QUELQUES CLEFS POUR LA PRATIQUE #5
Kandro Rinpoché

L'ATTENTION

Pour cette raison, au cours de la méditation, il est nécessaire d'être attentif à tout ce qui vient d'être dit, de maintenir une présence d'esprit libre des deux extrêmes décrits. Il faut demeurer dans cette compréhension, dans cet état où l'on apprécie toute chose avec une saveur unique, au-delà de la dualité. Il n'est pas question de distinguer ce qui est pur de ce qui est impur; dans la méditation, il n'y a pas cette forme de séparation, il n'y a rien qui soit distinct parce que, finalement, c'est de l'esprit que tout émerge et c'est simplement la valeur que la confusion accorde à ce qui est là qui crée cette dis­tinction . Peut -être notre esprit va-t-il saisir quelque chose comme étant bien, comme étant accep­table ou va-t-il vouloir l'attirer et cela deviendra alors pour nous pur ou positif. Ce même esprit va produire autre chose qu'on voudra rejeter et qui alors, de par notre interprétation, deviendra négatif. C' est simplement notre esprit, notre
manière d'appréhender les choses dont il s'agit ici. Donc, ce qu'il faut, c'est demeurer libre de ces extrêmes d'acceptation ou de rejet, les considérer avec une saveur unique, demeurer dans l'attention à toute chose et dans la conscience de la motivation qui nous anime pendant que nous pratiquons.

À PROPOS DE LA MOTIVATION - LA VOlE DE L ' ASPIRATION

Aujourd'hui, il y a deux sortes de pratiquants. Tout d'abord, ceux qui prati­quent du fond du coeur ; si je m'adressais à des Tibétains, je parlerais de foi et de dévotion, mais pour des Occidentaux, je parlerais plutôt d'aspiration ou de coeur. Ce type de pratiquant s'engage dans la voie du bouddha parce que sa motivation est basée sur une sorte de compréhension instinctive ou de résonance du coeur et que cette pratique procure un certain bonheur, une certaine énergie, une cer­taine vibration qui satisfont le pratiquant au niveau intime. Il est bon, bien sûr, de développer ce type d'attitude, mais là encore, il ne faut pas tomber dans l'ex­trême. La cause première de la pratique étant basée sur une sensation, sur une sorte de "feeling", la motivation risque d'être temporaire. Dans ce cas-là, ce qui anime la pratique dépendra d'une personnalité, d'un enseignant, d'un type d'en­seignement, de telle ou telle circonstance, qui ont résonné à l'intérieur de notre coeur. Si la motivation se résume simplement à cela, il y a le risque que, dès qu'une émotion un peu plus forte interviendra, ou qu'un petit obstacle s'élèvera, ceux-ci prennent d'énormes proportions. Cela parce que la motivation est trop sensorielle pourrait-on dire, ou trop liée à des sensations et à des sentiments.

LA VOIE DE L'INTELLECT

L'autre aspect, c'est l'aspect intellectuel. Il s'agit du pratiquant qui voudrait satisfaire son désir de connaissance. L'être humain est toujours marqué par le désir, et ce désir-là va s'orienter dans le sens de la compréhension; on va sou­haiter approfondir le sens des mots employés, et certains vont nous fasciner comme: éveil, libération, chemin, etc.
On va vouloir comprendre intellectuellement quelle est la réalité présente derrière ces mots. On va décortiquer tous les enseignements avec son cerveau. Cette démarche est intéressante également, elle est bénéfique, mais il ne faut pas se limiter à cela, sinon on tombe dans l'autre extrême. À savoir qu'on sera un pratiquant au niveau de la tête, mais qu'on n'établira pas de véritable lien avec la pratique, qu'on ne développera pas de foi ou de conviction intime à l'endroit de la pratique; on ne remettra pas forcément en cause, au plus profond de soi, son propre mode de fonctionnement.

LA VOIE DU MILIEU

Que ce soit d'un côté, par excès de sentiment, ou de l'autre, par excès d'in­tellectualisme, ces deux aspects sont extrêmes et ne représentent pas la motiva­tion juste. Il va falloir trouver un équilibre entre les deux. Et quand je vous demandais de regarder la motivation première qui vous animait en profondeur, c'est par rapport à ces deux extrêmes que je faisais cette remarque.

Beaucoup d'entre nous souhaitent suivre la voie du vajrayana. Cette voie propose des méthodes extrêmement habiles et fortes, qui vont procurer un résultat rapide. Mais la pratique du vajrayana nécessite beaucoup d'efforts, beau­coup de diligence et, surtout au départ, il est nécessaire d'avoir conscience de ce que l'on fait, de pourquoi on le fait et de la motivation qui nous anime. Il va falloir agir en connaissance de cause et veiller à ce qu'il n'y ait pas de quiproquo sur notre motivation première. Sinon, on risque de se retrouver comme une per­sonne en montagne, face à une sorte de précipice, entre deux falaises; à ce moment, le tout est de savoir si on va franchir le précipice ou pas. Si quelqu'un regarde le précipice, connaît sa capacité à surmonter cet obstacle et se rend compte qu'il est capable de le faire, il le fera et ce sera bien. Mais s'il est totale­ment ignorant et inconscient, le résultat risque évidemment d'être entièrement différent.

LA SINCÉRITÉ

Cette ignorance, illustrée par l'exemple de la montagne, vous la retrouvez de la même manière, lorsque vous êtes assis sur un coussin et que vous méditez. Si quelqu'un vous demande pourquoi vous êtes assis et vous méditez, peut-être la réponse sera-t-elle : "Je médite pour le bien de tous les êtres."

C'est une réponse qui, en soi, est tout à fait correcte, mais quel est son degré de sincérité ? En quoi n'est-elle pas une réponse toute faite, donnée par habitude ? Habitude, parce que tous les textes, tous les maîtres, toutes les pratiques com­mencent en disant qu'il faut pratiquer pour le bien de tous les êtres. Aussi cette idée va s'imprimer en nous, un peu comme si on l'inscrivait dans un programme informatique, comme si on l'enregistrait. Et si la question nous est posée, cette réponse programmée va sortir. Ce n'est pas le signe d'une réponse authentique, qui nous est propre. C'est simplement une réponse de surface, automatique. Et on parlera peut-être de la même manière de la nature de l'esprit; on utilisera de grands mots, même si on n'a aucune compréhension intime de ce dont il s'agit ; on saura malgré tout en parler. On parlera de la vacuité, on dira que tous les pro­blèmes, finalement, viennent de la saisie égocentrique, qu'il faut réaliser l'a,bsence de soi de l'individu... On utilisera toutes sortes de termes qui ne nous appartien­nent pas, dont nous n'avons pas réalisé véritablement le sens en nous-même.

Combien de réponses fournies viennent véritablement de nous-même ? C'est à nous de regarder si nous sommes simplement en train de plaquer des réponse, ou si véritablement nous savons de quoi nous parlons, pourquoi nous somme~ là, pourquoi nous sommes assis. Personne d'autre que nous ne peut savoir que degré d'authenticité et de sincérité contiennent les réponses que l'on donne. E si l'on imagine qu'il faut constamment attendre de l'extérieur que l'on nous dise ce qu'il faut comprendre, quelles sont nos difficultés, quel est notre degré d'authenticité, c'est une erreur, ce n'est pas utile. C'est à nous-même de regarder l'intérieur de nous, de comprendre quel degré d'attachement nous nous portor à nous-même ainsi qu'aux choses qui nous entourent.
Quelle est la puissance d'agressivité que nous manifestons ? Quelle est la marque, l'emprise de l'ignorance que recèle notre esprit ? Si l'on a véritablement conscience de l'attachement, de l'aversion, de l'ignorance présents dans notre esprit, on pourra travailler dessus. Ce sera alors un travail tout à fait effectif et utile. Si l'on se contente simplement de fournir des réponses toutes faites, si l'on se contente d'accumuler des connaissances, cela fera illusion pendant quelque temps, quelques années, mais, au fond, c'est quelque chose d'extrêmement fragile qui s'écroulera.

 

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Fin.

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