Enseignement
donné par Guendune Rinpoché à Dhagpo
Kagyu Ling, au mois d'Août 1984
Le
texte de Tchagmé Rinpoché qui sert de
base à cet enseignement porte également
le nom d'instructions essentielles du Grand Compatissant.
C'est un commentaire sur l'union des pratiques du Mahamoudra
et du Dzogtchen, présenté sous la forme
de chants successifs.
PREMIER
CHANT : le chant qui lie et explique le Dharma profond.
Le
texte commence par un hommage, en sanskrit, au Grand
Compatissant Tchenrézi, et le texte tibétain
débute par l'exclamation Emaho, ô merveille
!
Il
dit ensuite que les Bouddhas des trois temps ont laissé
un nombre considérable d'enseignements et de
traditions des Soutras et des Tantras. Néanmoins,
la vie mondaine est extrêmement courte, et, pour
ceux qui sont d'une capacité de connaissance
limitée, la possibilité de comprendre
en une vie humaine est très improbable et il
est très difficile de pouvoir parfaire tous ces
enseignements et instructions.
On
peut posséder une vaste connaissance de ces instructions
et transmissions, mais si on ne les met pas en pratique,
"on ressemble à quelqu'un qui mourrait de soif
sur la rive d'un grand lac".
Un
proverbe dit encore ; "dans le lit d'un érudit,
le cadavre est celui d'un être ordinaire."
Il
existe une profusion de textes et d'instructions orales,
mais il est difficile pour l'homme ordinaire de pouvoir
en recevoir complètement toutes les bénédictions.
Néanmoins, toutes ces transmissions provenant
des Soutras et des Tantras, ainsi que de la bouche de
tous les accomplis de l'Inde et du Tibet sont enseignées
dans les collèges monastiques car il est nécessaire
que ceux qui sont destinés à transmettre
toutes ces voies les connaissent et les comprennent.
Mais,
pour celui dont le but est de mener à bien sa
pratique, de la manière la plus effective, toute
cette "variété" d'enseignements n'est
que de peu de profit.
Pour
celui qui souhaite se consacrer essentiellement à
l'accomplissement d'une pratique, le plus utile est
"la vieille femme qui montre du doigt l'esprit", c'est-à-dire
la réalisation qui s'élève de sa
pratique.
Il
existe un nombre incommensurable d'enseignements profonds
dans les différentes traditions. Il est important
que ceux qui sont destinés à les détenir,
et ainsi à accroître le nombre des pratiquants,
comprennent la totalité de ces instructions et
en acquièrent une parfaite certitude. Mais pour
celui qui s'engage dans la pratique afin de développer
ses tendances positives pour les vies à venir,
il est essentiel et beaucoup plus important de concentrer
tous ces enseignements en une seule pratique et d'approfondir
celle-ci.
Il
est également important que toutes les traditions,
les différentes voies, puissent être maintenues
de façon ferme, sans se mêler les unes
aux autres, sans qu'il y ait de confusion entre elles.
Il faut donc que les détenteurs de ces enseignements
maintiennent "pure" la transmission afin qu'il soit
toujours possible de réaliser chacune de ces
voies. Mais, pour le pratiquant qui souhaite surtout
accomplir le bienfait de ses existences futures, sa
seule pensée doit être de se départir
de toute forme d'esprit partiel. Il ne lui faut pas
se perdre dans des directions diverses, ni faire de
distinctions entre les traditions, mais développer
une conscience pure et s'efforcer de débarrasser
son esprit de ses voiles.
Il
est nécessaire de tourner son esprit vers un
Lama, de s'en remettre à lui et de le considérer
comme éminent parmi tous les Lamas ; il est bénéfique
de devenir comme son grand fils, comme son disciple
personnel. Mais le plus important, en fait, pour celui
qui souhaite réunir toutes les qualités
de l'Eveil et voir s'élever en lui expériences
et réalisations, est de demeurer uni au Lama
par la mise en pratique de ses enseignements. C'est
la meilleure forme de pratique, celle qui réunit
toutes les autres. La meilleure façon de "servir"
le Lama est de développer un esprit qui considère
en le Lama la réunion de tous les autres, qui
tient tous les Lamas comme un seul. Pour le disciple,
il est beaucoup plus profond de méditer sur son
Lama racine par la prière. Il existe de multiples
prières profondes qui développent l'aspiration
vers le Lama racine.
Il
existe également de nombreuses manières
de pratiquer les accumulations par la méditation
des différentes formes de divinités des
diverses classes de Tantras, ainsi que par la récitation
des mantras associés à ces divinités
et correspondant à la phase de développement
de la méditation. Il faut que ces formes extrêmement
variées soient connues dans tous leurs détails
et leurs différents aspects par les grands Lamas
appelés à transmettre ces initiations.
Mais pour celui qui cherche des moyens de purifier les
voiles de son esprit et d'obtenir les accomplissements,
il est beaucoup plus important de réunir toutes
ces formes en une seule et de s'efforcer d'accomplir
profondément la méditation d'une divinité
et la récitation d'un seul mantra.
Il
existe beaucoup d'instructions qui expliquent les phases
de la pratique : la phase de développement, la
phase d'accomplissement, celle avec signe, celle sans
signe et sans référence... Il est indispensable
que ceux qui donnent ces explications les connaissent
parfaitement. Mais, pour le pratiquant ordinaire qui
souhaite faire naître en lui les qualités
et les réalisations, il est essentiel de ramener
toutes ces différentes instructions à
une seule et de les condenser en leur essence. Il lui
faut s'efforcer de se diriger vers une pratique et de
l'approfondir.
Il
existe de multiples instructions et théories
qui expliquent comment couper extérieurement
les élaborations et projections et intérieurement
les formations mentales. Cependant, il vaut mieux faire
comme l'exemple de la fumée et du feu : si l'on
souhaite se débarrasser d'une fumée, il
est nécessaire de se débarrasser du feu,
d'attaquer le mal à la racine. De la même
manière, il est préférable de trancher
à la racine de l'esprit plutôt que de s'occuper
d'aspects extérieurs pour comprendre l'aspect
intérieur de l'esprit.
Il
existe de nombreuses méthodes de méditation
: avec support et sans support, avec point de référence
et sans point de référence. Mais la méditation
qui parfait toutes les autres, qui accomplit à
la fois la phase de développement et la phase
d'achèvement, est la méditation qui unit
clarté et vacuité (Chiné).
Et
lorsqu'on décrit les comportements que l'on peut
développer après la méditation,
on dit qu'il y en a une infinie variété.
L'essentiel se résume au fait que l'on doit simplement
approfondir ses capacités à pratiquer
la vertu et abandonner les actions impropres.
Il
existe plusieurs méthodes qui expliquent les
moyens d'obtenir le fruit et la façon dont il
est connu au moment où il est obtenu. L'essentiel
est de mettre en pratique sans confusion toutes les
phases de la méditation - la vue, la méditation
et l'action - et de les développer les unes après
les autres de façon stable et régulière
jusqu'à obtenir, par l'approfondissement de la
pratique, les moyens d'une connaissance véritable
faisant naître en nous la certitude.
Il
est parfois relaté dans les enseignements que
les bodhisattvas résidant dans les Boumi (Terres
des bodhisattvas) peuvent agir d'une façon qui
semble, à un oeil ordinaire, incorrecte et erronée,
parce que leur vision est exempte de voiles et qu'ils
perçoivent le sens ultime de leur action et le
bienfait qui en naîtra pour le Dharma. Mais pour
nous, être ordinaires qui souhaitons nous libérer
de toutes les peurs des royaumes inférieurs,
il est beaucoup plus sûr d'approfondir sans négligence
nos capacités à éviter toute forme
d'action négative et toute transgression de l'enseignement.
Et
quoi que l'on fasse - des offrandes dirigées
vers des supports adéquats, la pratique de la
générosité envers ceux qui sont
démunis, écrire des textes, les lire,
en expliciter le sens - toutes ces pratiques faites
sans aucun intérêt personnel et dirigée
uniquement vers le bienfait de tous les êtres
doivent être approfondies, élargies et
développées par une dédicace libérée
de la triade (sujet, acte et objet), une dédicace
parfaite, non-référentielle et non-conceptuelle.
L'ensemble
de ces instructions constitue le premier chant et présente
les voeux, l'engagement du Dharma profond.
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