L'écoute et les
habitudes
Il
est important d'être vigilants face à nos
tendances, car ce qu'on voit, ce qu'on lit, ce qu'on
apprend, ce qu'on entend est toujours récupéré
par nos habitudes mentales et nos tendances. Il ne faut
pas oublier que le chemin du bouddha, c'est le chemin
de l'esprit. Bouddha, dans ce cas-ci, veut dire "l'esprit".
Même si c'est un chemin qui fut enseigné
par le Bouddha Sakyamuni, "le chemin du bouddha" veut
dire "le chemin qui nous permet de reconnaître
notre esprit". On essaye de comprendre, on essaye d'approfondir
l'enseignement, mais on est perturbé par ses
habitudes et prisonnier de ses tendances. En fait, ce
qui est dit sera bien différent de ce qu'on en
fera. On transforme l'enseignement qui nous est donné
par notre façon de le comprendre et de l'utiliser.
Quand on écoute une conférence ou un enseignement,
on compare inconsciemment ce que l'on entend à
ce que l'on est, à ce que l'on fait, aux habitudes
que l'on a. Nous sommes notre propre référence
et cela est très important. Il est essentiel
d'en prendre conscience, parce que c'est ce qui nous
empêche de pratiquer de façon juste. Il
est important, avant, pendant et après la pratique,
d'être conscient de soi-même.
On se rend compte que l'on
est très souvent dépendant de sa propre
histoire, de toutes les habitudes accumulées
dans l'esprit. On peut prendre plusieurs exemples. D'abord,
celui d'une collection. Quand on collectionne des objets,
on déniche les pièces qui nous intéressent
le plus, on les ramène chez soi et, pour finir,
on n'a plus conscience de la présence de chacune
de ces pièces.
C'est le fait de rassembler,
de collectionner qui est important, et non les objets
eux-mêmes. Lorsqu'on veut aller d'un point à
un autre, on se rend compte qu'il y a des routes différentes.
On a envie de parcourir toutes les routes, et on va
ici ou là, on voit plein de jolis paysages mais,
pour finir, on n'arrive jamais au point où l'on
voulait aller. C'est le même problème avec
l'enseignement. Quand on écoute un enseignement,
on donne un sens à ce que l'on entend, ce sens
est compris par notre esprit, mais à cause de
nos habitudes, de nos tendances, de notre façon
de voir, on n'entend pas vraiment ce qui est dit. Nous
sommes pris par nos habitudes. Par exemple, la pratique
d'un rituel comme Tchenrézi se chante d'une certaine
façon ; mais voilà qu'un soir, quelqu'un
chante un petit peu différemment et on est tout
de suite perturbé, dérangé parce
que nous sommes tellement pris par cette habitude, par
le confort d'avoir toujours la même façon
de faire. Il en va de même pour l'écoute
et la lecture. On a écouté et lu beaucoup
d'enseignements, cela va donner un fruit, mais il est
important que ce soit le bon, de ne pas se tromper.
Le chemin du bouddha est très vaste et en même
temps très précis. C'est une voie spéciale
; ce que l'on pense de l'enseignement bien souvent n'est
pas l'enseignement. Il est très difficile de
toucher du doigt le sens des instructions qui sont données
parce que notre esprit est voilé par nos habitudes.
L'instruction donnée ici consiste à essayer
de voir comment l'esprit fonctionne, comment on écoute
l'enseignement, comment on le juge et on le comprend,
et comment on le met en pratique. Cette instruction
est valable aussi bien pour les enseignements d'aujourd'hui
que d'hier et de demain. En d'autres termes, avant de
pratiquer, il faut d'abord bien comprendre quelles relations
nous avons établies avec l'enseignement et avec
le dharma.
Les défauts dans
l'écoute
Lorsque
nous nous mettons à pratiquer le dharma, plusieurs
attitudes erronées, plusieurs défauts
peuvent apparaître. Il y a d'abord ceux qui veulent
être parfaits tout de suite, ceux qui veulent
immédiatement récolter les fruits. Il
y a alors tellement d'attente que quelque chose se passe
que cela devient un obstacle à la pratique. Il
y a ensuite ceux qui se disent : "Pour commencer à
pratiquer, je vais attendre d'être prêt,
d'être la personne juste et bonne." Ce qui risque
de se produire, c'est que cette personne ne pratiquera
jamais, parce qu'elle aura l'impression de ne jamais
être suffisamment juste et bonne pour mettre l'enseignement
du bouddha en pratique. Il ne s'agit pas tant de l'obstacle
du doute que du manque de confiance. On doit développer
l'attention confiante, c'est-à-dire la confiance
qui nous permettra d'être plus justes, d'être
prêts à pratiquer et de développer
nos capacités et nos qualités potentielles.
C'est pour cela que l'on parle de la nature de bouddha.
Si l'on se demande tout le temps : Suis-je capable ou
non de pratiquer ? Est-ce que j'y arriverai ? on risque
de toujours reporter la pratique. Dans sa façon
de penser, on veut être le meilleur, mais cela
ne fonctionne pas ainsi dans la pratique. Si l'on pratique,
c'est pour devenir parfait, et c'est parce qu'on ne
l'est pas qu'on commence à pratiquer. C'est pour
cette raison qu'il est nécessaire d'avoir un
esprit libre en même temps qu'une grande confiance
dans ce que l'on fait. Il est essentiel de trouver l'attitude
juste de l'esprit qui se dit : "je suis prêt,
je peux commencer à pratiquer." Le résultat
dans la pratique ne dépend que de nous-mêmes
et de nos capacités. Le résultat est déjà
là, il ne faut pas se restreindre : c'est parce
que l'on mettra les enseignements en pratique que l'on
aura les résultats.
On pense que tout cela se
fera par paliers, par des étapes qui nous amèneront
jusqu'à l'éveil. En fait, le développement
ne se passe pas du tout de cette manière-là.
Même s'il y a tout d'abord une approche intellectuelle
et ensuite la mise en pratique, on n'atteindra pas l'éveil
en passant par différentes étapes. Le
fruit ne va pas mûrir par degrés, ce sera
un déploiement spontané. Lorsqu'on reçoit
des informations, lorsqu'on suit des enseignements,
cela est compris par nos habitudes. Lorsqu'on étudie,
à l'université ou dans le cadre d'une
formation professionnelle, il y a différents
degrés, différentes années, différentes
étapes.
Dans le dharma, il en va
de même ; il y a une préparation qui comporte
des phases préliminaires. Le développement
et le mûrissement des connaissances que nous aurons
acquises dans notre esprit se feront spontanément,
en fonction des conditions dans lesquelles nous nous
trouvons. Cela dépend aussi très étroitement
de la bénédiction. La dimension de temps
est importante, ainsi que celle de développement
spontané. D'un côté, cette nature
de bouddha est là, complètement disponible,
totalement présente et, d'un autre côté,
on n'y a pas accès. Cela n'est pas facile à
reconnaître et à comprendre directement.
Pour cette raison, il faut préparer le terrain
et passer par une progression pour reconnaître
cette nature de bouddha, mais le développement
et le mûrissement ne vont pas se faire étape
par étape. C'est pour cela qu'il ne faut pas
saisir les mots ni essayer de réduire l'enseignement,
car c'est quelque chose de trop difficile à comprendre.
On comprend bien les mots qui sont dits, mais on a beaucoup
de difficultés à en comprendre le sens
et on se rend bien
compte que quelque chose nous échappe.
En effet, dans cette approche
de l'enseignement du bouddha, on ne dépend pas
des textes, on ne dépend pas des noms, des mots
ou des titres. On dépend du développement
personnel de son esprit. A travers tous les enseignements
que l'on reçoit, c'est notre esprit, notre nature
éveillée qui petit à petit se développe,
se déploie de façon spontanée.
L'écoute juste
Si l'on étudie l'enseignement
du bouddha, si on le met en pratique, c'est pour se
comprendre soi-même et pour savoir qui l'on est.
Si l'on se demande qui l'on est, on s'aperçoit
que la connaissance que l'on a de soi-même est
superficielle. Si l'on approfondit cette recherche,
on s'aperçoit que la phrase "je suis un individu"
comporte des mots dont le sens est beaucoup plus difficile
à comprendre qu'il n'y parait au premier abord.
Pour voir directement ce que l'on est, il est nécessaire
de se préparer. Certains sont nouveaux dans le
dharma, d'autres pratiquent depuis un certain temps.
Et même ces derniers rencontrent de la difficulté
à voir qui ils sont vraiment. Le résultat
de cette préparation, de cette pratique, de ce
chemin du bouddha est de reconnaître son propre
esprit. Pour avoir cette reconnaissance directe de ce
que l'on est, on doit se libérer de toute dépendance
à l'environnement, de toute dépendance
à ce qui nous entoure, à notre corps comme
aux phénomènes. Cela ne veut pas dire
qu'il faut perdre quelque chose, il ne s'agit pas de
rejeter le corps ou de rejeter ce qui nous entoure,
mais de comprendre comment cela fonctionne. Il s'agit
de reconnaître ce que l'on est et de réaliser
la nature de bouddha. Cela signifie comprendre notre
propre esprit, le reconnaître tel qu'il est.
Comment
dépasser le jugement...