L'ATTENTION
Pour
cette raison, au cours de la méditation, il est
nécessaire d'être attentif à tout
ce qui vient d'être dit, de maintenir une présence
d'esprit libre des deux extrêmes décrits.
Il faut demeurer dans cette compréhension, dans
cet état où l'on apprécie toute
chose avec une saveur unique, au-delà de la dualité.
Il n'est pas question de distinguer ce qui est pur de
ce qui est impur; dans la méditation, il n'y
a pas cette forme de séparation, il n'y a rien
qui soit distinct parce que, finalement, c'est de l'esprit
que tout émerge et c'est simplement la valeur
que la confusion accorde à ce qui est là
qui crée cette distinction . Peut -être
notre esprit va-t-il saisir quelque chose comme étant
bien, comme étant acceptable ou va-t-il
vouloir l'attirer et cela deviendra alors pour nous
pur ou positif. Ce même esprit va produire autre
chose qu'on voudra rejeter et qui alors, de par notre
interprétation, deviendra négatif. C'
est simplement notre esprit, notre
manière d'appréhender les choses dont
il s'agit ici. Donc, ce qu'il faut, c'est demeurer libre
de ces extrêmes d'acceptation ou de rejet, les
considérer avec une saveur unique, demeurer dans
l'attention à toute chose et dans la conscience
de la motivation qui nous anime pendant que nous pratiquons.
À
PROPOS DE LA MOTIVATION - LA VOlE DE L ' ASPIRATION
Aujourd'hui,
il y a deux sortes de pratiquants. Tout d'abord, ceux
qui pratiquent du fond du coeur ; si je m'adressais
à des Tibétains, je parlerais de foi et
de dévotion, mais pour des Occidentaux, je parlerais
plutôt d'aspiration ou de coeur. Ce type de pratiquant
s'engage dans la voie du bouddha parce que sa motivation
est basée sur une sorte de compréhension
instinctive ou de résonance du coeur et que cette
pratique procure un certain bonheur, une certaine énergie,
une certaine vibration qui satisfont le pratiquant
au niveau intime. Il est bon, bien sûr, de développer
ce type d'attitude, mais là encore, il ne faut
pas tomber dans l'extrême. La cause première
de la pratique étant basée sur une sensation,
sur une sorte de "feeling", la motivation
risque d'être temporaire. Dans ce cas-là,
ce qui anime la pratique dépendra d'une personnalité,
d'un enseignant, d'un type d'enseignement, de telle
ou telle circonstance, qui ont résonné
à l'intérieur de notre coeur. Si la motivation
se résume simplement à cela, il y a le
risque que, dès qu'une émotion un peu
plus forte interviendra, ou qu'un petit obstacle s'élèvera,
ceux-ci prennent d'énormes proportions. Cela
parce que la motivation est trop sensorielle pourrait-on
dire, ou trop liée à des sensations et
à des sentiments.
LA
VOIE DE L'INTELLECT
L'autre
aspect, c'est l'aspect intellectuel. Il s'agit du pratiquant
qui voudrait satisfaire son désir de connaissance.
L'être humain est toujours marqué par le
désir, et ce désir-là va s'orienter
dans le sens de la compréhension; on va souhaiter
approfondir le sens des mots employés, et certains
vont nous fasciner comme: éveil, libération,
chemin, etc.
On va vouloir comprendre intellectuellement quelle est
la réalité présente derrière
ces mots. On va décortiquer tous les enseignements
avec son cerveau. Cette démarche est intéressante
également, elle est bénéfique,
mais il ne faut pas se limiter à cela, sinon
on tombe dans l'autre extrême. À savoir
qu'on sera un pratiquant au niveau de la tête,
mais qu'on n'établira pas de véritable
lien avec la pratique, qu'on ne développera pas
de foi ou de conviction intime à l'endroit de
la pratique; on ne remettra pas forcément en
cause, au plus profond de soi, son propre mode de fonctionnement.
LA
VOIE DU MILIEU
Que
ce soit d'un côté, par excès de
sentiment, ou de l'autre, par excès d'intellectualisme,
ces deux aspects sont extrêmes et ne représentent
pas la motivation juste. Il va falloir trouver
un équilibre entre les deux. Et quand je vous
demandais de regarder la motivation première
qui vous animait en profondeur, c'est par rapport à
ces deux extrêmes que je faisais cette remarque.
Beaucoup
d'entre nous souhaitent suivre la voie du vajrayana.
Cette voie propose des méthodes extrêmement
habiles et fortes, qui vont procurer un résultat
rapide. Mais la pratique du vajrayana nécessite
beaucoup d'efforts, beaucoup de diligence et, surtout
au départ, il est nécessaire d'avoir conscience
de ce que l'on fait, de pourquoi on le fait et de la
motivation qui nous anime. Il va falloir agir en connaissance
de cause et veiller à ce qu'il n'y ait pas de
quiproquo sur notre motivation première. Sinon,
on risque de se retrouver comme une personne en
montagne, face à une sorte de précipice,
entre deux falaises; à ce moment, le tout est
de savoir si on va franchir le précipice ou pas.
Si quelqu'un regarde le précipice, connaît
sa capacité à surmonter cet obstacle et
se rend compte qu'il est capable de le faire, il le
fera et ce sera bien. Mais s'il est totalement
ignorant et inconscient, le résultat risque évidemment
d'être entièrement différent.
LA
SINCÉRITÉ
Cette
ignorance, illustrée par l'exemple de la montagne,
vous la retrouvez de la même manière, lorsque
vous êtes assis sur un coussin et que vous méditez.
Si quelqu'un vous demande pourquoi vous êtes assis
et vous méditez, peut-être la réponse
sera-t-elle : "Je médite pour le bien de
tous les êtres."
C'est
une réponse qui, en soi, est tout à fait
correcte, mais quel est son degré de sincérité
? En quoi n'est-elle pas une réponse toute faite,
donnée par habitude ? Habitude, parce que tous
les textes, tous les maîtres, toutes les pratiques
commencent en disant qu'il faut pratiquer pour
le bien de tous les êtres. Aussi cette idée
va s'imprimer en nous, un peu comme si on l'inscrivait
dans un programme informatique, comme si on l'enregistrait.
Et si la question nous est posée, cette réponse
programmée va sortir. Ce n'est pas le signe d'une
réponse authentique, qui nous est propre. C'est
simplement une réponse de surface, automatique.
Et on parlera peut-être de la même manière
de la nature de l'esprit; on utilisera de grands mots,
même si on n'a aucune compréhension intime
de ce dont il s'agit ; on saura malgré tout en
parler. On parlera de la vacuité, on dira que
tous les problèmes, finalement, viennent
de la saisie égocentrique, qu'il faut réaliser
l'a,bsence de soi de l'individu... On utilisera toutes
sortes de termes qui ne nous appartiennent pas,
dont nous n'avons pas réalisé véritablement
le sens en nous-même.
Combien
de réponses fournies viennent véritablement
de nous-même ? C'est à nous de regarder
si nous sommes simplement en train de plaquer des réponse,
ou si véritablement nous savons de quoi nous
parlons, pourquoi nous somme~ là, pourquoi nous
sommes assis. Personne d'autre que nous ne peut savoir
que degré d'authenticité et de sincérité
contiennent les réponses que l'on donne. E si
l'on imagine qu'il faut constamment attendre de l'extérieur
que l'on nous dise ce qu'il faut comprendre, quelles
sont nos difficultés, quel est notre degré
d'authenticité, c'est une erreur, ce n'est pas
utile. C'est à nous-même de regarder l'intérieur
de nous, de comprendre quel degré d'attachement
nous nous portor à nous-même ainsi qu'aux
choses qui nous entourent.
Quelle est la puissance d'agressivité que nous
manifestons ? Quelle est la marque, l'emprise de
l'ignorance que recèle notre esprit ? Si
l'on a véritablement conscience de l'attachement,
de l'aversion, de l'ignorance présents dans notre
esprit, on pourra travailler dessus. Ce sera alors un
travail tout à fait effectif et utile. Si l'on
se contente simplement de fournir des réponses
toutes faites, si l'on se contente d'accumuler des connaissances,
cela fera illusion pendant quelque temps, quelques années,
mais, au fond, c'est quelque chose d'extrêmement
fragile qui s'écroulera.