Il
est dit dans les enseignements qu'il ne faut pas enjamber
les textes sacrés mais au contraire les porter
au front à la fin de la pratique, on se prosterne
trois fois dès que l'on entre dans un temple,
on circumambule les lieux sacrés. . . Tous
ces gestes peuvent donner l'impression qu'ils sont
des gestes religieux,
voire culturels ou empreints de superstition.
Ce sont en fait ce que l'on appelle des tendrels positifs:
le plus évident ce sont bien sûr les trois
prosternations mais il en est de même pour ce
qui est de mettre le texte sur la tête en signe
de respect.
Dans "tendrel", il y a 2 syllabes " ten-drel",
qui veulent dire: base (fondement) et lien.
En fait un tendrel positif veut dire partir d'une base,
d'une situation (ten) et créer un lien (drel) pour
aller vers une situation plus ouverte, plus positive qui
à son tour deviendra base d'un nouveau lien, et
ainsi de tendrel en tendrel, aller vers quelque chose
qui soit du domaine de la clarté et de la bienveillance.
Pour ce faire, le Bouddha a mis en oeuvre toutes sortes
de moyens habiles afin de nous permettre d'accumuler un
maximum de tendrels, qui eux-mêmes vont nous amener
à un esprit de plus en plus lucide et bienveillant.
Parmi ces moyens, il y a la relation que l'on établit
avec le support sacré : les statues, les peintures,
les textes, la parole du Bouddha.
Tous ces supports sont là pour nous aider à
créer cette relation au travers du corps, de la
parole et de l'esprit. En accumulant un karma et des actions
positives, ces tendrels vont opérer ensuite comme
l'énergie qui va soutenir notre pratique spirituelle.
Les trois prosternations devant la statue du Bouddha ne
sont pas faites pour faire plaisir au Bouddha, ni pour
honorer quelqu'un ou quelque chose.
Ces trois prosternations se font devant l'Eveil (le Bouddha),
tout d'abord parce que nous sommes conscients de notre
potentiel d'éveil, bien qu'il soit voilé.
Nous nous prosternons en mettant les mains au front, à
la gorge et au coeur, tout en pensant que nous purifions
les négativités du corps, de la parole et
de l'esprit.
Quand les cinq points que sont les genoux, les mains et
le front touchent le sol, nous pensons que ce sont les
cinq émotions que nous purifions.
Il y a donc cette dimension de reconnaissance de nos voiles
et en même temps, la certitude d'avoir le potentiel
d'éveil.
Nous prenons le Bouddha comme support pour nous détourner
de l'un et aller vers l'autre. Là est le sens du
respect. C'est parce qu'il s'agit du Bouddha bien sûr,
mais aussi parce que cette attitude va nous amener vers
plus d'Eveil. De même porter les textes à
son front ou bien, comme il est dit dans les voeux de
refuge, ne pas les enjamber, est une marque de ce respect.
Tous ces gestes vont permettre de dissiper l'ignorance.
Cela va développer une conscience, une présence
à la dimension de ce qui nous entoure: la dimension
précieuse de l'enseignement, le fait que ce qui
est spirituel et du domaine de l'Eveil est plus important
que ce qui est mondain et du domaine du samsara.
Voilà pourquoi tous ces gestes vont amener l'esprit
à prendre conscience de sa dimension sacrée,
pure, ce qui signifie dans le contexte du dharma, au delà
de l'ego.
La pureté fondamentale de l'esprit est déjà
présente, elle est l'esprit, notre esprit, mais
pas encore reconnue, cette pureté est ce qui réside
au delà de la dualité et de la souffrance.
Est
ce vraiment là que se place la dévotion
?
Il
me semble que c'est l'expression de la dévotion.
Avant d'arriver à la dévotion qui est la
complète offrande de son corps de sa parole et
de son esprit au lama, personnification de l'Eveil, on
va d'abord développer la confiance.
La
confiance est de trois sortes :
-
confiance de la certitude: qui naît de la conscience
que nous sommes à l'origine de la souffrance que
nous expérimentons. Nous développons la
certitude que notre situation est le fruit d'un karma
et la cause de notre souffrance future si nous continuons
à en créer les causes. De la même
manière, nous savons qu'elles sont les causes du
bonheur. On pourrait l'appeler la confiance en soi, en
soimême, car nous sommes conscients de ce qui
nous a amené à vivre ce que nous expérimentons.
-
confiance désirante : après avoir constaté
que l'Eveil est quelque chose d'éminemment précieux,
qu'il est potentiellement en nous, naît le désir
de faire avec respect l'apprentissage de la voie:
on désire l'Eveil. En Tibétain, les mots
" depa et deupa" se ressemblent, foi et désir.
Au départ, il y a beaucoup de désir dans
cette confiance, l'Eveil vaut la peine et j'ai vraiment
envie de mettre de l'énergie pour le réaliser.
-
confiance inspirée: nous avons un choix à
faire, le choix d'un chemin, d'un guide sur ce chemin.
Nous sommes imprégnés par un sentiment d'intérêt,
de respect et de joie à l'égard du Bouddha
qui enseigne la voie, du Dharma qui est la voie et de
la Sangha que sont les compagnons de pratique sur cette
voie.
Ce sont les confiances de base qu'il nous faudra vivre
concrètement, dans celui qui va incarner les Trois
Joyaux, c'est à dire le Lama. Nous allons donc
développer envers le lama, la confiance, l'envie,
la joie, le respect d'aller vers l'Eveil.
Le lama est le lama de tous mais comme c'est une relation
personnelle, cela devient notre lama, c'est nous qui le
choisissons.
Il va s'installer entre lui et nous, une relation de plus
en plus intime qui va être du type de la dévotion.
Nous allons nous en remettre complètement à
sa parole parce que nous savons qu'elle est libératrice,
là est la dévotion.
Par ailleurs, je vais exprimer cette dévotion à
travers des gestes, parce que j'ai un corps, une parole,
et différents états d'esprit.
Et c'est en utilisant le corps, la parole et l'esprit
que je vais donner corps à ma dévotion au
quotidien.