La façon d'aborder
l'enseignement
On parle de nature de bouddha,
on parle de chemin, et surtout on parle de résultats.
On parle d'avoir les fruits de la pratique, et pour
cela il ne faut pas faire preuve de trop d'impatience.
On peut comparer la pratique au fait de faire pousser
une plante ou de la pelouse. Si l'on regarde attentivement
la pelouse, et ce pendant longtemps, on ne la verra
pas pousser. Il en va de même avec la pratique.
On a parfois l'impression de faire du surplace, et pourtant,
même si l'on ne voit pas pousser le gazon, on
se rend compte au bout d'un certain temps qu'il s'est
développé. Même si l'on ne voit
pas l'esprit grandir et se développer, quelque
chose se passe tout de même, d'où l'importance
de l'enseignement et de la confiance que l'on y met.
Confiance en l'enseignement, en la pratique, en les
différentes méthodes qui sont enseignées
et qu'il s'agit de mettre en pratique. Mais là
un autre piège apparaît : on risque de
devenir prisonnier de la méthode et de la pratique.
Ce que je dis est dit simplement, mais si l'on reste
dans cette simplicité, on n'aura pas de résultat.
il faut approfondir. Pour cela, on a besoin de plusieurs
méthodes, de beaucoup d'enseignements, de techniques
différentes, et l'on pourra alors avoir un résultat,
on pourra réellement travailler avec l'esprit.
Les méthodes qui nous sont transmises nous permettront
de nous libérer de la confusion et de l'ignorance,
mais il ne s'agit pas de dépendre de la méthode
; il faut se libérer des moyens que l'on a acquis,
sinon on est piégé. Si, pour le moment,
les choses ne sont pas encore très claires, avec
du temps et de la patience toutes ces idées seront
plus faciles à comprendre.
Si
l'on considère les grands maîtres du passé
comme Milarépa et qu'on étudie leur biographie,
ainsi que les méthodes et les instructions qu'ils
ont transmises, sans les approfondir, on a l'impression
que tous ces enseignements comportent des contradictions,
qu'une chose est dite à un moment et qu'à
un autre moment, c'est son contraire qui est dit. C'est
pour cela qu'il est tellement important de ne pas se
laisser piéger par la méthode et de ne
pas se bloquer sur un point. Par exemple, il est dit
qu'il ne faut pas chercher à être un érudit,
parce que cela n'a aucune importance de savoir par le
biais des autres. Puis, plus loin, il est dit que si
l'on médite sans savoir ce que l'on fait, cela
ne sera pas efficace. D'un côté, on nous
dit qu'il ne faut pas étudier et, de l'autre
côté, on nous dit qu'il est très
important d'étudier. Si on se limite à
une compréhension superficielle, cela semble
contradictoire. Mais cela ne l'est pas en fait. Certaines
instructions sont nécessaires pour certains,
et à certains moments. Si l'on a l'esprit trop
étroit et si l'on reste dans cette étroitesse
de la compréhension, on aura des problèmes
avec l'enseignement du bouddha, et peut-être certains
d'entre vous en ont-ils déjà. C'est pour
cela que le plus important est l'esprit et qu'il ne
faut pas se laisser piéger par cette étroitesse.
Si l'on plante un arbre dans un pot qui est trop petit,
il ne pourra jamais devenir arbre à cause de
la petitesse du pot. Jamais on ne pourra mettre en pratique
ni réaliser les enseignements si l'on garde un
esprit étroit et si l'on reste prisonnier de
la méthode et des moyens.
Ces méthodes et ces
moyens sont là pour aider l'esprit. Il est nécessaire
de trouver de l'espace. L'esprit en a besoin, mais lorsque
l'on essaye de trouver cet espace, de découvrir
l'esprit, on se rend compte qu'on a des habitudes qui
nous empêchent de le faire. L'esprit ne peut pas
se libérer parce qu'il est prisonnier de ses
habitudes. Celles-ci peuvent être collectives,
mais aussi personnelles et individuelles. On est pris
par toutes sortes de peurs et d'attachements. On peut
se dire : "je n'ai pas d'attachement ; j'ai des habitudes,
mais je n'y suis pas attaché." Mais quand on
essaye de les abandonner, cela devient très difficile.
Quand on y réfléchit, c'est aisé,
mais dès que l'on met cela en pratique, on se
rend compte que les habitudes nous bloquent et nous
limitent. Il est important d'avoir une grande confiance
pour mettre les enseignements en pratique. Si l'on veut
obtenir un résultat et un développement
dans la pratique, il faut avoir confiance dans l'enseignement
que l'on reçoit. Ce n'est pas quelque chose de
très difficile -lorsqu'on lit et qu'on écoute
les enseignements, ils ont beaucoup de sens, semblent
évidents et très profonds. La confiance
commence à s'effriter lorsqu'on les met en pratique
et qu'on rencontre ses attachements et son ignorance.
Ignorance ne veut pas dire stupidité. Quand le
bouddha a parlé d'ignorance, il ne voulait pas
dire que nous sommes bêtes ; certaines personnes
sont très intelligentes, très habiles
avec l'esprit, mais n'ont aucune clarté et beaucoup
d'ignorance. L'ignorance est le manque de clarté
de l'esprit, comme ces hamsters qui marchent dans une
roue qui tourne sur elle-même. On peut se sentir
très bien à tourner ainsi et avoir l'impression
d'aller quelque part, de bouger, mais au bout du compte,
on ne va nulle part, on est toujours à la même
place. C'est ce qui se passe avec l'ignorance, avec
la peur, avec les attachements : on a l'impression d'avancer,
mais on fait du surplace, alors qu'il s'agit au contraire
de revenir à notre condition naturelle, de revenir
à ce que nous sommes vraiment. Si l'on explique
cela de façon trop élaborée, l'esprit
va encore récupérer l'enseignement et
l'utiliser pour justement continuer à tourner
dans sa petite roue. C'est pourquoi les enseignements
qui sont donnés sont d'une certaine façon
très simples, ainsi l'esprit peut les mettre
en pratique. L'essentiel à retenir, c'est : "comment
fonctionne l'esprit". Si vous vous mettez à saisir
les mots, il y aura alors de nouveaux jugements. Certains
aimeront les mots et vont les récupérer,
d'autres ne les aimeront pas.
Nous sommes pris dans l'illusion,
dans la confusion et c'est de cela qu'il s'agit de se
libérer. Il faut se défaire de ses conditionnements,
et pour y parvenir, il s'agit de se pencher sur ces
petites choses tellement difficiles à dépasser.
L'écoute
et les habitudes...