela, on continue
néanmoins à se dire: "j'existe, c'est
moi qui suis en train de méditer et j'existe
donc véritablement." Toutes ces idées
entachent la méditation et ont tendance à
la faire dévier de son but.
L'ATTACHEMENT
Cette
attitude a elle aussi tendance à polluer l'esprit,
car on développe de l'attachement à
l'égard de toutes ces notions. "Je"
vais avoir tendance à me dire que "je"
suis assis et que "je" souhaite m'ouvrir à
d'autres états de compréhension.
Tout
un système va s'organiser autour de ces pensées,
qui va renforcer l'ego, un ego qui développera
de l'orgueil, un ego qui sera associé à
la manière de s'asseoir, à la posture
que l'on adopte. Combien de personnes sont véritablement
assises dans cette dimension d'aise qu'est la véritable
méditation ? Combien de personnes, au contraire,
au lieu d'être dans un état de détente,
ont tendance à se redresser juste pour se prouver
ou prouver à quelqu'un d'autre qu'elles sont
en méditation ? Si notre Corps ressent spontanément
cette nécessité de se redresser un peu,
c'est très bien, sinon il s'agit simplement de
prétention et cela n'a rien à voir
avec la méditation.
Quoiqu'on
fasse, chaque instant de pratique doit être marqué
du sceau de la présence d'esprit, de la conscience.
Tous les mouvements de l'esprit doivent être vécus
avec conscience. S'il y a conscience, il n'est pas nécessaire
qu'il y ait attachement, ce n'est pas un besoin.
Quand l'ignorance est présente, la conscience
n'est pas présence d'esprit, c'est pour cela
qu'il est important d'être vigilant à se
défaire de cette tendance à l'ignorance.
LA
VACUITÉ - L'ATTITUDE ARTIFICIELLE.
Dans
tous les textes de pratique, il est dit au départ
que, de la vacuité, va apparaître telle
ou telle divinité qu'on visualisera. On a toujours
une idée très intellectuelle de cette
vacuité. On l'imagine et on essaye de voir ce
qu'elle pourrait être. Je ne sais absolument
pas comment les gens peuvent prétendre que l'on
peut voir la vacuité... Cela ne Correspond à
rien. À la limite, si on regarde dans le vide
et qu'on ne regarde rien, cela peut éventuellement
être une approche, mais si l'on pense qu'on va
percevoir la vacuité à travers nos facultés
sensorielles, nos yeux ou nos oreilles, cela n'est
pas possible, car ce n'est pas suffisant.
En
fait, cette vacuité va se révéler
à travers le potentiel, la capacité que
l'on aura de s'asseoir face à un miroir, face
à soi-même. Il n'est pas nécessaire
qu'un miroir soit véritablement présent,
mais qu'on ait cette capacité à se regarder
soi-même, à se voir en totalité,
avec intégrité et honnêteté.
À ce moment-là, on va examiner si notre
activité est entachée de prétention
ou non, on va regarder ce qui demeure dans notre coeur,
ce que l'on ressent. Est-ce tout à fait authentique
ou pas ? Si ce que nous voyons est entaché
de prétention, nous nous rendons compte que nous
sommes à l'origine de cela. Cela ne pose de problème
qu'à nous-même ; cette attitude n'apporte
aucun bienfait au bouddha, ni au lama, ni à notre
maître ni à qui que ce soit. Il s'agit
d'une prétention inutile. Peut-être s'en
satisfera-t-on, mais en tout cas, il n'y aura pas de
bienfait pour
quiconque.
L'ATTITUDE
NATURELLE
Si
l'on est face à soi-même, on se rend compte
que tout un monde se construit sur ce processus qu'on
est en train d'élaborer, su r cette création
d'un moi ou d'un soi qui se donne l'illusion d'exister,
qui se donne la prétention d'être assis
en méditation et de pratiquer. Tout un monde
autour de soi va ainsi se développer, que l'on
va nourrir par attachement et essayer de protéger
à travers des attitudes de rejet.
Si cet univers que l'on a essayé de façonner
est attaqué, troublé de l'extérieur,
on en éprouve de la souffrance. Du fait de ce
mécanisme, prendront place le karma, les six
royaumes d'existence et tout le cycle du conditionnement
de la naissance, de la vie et de la mort. Si l'on apprend
à regarder ce miroir et ce que l'on est véritablement,
il ne s'agit pas alors de se critiquer mais simplement
de se connaître et de voir les choses telles qu'elles
sont. Si l'on a développé cette capacité,
il ne sera pas nécessaire de voir autre chose,
ni de s'embarquer dans un tas d'illusions. Il sera tout
à fait possible de demeurer dans un état
d'apaisement.