Fin
de l'enseignement de Guendune Rinpoché basé
sur l'Océan du Sens Ultime", ouvrage composé
par le 9ème Karmapa. Y sont détaillées
les cinq fausses conceptions qui, lorsqu'elles sont
présentes en l'esprit du méditant, entravent
celui-ci dans sa réalisation du Mahamoudra.
Nous en venons
maintenant à la quatrième vue erronée
qui doit être dissipée. Elle concerne cette
fois-ci notre état naturel.
Selon les
enseignements, qu'ils proviennent des Soûtras
ou des Tantras, l'état naturel de tous les êtres
est identique à celui des dieux et des déesses,
des divinités, dans la mesure où, dans
leur pureté essentielle, tous nos skandhas et
tous nos processus de perception correspondent depuis
toujours aux aspects masculins et féminins des
Bouddhas. A cause de l'ignorance, nous avons développé
l'idée d'aspirer à un type particulier
de bouddhéité en dehors de notre propre
esprit, du fait que nous n'avons pas réalisé
que l'état de Bouddha était déjà
là, présent en notre esprit. Nous pensons
ainsi qu'il est impossible de trouver l'état
parfaitement pur de la bouddhéité à
l'intérieur des êtres, que l'on considère
comme impurs. Pourtant, si on se réfère
à ce qui est dit dans les écritures associées
au chemin tantrique, la bouddhéité n'est
pas quelque chose qu'il faut considérer comme
étranger ou extérieur à soi, que
l'on doit accomplir ou atteindre en suivant un processus
de purification.
Au contraire,
la bouddhéité est simplement l'essence
de l'état naturel de notre propre esprit. Si
on ne réalise pas cela, il est impossible d'y
parvenir. Celui qui pense que la bouddhéité
est extérieure à lui a une fausse idée
des enseignements du Bouddha. Cet enseignement lié
au Vajrayana révèle que nous sommes déjà
éveillés et que l'Eveil ne saurait être
trouvé en dehors de nous. On le dit semblable
à un nectar authentique capable d'apporter la
joie et de libérer l'être de la souffrance.
II est également décrit comme un joyau
accomplissant tous les désirs. Certains entendent
de tels énoncés si profonds qu'ils en
sont effrayés et développent à
leur égard une attitude quasiment opposée
: ils pensent que ce nectar est semblable à un
poison ou à un abîme vertigineux.
Cette attitude
que nous avons vis-à-vis de notre propre nature
déjà éveillée peut être
comparée à celle d'un homme pauvre qui
possède, dans son terrain, une mine d'or. Comme
il ne sait pas que ce trésor est à lui
et lui appartient déjà, il passe son temps
à chercher ailleurs. On doit avoir la profonde
conviction que toutes ces qualités des Bouddhas
- les qualités du Dharmakaya associées
à la libération et celles des Kayas formels
(Samboghakaya et Nirmanakaya) associées au mûrissement
- demeurent en notre propre corps et sont la spontanéité
de notre propre esprit. Dans cette certitude, on découvre
le secret authentique et on n'essaie plus désormais
de chercher la bouddhéité en dehors de
son propre esprit. Il est dit : "En dehors de notre
propre esprit, qui est comme un précieux joyau,
il n'y a ni Bouddhas ni êtres vivants." Une citation
de Sambuti : "Le Bouddha demeure en notre propre corps
et il n'existe aucun Bouddha qui puisse résider
ailleurs qu'en nous-mêmes. Si nous sommes dans
un état d'ignorance confuse, ne reconnaissant
pas cela, nous souhaiterons alors, du fait de cette
confusion, trouver l'Eveil en dehors de notre propre
corps."
Notre esprit
même est parfaitement éveillé et,
quel que soit le temps passé à chercher
dans tout l'univers, on ne trouvera l'Eveil nulle part
ailleurs. Une citation d'un texte nommé "La Flèche
de (la) Sagesse" : "Si on réalise son propre
esprit comme étant Bouddha, alors
on
ne va pas chercher la bouddhéité en dehors
de soi. Ayant pleinement intégré le sens
de ce qui précède, on doit méditer
dans cette conscience. C'est la réalisation ou
la non-réalisation de cela qui crée la
distinction entre les Bouddhas et les êtres ordinaires.
En fait, il n'y a aucune différence réelle
de qualité entre les Bouddhas et les êtres
sensibles."
Si nous réalisons
maintenant la vraie nature de notre esprit, nous sommes
maintenant des Bouddhas. Si nous réalisons la
vraie nature de notre esprit dans le futur, alors il
nous faudra attendre pour devenir des Bouddhas. La seule
différence entre un Bouddha et un être
ordinaire est le fait d'avoir ou de ne pas avoir réalisé
la nature de son propre esprit. Les gens sont portés
à se demander : "Qu'est-ce exactement qu'un Bouddha
et qu'est-ce au juste qu'un être sensible ?" Il
nous faut comprendre qu'en réalité il
n'existe aucune différence, si petite soit-elle,
entre eux. La seule distinction possible tient à
ce que l'un réalise sa vraie nature comme étant
Bouddha alors que l'autre - l'être ordinaire -
ne réalise pas ce qu'il est réellement.
Le chemin du Mahamoudra est la voie directe vers l'Eveil
: c'est à travers les enseignements et la pratique
du Mahamoudra que l'on peut reconnaître sa vraie
nature telle qu'elle est. En un instant de réalisation,
on perçoit base, chemin et fruit comme totalement
indifférenciés. Lorsque l'on reconnaît
que tous les phénomènes manifestés
ne sont rien d'autre que l'esprit lui-même, réalisant
au même instant l'essence de l'esprit et la vraie
nature des phénomènes, ceci correspond
à ce que l'on appelle : "connaissant l'un, on
connaît tout".
Tel est donc
le point essentiel qu'il faut comprendre et réaliser
; il n'y a pas à chercher d'autre moyen en dehors
de cela.
La cinquième
vue erronée est en rapport avec la sagesse intellectuelle.
Si on aspire
à la réalisation de la réalité
ultime, de l'état ultime de notre propre esprit
- la sagesse auto-connaissante qui perçoit toutes
choses en leur individualité -, il faut alors
pratiquer, ayant réuni les conditions indispensables
: la puissance de notre propre méditation, la
bénédiction du lama, la persévérance
et l'énergie nécessaires pour mettre les
instructions de celui-ci en pratique, la foi et la confiance,
ainsi qu'un bon karma, résultat du rassemblement
préalable des accumulations.
Si on pense
cependant pouvoir atteindre ce type de réalisation
en s'appuyant sur un excès d'étude, de
réflexion, d'analyse et de critique, en utilisant
un intellect puissant et aiguisé et en s'engageant
dans des discussions passionnées et des débats,
il faut alors reconnaître que c'est là
une vue erronée : on ne pourra jamais atteindre
la réalisation du Mahamoudra par ce type d'approche.
Une citation d'un Soûtra appelé "Etablir
le tronc de l'arbre des Enseignements" : "Les enseignements
parfaits du Bouddha ne peuvent être réalisés
par l'écoute et l'étude" ; cela signifie
que, bien que l'on doive beaucoup étudier et
connaître de nombreux enseignements dans tous
leurs détails, si on ne met pas ces enseignements
en pratique, on terminera cette vie avec un cadavre
ordinaire et rien de plus. Même si on accumule
un grand nombre de connaissances théoriques,
sans la mise en pratique on ne peut progresser vers
l'Eveil.
Par analogie,
un rocher gisant au fond de l'océan depuis des
centaines de milliers d'années, devient, du fait
de sa nature imperméable, sec dès l'instant
où il est sorti de l'eau et mis sur le rivage.
Tous les enseignements que nous entendons et étudions
sont ce que nous avons à mettre en pratique ;
ils ont pour but de trancher la racine de la saisie
égocentrique, de sorte que la sagesse-du-non-ego
puisse se manifester en nous. Cette sagesse n'est pas
quelque chose qui peut être atteint en en parlant,
mais uniquement à travers la pratique. Par exemple,
si une personne assoiffée se trouve dans une
vallée irriguée mais ne fait pourtant
aucun effort pour se désaltérer et demeure
complètement passive, elle mourra de soif au
bord de la rivière. De la même manière,
si nous ne faisons pas l'effort de mettre le Dharma
en pratique, nous mourrons alors sans le Dharma. Si
nous sommes au milieu d'un marché, en présence
d'une grande variété de denrées
et d'objets de valeur, aucune de ces choses ne pourra
nous être acquise simplement en la regardant,
sans faire d'effort pour l'obtenir. De même, si
on ne pratique pas le Dharma, celui-ci demeure juste
une chose agréable à regarder. Ce qu'il
nous faut obtenir, c'est le contrôle, la maîtrise
de notre propre esprit ; et ceci découle de la
mise en pratique du Dharma. La nécessité
de ce contrôle intervient au moment de la mort,
lorsque s'abolit la séparation entre Dharmakaya
extérieur et intérieur : pour réaliser
le Dharmakaya à ce point, on doit avoir déjà
cultivé cette réalisation durant sa vie
et si on a pratiqué le Dharma, on sera alors
à même d'obtenir cette réalisation.
L'espace
à l'intérieur d'une coupe et l'espace
à l'extérieur sont absolument identiques
; il n'y a aucune différence entre eux : ils
partagent les mêmes qualités et la même
perfection. De la même façon, entre le
Dharmakaya en nous - notre vraie nature propre - et
le Dharmakaya-qui-pénètre-tout, il n'existe
pas de différence réelle ni de séparation
quant à leur nature ultime. Cependant, comme
la coupe sépare l'espace extérieur de
l'espace intérieur, notre saisie de l'idée
que nous avons une forme et un corps vraiment existants
fait la séparation entre notre Dharmakaya interne
et le Dharmakaya-qui-pénètre-tout.
Mais cette
saisie de la réalité de notre corps sera
suspendue un court instant au moment de la mort et,
si nous sommes suffisamment conscient pour appréhender
cet instant de façon claire, nous pourrons réaliser
et fondre complètement le Dharmakaya intérieur
et le Dharmakaya-qui-pénètre-tout, juste
comme si la coupe était brisée : l'espace
intérieur et l'espace extérieur fusionneront
sans obstacle. Le processus de fusion n'est pas quelque
chose que nous devons essayer d'accomplir, il survient
naturellement. Au moment de la mort, quand notre saisie
est éblouie pour un instant, spontanément
et sans effort notre propre réalisation du Dharmakaya
et le Dharmakaya-qui-pénètre-tout deviennent
un.
Voici une
citation de Shang Rinpoché : "L'élévation
de la sagesse primordiale de la réalisation ne
se produira pas si on désire qu'elle s'élève.
Elle n'adviendra pas pour celui qui est habile en analyse,
ni pour ceux qui sont doués dans les études
ou experts en débats. Elle ne sera pas expérimentée
par ceux qui aspirent à elle très fortement
ou qui n'y font pas attention, par ceux qui sont très
habiles dans l'examen et ceux qui y sont peu doués,
ni par ceux qui ont beaucoup étudié et
ceux qui n'ont que peu étudié.
L'épanouissement de cette sagesse ne sera pas
réalisé par les individus extrêmement
intelligents ni par ceux qui sont stupides ; il ne sera
pas non plus réalisé par ceux qui ont
une bonne pratique ou dont la pratique est médiocre,
ni par ceux qui cherchent cette sagesse avec ardeur
ou sans enthousiasme. On doit comprendre que l'épanouissement
de cette sagesse sera le fruit des bénédictions
communiquées par le lama à travers ses
enseignements et du pouvoir de notre propre mérite
accumulé par le corps, la parole et l'esprit.
En ce qui concerne le lama, il doit s'agir de quelqu'un
qui possède lui-même la réalisation
; quant à notre propre accumulation de mérite,
cela signifie qu'ayant déjà pratiqué
la méditation en des vies précédentes
et commencé à épuiser notre karma
par la purification des impuretés, quelles que
soient les expériences, réalisations et
qualités alors développées, ces
mêmes qualités s'élèveront
assez naturellement dans la vie présente. De
là, on continue de progresser en s'établissant
fermement sur le chemin de la bénédiction,
ce qui signifie que l'on doit pratiquer avec assiduité
et énergie le Gourou-yoga qui développe
confiance et foi en le lama, afin de faire mûrir
en nous le courant de ses bénédictions.
Celui qui, ayant développé grande foi
et respect profond, pratique avec effort et zèle,
obtiendra la réalisation qui sera dès
lors sa sphère d'activité. Le beau parleur
habile en rhétorique ne pourra pas atteindre
cette réalisation à travers son esprit
intellectuel. La réalisation non-duelle s'élèvera
pour celui possédant une grande intelligence
et un bon karma. Grâce aux bénédictions
du lama authentique, du cur même de la réalisation
se révélera le Dharmakaya et du cur
de l'essence de notre esprit transparaîtra la
non-dualité. Du cur des émotions
perturbatrices jaillira la sagesse et du cur de
la pratique s'élèveront les expériences
et la réalisation."
Des citations
telles que celles des Soûtras et des Tantras et
la parole des détenteurs de la lignée
Kagyupa sont en harmonie avec les citations qui ont
déjà été expliquées.