Science de l'esprit  

Le chemin de l'éveil

Lama Jigmé Rinpoché

L'écoute et les habitudes

Jigmé Rinpoché et lama Puntso. Copyright adamoc.Il est important d'être vigilants face à nos tendances, car ce qu'on voit, ce qu'on lit, ce qu'on apprend, ce qu'on entend est toujours récupéré par nos habitudes mentales et nos tendances. Il ne faut pas oublier que le chemin du bouddha, c'est le chemin de l'esprit. Bouddha, dans ce cas-ci, veut dire "l'esprit". Même si c'est un chemin qui fut enseigné par le Bouddha Sakyamuni, "le chemin du bouddha" veut dire "le chemin qui nous permet de reconnaître notre esprit". On essaye de comprendre, on essaye d'approfondir l'enseignement, mais on est perturbé par ses habitudes et prisonnier de ses tendances. En fait, ce qui est dit sera bien différent de ce qu'on en fera. On transforme l'enseignement qui nous est donné par notre façon de le comprendre et de l'utiliser. Quand on écoute une conférence ou un enseignement, on compare inconsciemment ce que l'on entend à ce que l'on est, à ce que l'on fait, aux habitudes que l'on a. Nous sommes notre propre référence et cela est très important. Il est essentiel d'en prendre conscience, parce que c'est ce qui nous empêche de pratiquer de façon juste. Il est important, avant, pendant et après la pratique, d'être conscient de soi-même.

On se rend compte que l'on est très souvent dépendant de sa propre histoire, de toutes les habitudes accumulées dans l'esprit. On peut prendre plusieurs exemples. D'abord, celui d'une collection. Quand on collectionne des objets, on déniche les pièces qui nous intéressent le plus, on les ramène chez soi et, pour finir, on n'a plus conscience de la présence de chacune de ces pièces.

C'est le fait de rassembler, de collectionner qui est important, et non les objets eux-mêmes. Lorsqu'on veut aller d'un point à un autre, on se rend compte qu'il y a des routes différentes. On a envie de parcourir toutes les routes, et on va ici ou là, on voit plein de jolis paysages mais, pour finir, on n'arrive jamais au point où l'on voulait aller. C'est le même problème avec l'enseignement. Quand on écoute un enseignement, on donne un sens à ce que l'on entend, ce sens est compris par notre esprit, mais à cause de nos habitudes, de nos tendances, de notre façon de voir, on n'entend pas vraiment ce qui est dit. Nous sommes pris par nos habitudes. Par exemple, la pratique d'un rituel comme Tchenrézi se chante d'une certaine façon ; mais voilà qu'un soir, quelqu'un chante un petit peu différemment et on est tout de suite perturbé, dérangé parce que nous sommes tellement pris par cette habitude, par le confort d'avoir toujours la même façon de faire. Il en va de même pour l'écoute et la lecture. On a écouté et lu beaucoup d'enseignements, cela va donner un fruit, mais il est important que ce soit le bon, de ne pas se tromper. Le chemin du bouddha est très vaste et en même temps très précis. C'est une voie spéciale ; ce que l'on pense de l'enseignement bien souvent n'est pas l'enseignement. Il est très difficile de toucher du doigt le sens des instructions qui sont données parce que notre esprit est voilé par nos habitudes. L'instruction donnée ici consiste à essayer de voir comment l'esprit fonctionne, comment on écoute l'enseignement, comment on le juge et on le comprend, et comment on le met en pratique. Cette instruction est valable aussi bien pour les enseignements d'aujourd'hui que d'hier et de demain. En d'autres termes, avant de pratiquer, il faut d'abord bien comprendre quelles relations nous avons établies avec l'enseignement et avec le dharma.

Les défauts dans l'écoute

Jigmé Rinpoché et lama Puntso. Copyright adamoc.Lorsque nous nous mettons à pratiquer le dharma, plusieurs attitudes erronées, plusieurs défauts peuvent apparaître. Il y a d'abord ceux qui veulent être parfaits tout de suite, ceux qui veulent immédiatement récolter les fruits. Il y a alors tellement d'attente que quelque chose se passe que cela devient un obstacle à la pratique. Il y a ensuite ceux qui se disent : "Pour commencer à pratiquer, je vais attendre d'être prêt, d'être la personne juste et bonne." Ce qui risque de se produire, c'est que cette personne ne pratiquera jamais, parce qu'elle aura l'impression de ne jamais être suffisamment juste et bonne pour mettre l'enseignement du bouddha en pratique. Il ne s'agit pas tant de l'obstacle du doute que du manque de confiance. On doit développer l'attention confiante, c'est-à-dire la confiance qui nous permettra d'être plus justes, d'être prêts à pratiquer et de développer nos capacités et nos qualités potentielles. C'est pour cela que l'on parle de la nature de bouddha. Si l'on se demande tout le temps : Suis-je capable ou non de pratiquer ? Est-ce que j'y arriverai ? on risque de toujours reporter la pratique. Dans sa façon de penser, on veut être le meilleur, mais cela ne fonctionne pas ainsi dans la pratique. Si l'on pratique, c'est pour devenir parfait, et c'est parce qu'on ne l'est pas qu'on commence à pratiquer. C'est pour cette raison qu'il est nécessaire d'avoir un esprit libre en même temps qu'une grande confiance dans ce que l'on fait. Il est essentiel de trouver l'attitude juste de l'esprit qui se dit : "je suis prêt, je peux commencer à pratiquer." Le résultat dans la pratique ne dépend que de nous-mêmes et de nos capacités. Le résultat est déjà là, il ne faut pas se restreindre : c'est parce que l'on mettra les enseignements en pratique que l'on aura les résultats.

On pense que tout cela se fera par paliers, par des étapes qui nous amèneront jusqu'à l'éveil. En fait, le développement ne se passe pas du tout de cette manière-là. Même s'il y a tout d'abord une approche intellectuelle et ensuite la mise en pratique, on n'atteindra pas l'éveil en passant par différentes étapes. Le fruit ne va pas mûrir par degrés, ce sera un déploiement spontané. Lorsqu'on reçoit des informations, lorsqu'on suit des enseignements, cela est compris par nos habitudes. Lorsqu'on étudie, à l'université ou dans le cadre d'une formation professionnelle, il y a différents degrés, différentes années, différentes étapes.

Dans le dharma, il en va de même ; il y a une préparation qui comporte des phases préliminaires. Le développement et le mûrissement des connaissances que nous aurons acquises dans notre esprit se feront spontanément, en fonction des conditions dans lesquelles nous nous trouvons. Cela dépend aussi très étroitement de la bénédiction. La dimension de temps est importante, ainsi que celle de développement spontané. D'un côté, cette nature de bouddha est là, complètement disponible, totalement présente et, d'un autre côté, on n'y a pas accès. Cela n'est pas facile à reconnaître et à comprendre directement. Pour cette raison, il faut préparer le terrain et passer par une progression pour reconnaître cette nature de bouddha, mais le développement et le mûrissement ne vont pas se faire étape par étape. C'est pour cela qu'il ne faut pas saisir les mots ni essayer de réduire l'enseignement, car c'est quelque chose de trop difficile à comprendre. On comprend bien les mots qui sont dits, mais on a beaucoup de difficultés à en comprendre le sens et on se rend bien compte que quelque chose nous échappe.

En effet, dans cette approche de l'enseignement du bouddha, on ne dépend pas des textes, on ne dépend pas des noms, des mots ou des titres. On dépend du développement personnel de son esprit. A travers tous les enseignements que l'on reçoit, c'est notre esprit, notre nature éveillée qui petit à petit se développe, se déploie de façon spontanée.

L'écoute juste

Si l'on étudie l'enseignement du bouddha, si on le met en pratique, c'est pour se comprendre soi-même et pour savoir qui l'on est. Si l'on se demande qui l'on est, on s'aperçoit que la connaissance que l'on a de soi-même est superficielle. Si l'on approfondit cette recherche, on s'aperçoit que la phrase "je suis un individu" comporte des mots dont le sens est beaucoup plus difficile à comprendre qu'il n'y parait au premier abord. Pour voir directement ce que l'on est, il est nécessaire de se préparer. Certains sont nouveaux dans le dharma, d'autres pratiquent depuis un certain temps. Et même ces derniers rencontrent de la difficulté à voir qui ils sont vraiment. Le résultat de cette préparation, de cette pratique, de ce chemin du bouddha est de reconnaître son propre esprit. Pour avoir cette reconnaissance directe de ce que l'on est, on doit se libérer de toute dépendance à l'environnement, de toute dépendance à ce qui nous entoure, à notre corps comme aux phénomènes. Cela ne veut pas dire qu'il faut perdre quelque chose, il ne s'agit pas de rejeter le corps ou de rejeter ce qui nous entoure, mais de comprendre comment cela fonctionne. Il s'agit de reconnaître ce que l'on est et de réaliser la nature de bouddha. Cela signifie comprendre notre propre esprit, le reconnaître tel qu'il est.

Comment dépasser le jugement...


La science de l'esprit > Le chemin > La méditation > Le chemin de l'éveil, Lama Jigmé Rinpoché.

 

contacts