Science de l'esprit  

Les gestes qui font vivre la dévotion
Quel sens donner aux gestes de respect et de dévotion ?

Lama Puntso

Il est dit dans les enseignements qu'il ne faut pas enjamber les textes sacrés mais au contraire les porter au front à la fin de la pratique, on se prosterne trois fois dès que l'on entre dans un temple, on circumambule les lieux sacrés. . . Tous ces gestes peuvent donner l'impression qu'ils sont des gestes religieux, voire culturels ou empreints de superstition. Ce sont en fait ce que l'on appelle des tendrels positifs: le plus évident ce sont bien sûr les trois prosternations mais il en est de même pour ce qui est de mettre le texte sur la tête en signe de respect.
Dans "tendrel", il y a 2 syllabes " ten-drel", qui veulent dire: base (fondement) et lien.
En fait un tendrel positif veut dire partir d'une base, d'une situation (ten) et créer un lien (drel) pour aller vers une situation plus ouverte, plus positive qui à son tour deviendra base d'un nouveau lien, et ainsi de tendrel en tendrel, aller vers quelque chose qui soit du domaine de la clarté et de la bienveillance.
Pour ce faire, le Bouddha a mis en oeuvre toutes sortes de moyens habiles afin de nous permettre d'accumuler un maximum de tendrels, qui eux-mêmes vont nous amener à un esprit de plus en plus lucide et bienveillant.
Parmi ces moyens, il y a la relation que l'on établit avec le support sacré : les statues, les peintures, les textes, la parole du Bouddha.
Tous ces supports sont là pour nous aider à créer cette relation au travers du corps, de la parole et de l'esprit. En accumulant un karma et des actions positives, ces tendrels vont opérer ensuite comme l'énergie qui va soutenir notre pratique spirituelle.
Les trois prosternations devant la statue du Bouddha ne sont pas faites pour faire plaisir au Bouddha, ni pour honorer quelqu'un ou quelque chose.
Ces trois prosternations se font devant l'Eveil (le Bouddha), tout d'abord parce que nous sommes conscients de notre potentiel d'éveil, bien qu'il soit voilé. Nous nous prosternons en mettant les mains au front, à la gorge et au coeur, tout en pensant que nous purifions les négativités du corps, de la parole et de l'esprit.
Quand les cinq points que sont les genoux, les mains et le front touchent le sol, nous pensons que ce sont les cinq émotions que nous purifions.
Il y a donc cette dimension de reconnaissance de nos voiles et en même temps, la certitude d'avoir le potentiel d'éveil.
Nous prenons le Bouddha comme support pour nous détourner de l'un et aller vers l'autre. Là est le sens du respect. C'est parce qu'il s'agit du Bouddha bien sûr, mais aussi parce que cette attitude va nous amener vers plus d'Eveil. De même porter les textes à son front ou bien, comme il est dit dans les voeux de refuge, ne pas les enjamber, est une marque de ce respect. Tous ces gestes vont permettre de dissiper l'ignorance.
Cela va développer une conscience, une présence à la dimension de ce qui nous entoure: la dimension précieuse de l'enseignement, le fait que ce qui est spirituel et du domaine de l'Eveil est plus important que ce qui est mondain et du domaine du samsara.
Voilà pourquoi tous ces gestes vont amener l'esprit à prendre conscience de sa dimension sacrée, pure, ce qui signifie dans le contexte du dharma, au delà de l'ego.
La pureté fondamentale de l'esprit est déjà présente, elle est l'esprit, notre esprit, mais pas encore reconnue, cette pureté est ce qui réside au delà de la dualité et de la souffrance.

Est ce vraiment là que se place la dévotion ?

Il me semble que c'est l'expression de la dévotion. Avant d'arriver à la dévotion qui est la complète offrande de son corps de sa parole et de son esprit au lama, personnification de l'Eveil, on va d'abord développer la confiance.

La confiance est de trois sortes :

- confiance de la certitude: qui naît de la conscience que nous sommes à l'origine de la souffrance que nous expérimentons. Nous développons la certitude que notre situation est le fruit d'un karma et la cause de notre souffrance future si nous continuons à en créer les causes. De la même manière, nous savons qu'elles sont les causes du bonheur. On pourrait l'appeler la confiance en soi, en soi­même, car nous sommes conscients de ce qui nous a amené à vivre ce que nous expérimentons.

- confiance désirante : après avoir constaté que l'Eveil est quelque chose d'éminemment précieux, qu'il est potentiellement en nous, naît le désir de faire avec respect l'apprentis­sage de la voie: on désire l'Eveil. En Tibétain, les mots " depa et deupa" se ressemblent, foi et désir. Au départ, il y a beaucoup de désir dans cette confiance, l'Eveil vaut la peine et j'ai vraiment envie de mettre de l'énergie pour le réaliser.

- confiance inspirée: nous avons un choix à faire, le choix d'un chemin, d'un guide sur ce chemin. Nous sommes imprégnés par un sentiment d'intérêt, de respect et de joie à l'égard du Bouddha qui enseigne la voie, du Dharma qui est la voie et de la Sangha que sont les compagnons de pratique sur cette voie.
Ce sont les confiances de base qu'il nous faudra vivre concrètement, dans celui qui va incarner les Trois Joyaux, c'est à dire le Lama. Nous allons donc développer envers le lama, la confiance, l'envie, la joie, le respect d'aller vers l'Eveil.
Le lama est le lama de tous mais comme c'est une relation personnelle, cela devient notre lama, c'est nous qui le choisissons.
Il va s'installer entre lui et nous, une relation de plus en plus intime qui va être du type de la dévotion. Nous allons nous en remettre complètement à sa parole parce que nous savons qu'elle est libératrice, là est la dévotion.
Par ailleurs, je vais exprimer cette dévotion à travers des gestes, parce que j'ai un corps, une parole, et différents états d'esprit.
Et c'est en utilisant le corps, la parole et l'esprit que je vais donner corps à ma dévotion au quotidien.


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