Science de l'esprit  

La colère : effets, causes et antidotes

Gyatrul Rinpoché

Les cinq poisons : le désir, la colère, l'ignorance, l'orgueil et la jalousie affectent notre esprit. Parmi ces cinq poisons la colère est le plus néfaste. L'une des principales pratiques des pratiquants du Mahayana/Vajrayana est de se débarrasser de la colère.
Shantidéva a dit un jour : «Une forte colère pleine d'amertume peut détruire le mérite accumulé pendant des milliers d'éons. Il n'y a, en fait, aucun mérite équivalent à la patience et aucun karma négatif équivalent à la colère. »

Les effets de la colère

Les effets visibles qui peuvent être ressentis durant cette vie
Parmi les exemples des effets visibles de la colère : on se sent malheureux, mal à l'aise, et des expressions indésirables s'affichent sur le visage. De ce fait, les autres se sentent à leur tour gênés, et n'ont pas envie de nous adresser la parole.
Notre énergie mentale et physique se détériore. Lorsque nous ressentons de la colère et de la haine, la nuit, nous ne pouvons pas bien dormir. Le lendemain, notre esprit n'est pas très clair et nous avons du mal à nous concentrer. Notre régime alimentaire en est affecté : ou bien nous n'avons plus d'appétit ou au contraire nous dévorons. Pire que tout, tous nos sens et notre sagesse en sont affectés, au point où nous devenons très brutaux et éhontés.
Quoique nous fassions nous sommes incapables de réfléchir au bien-fondé ou non de ce que nous faisons.
Nous ressentons l'impulsion de bousculer les autres et nous avons tendance à en parler négativement. Voire, nous perdons nos amis, notre famille, la santé, le mérite.

Les effets invisibles qui peuvent être ressentis dans la vie suivante
La colère détruit les buts qu'on se donne en pratiquant, et entraîne une renaissance directe aux enfers. Dans le long soutra d'Amitabha, il est mentionné que parler négativement à un bodhisattva, avec colère et haine, crée un karma négatif pour les éons à venir, ou détruit le mérite accumulé depuis des éons. C'est quelque chose qui a aussi été mentionné dans de nombreux autres textes.
Quelqu'un qui prend et préserve ses voeux de bodhisattva est un bodhisattva. Les pratiquants du Mahayana et du Vajrayana qui pensent toujours à tous les êtres et préservent leurs voeux sont des bodhisattvas. Ainsi, l'une des choses les plus importantes dont il faut se rappeler, c'est qu'un bodhisattva peut être n'importe qui, n'importe où. Nous ne devrions pas nous mettre en colère après qui que ce soit et certainement pas vis à vis de nos frères et soeurs.

Les causes de la colère

Pour savoir comment surgit un problème et comment s'en débarrasser, il nous faut en connaître les causes. Elles peuvent être divisées en causes primaires et causes secondaires. La cause primaire c'est l'ego et la saisie égoïste. Elle peut être éradiquée au travers la pratique de la compréhension et la réalisation de la vacuité. La cause secondaire est la frustration, c'est une étape avant la colère.
Les frustrations s'élèvent lorsqu'on n'arrive à obtenir ce qu'on veut ou lorsqu'on obtient quelque chose qu'on ne désire pas. Tout ceci se produit parce que :

Tous les êtres sont trop centrés sur eux-mêmes, ils ont trop d'ego.
Il n'y a pas de respect les uns envers les autres. Chacun croit être la personne la plus importante, et à moins qu'il n'y ait un respect mutuel, nous sommes blessé et les autres aussi.
L'insatisfaction qui peut générer du déplaisir parce que nous avons tendance à vouloir plus lorsque nous sommes insatisfaits.
L'impatience : nous devrions savoir que tout prend du temps pour donner des résultats mais nous abandonnons à mi-chemin. C'est un facteur qui engendre en nous de la douleur et génère de la colère.

Les antidotes à la colère

Il est très important de connaître les causes et les effets d'un problème afin de s'en débarrasser ou de réduire la colère qui y est associée. Il y a trois façons de résoudre notre problème de colère :
La méditation analytique
La pratique habile
Engendrer une réaction positive.

La méditation analytique
Imaginez quelqu'un qui parle très négativement de sorte à vous énerver fortement, ou qui vous calomnie devant d'autres personnes. Si cela vous rend malheureux à cause de la colère, vous devriez regarder en vous-mêmes. Qu'est ce qui vous afflige ? Est-ce le son ou les mots que vous entendez qui vous rendent malheureux ? Maintenant, imaginez que quelqu'un dise des choses très négatives mais dans une langue étrangère, que vous ne comprenez pas. Ou encore, qu'il dise les mêmes mots mais en souriant, que penseriez-vous ?
Si, dans notre vie quotidienne, nous arrivons à analyser tout ceci dans la méditation, alors, nous pratiquons véritablement le dharma. C'est un moyen habile que nous devrions utiliser. Chanter ne pourra jamais remplacer cette méditation analytique.
A partir de notre méditation analytique nous serons capable de savoir que le mot n'est pas la cause de notre affliction et de notre colère. La cause est, en fait, l'attachement que nous avons à la pensée que les mots nous heurtent. Vous pensez que c'est peut être vrai, et pourtant, lorsque quelqu'un vous frappe, vous vous mettez en colère parce que vous avez mal. Vous devriez alors méditer et vous poser des questions.
Si vous vous mettez en colère lorsque vous avez mal, pourquoi ne pas vous mettre en colère lorsque vous avez mal à la tête ou mal aux dents ? Pourtant, il s'agit toujours de douleurs physiques. Vous pouvez toujours dire que personne n'est responsable de votre migraine alors que la douleur et la colère sont provoquées par quelqu'un de mal intentionné.
Si c'est ce que vous pensez, vérifiez si cette personne est constamment en train de frapper les autres, ou d'être verbalement agressive envers eux. Peut-être qu'il ne bouscule et ne frappe pas tout le monde, mais seulement quelques personnes. Il y a probablement quelque chose qui le pousse à agir ainsi.
Si quelqu'un vous frappe avec un bâton, demandez-vous si vous serez en colère après le bâton ou après la personne. Habituellement, on est en colère après la personne et non le bâton, car c'est la personne qui est responsable du mouvement du bâton. Or, nous devrions savoir que la personne qui nous frappe est mue par la colère. Cette personne ne ressent pas tout le temps l'impulsion de frapper les gens. Par exemple, il ne frappera personne lorsqu'il est heureux. Si ce n'était pas la colère qui le pousse à frapper les gens, il le ferait donc tout le temps. Alors, pourquoi ne pas en vouloir à la colère de cette personne ?
Si vous connaissez ce secret, vous ne vous plaindrez plus beaucoup. A la place, vous allez ressentir de la compassion vis à vis de cette personne parce, poussée par la colère, elle se crée du karma.

Un autre type de méditation consiste à penser à la cause correspondante. Si vous n'êtes pas là, il n'a pas d'objet sur lequel frapper. Donc, au moins 50% du problème vient de vous. Vous êtes ici, au mauvais moment, et au mauvais endroit. Si vous pensez à cette personne avec colère et haine, est-ce que cela vous rendra plus heureux ? Si non, pourquoi être en colère ? En fait, ce sera néfaste car cela va créer plus d'effets négatifs : si vous êtes en colère après lui, il sera à son tour en colère après vous, etc. Ca sera sans fin.

La pratique habile
L'une des pratique très habile des bodhisattva, c'est celle qui consiste à pratiquer comme un arbre. Si quelqu'un frappe un arbre, l'arbre ne ressentira rien et ne bougera pas. De même, si quelqu'un nous fait mal et que nous ne réagissons pas, cela va mettre fin à de futurs dommages (bien que nous soyons émotionnellement impliqués).
Si votre malheur est causé par la jalousie, pensez au but que vous souhaitez atteindre. Est-il possible de l'atteindre ? Si c'est impossible, pourquoi ne pas laisser tomber et faire autre chose ? Pourquoi être malheureux puisque ce n'est pas aidant ? Et même, l'adversité va nous rendre encore plus colérique. Vous devriez éviter les lieux qui sont source de problèmes inutiles. Si vous savez qu'en allant à tel endroit, à tel moment vous aurez des problèmes, n'y allez pas.
Il est aussi important de comprendre le facteur temps : est-ce ou non le bon moment ? Prenons un exemple : vous faites une action positive pour d'autres, mais vous n'arrivez pas au but. Vous vous sentez frustré, et vous vous demandez si c'est le moment juste. Si ce n'est pas le cas, vous devriez reporter votre action.
Un autre moyen important, c'est de ne jamais compter le nombre de fois où vous avez pratiqué la patience.

Générer une perception positive envers tous les êtres
Lorsque nous sommes positifs envers les autres, notre colère diminue. Pour mettre cela en pratique, nous avons besoin de faire l'une des choses suivantes lorsque nous sommes en colère :

Pratiquer la contemplation sur les effets bénéfiques de la colère et les erreurs liées à la colère.
Comprendre que ce que nous expérimentons est le résultat d'un karma précédent et l'accepter.
Penser ou comprendre que la nature de tous les êtres est pure parce qu'ils ont tous la nature de Bouddha. Ils sont sous l'influence de la colère et de l'ignorance. Nous ne devrions pas nous mettre en colère après ces êtres innocents. Nous devrions être en colère après les trois poisons.

Questions-Réponses

Q.Y-a-t'il une différence entre acquérir une connaissance du dharma au travers des livres et l'écoute des enseignements dans les temples ?
R.Les trois méthodes qui permettent l'apprentissage du dharma sont l'écoute, la contemplation et la pratique. Donc, l'écoute est très importante. On peut bien sûr toujours apprendre à partir d'un livre, mais tout dépend qui a écrit le livre.
Lorsque vous lisez le livre et vous ne comprenez pas, vous ne pouvez pas poser de question à ce livre. Lorsque quelqu'un parle du dharma, vous pouvez poser des questions afin de dissiper vos doutes. Ce qui, de plus, a l'avantage de ne pas être ennuyeux.

Q. Lorsqu'on reçoit une initiation, quel en est le sens et le but ? Est-il nécessaire de pratiquer après une initiation ?
R. Recevoir une initiation, c'est ouvrir la grille du palais de la divinité, de sorte à en recevoir la bénédiction. Au travers l'initiation, tous les voiles et les obstacles seront purifiés. Vous serez bénis par la divinité et, éventuellement, vous atteindrez l'état de la divinité.
Il n'est pas nécessaire de pratiquer après avoir reçu l'initiation. Mais si tel est votre engagement, vous pouvez réciter le mantra et faire la pratique.


«Recevoir une initiation, c'est ouvrir la grille du palais de la divinité,
de sorte à en recevoir la bénédiction.»


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