Troisième
chant
réflexion sur
l'impermanence, la mort et la rétribution karmique.
Le chant débute
par une lamentation : "Hélas ! tous les phénomènes
sont impermanents, quel dommage !"
L'univers
entier, les mondes, les galaxies, les phénomènes
quels qu'ils soient, tout ce qui est créé
est nécessairement voué à la destruction
et sera anéanti par le feu, l'eau et le vent.
Tout ce qui existe dans le monde, même ce qui
est le plus considérable, même le mont
Méru (la montagne axiale), sera détruit
tôt ou tard et laissera place à un espace
vide. Toutes les manifestations de l'univers seront
consumées par le feu, emportées par les
eaux, balayées par les vents et les ouragans,
et rien n'en restera qu'un espace vide.
Par essence,
tout est vide, tout est vacuité. On peut alors
penser que toutes les formes associées au monde,
tels les enfers, les mondes des esprits et les mondes
des animaux, par exemple, seront complètement
dissoutes et résorbées dans le vide primordial,
voyant là leur terme. Mais il faut comprendre
que tout est produit par l'esprit : tous les mondes
ne sont pas autre chose qu'une production de l'esprit.
Tant que les tendances fondamentales de l'esprit ne
sont pas modifiées, les mêmes tendances
produisent les mêmes effets, c'est-à-dire
les mêmes mondes : tant que l'esprit sera en proie
aux mêmes émotions, les mêmes expériences
apparaîtront et les mêmes conditions d'existence
se perpétueront. Ainsi, l'expérience du
cycle des existences peut durer et n'avoir pas de fin,
aussi longtemps que l'esprit qui lui a donné
naissance n'a pas été purifié ou
transformé.
Nous connaissons
une succession d'existences : nous montons, descendons,
tournons d'une existence à l'autre en une ronde
incessante. Ces existences ne sont pas différentes
du mouvement des pensées qui apparaissent et
disparaissent dans l'esprit et peut-être n'y a
t il aucune différence, en essence, entre ces
deux aspects, entre la pensée conceptuelle et
la ronde des existences. Tout cesse lorsque la pensée
est fondue dans la vacuité et reconnue dans son
essence primordiale.
C'est en
des termes semblables que Gampopa, dans "Le Joyau Ornement
de la Libération", explique la manière
dont naît et fonctionne cette illusion : "Cette
illusion, quelle est sa nature propre ? Elle est vacuité.
Quelle est la cause qui la fait s'élever du cycle
des existences ? C'est l'ignorance fondamentale. Comment
se développe-t-elle ? Quelle est son origine
? Elle est libre d'origine et apparaît d'instant
en instant, comme une succession d'instants. Comment
s'exprime-t-elle ? Elle est semblable à un rêve,
elle n'apparaît qu'en dépendance de la
réalité que l'esprit projette sur elle
; comme le rêve, elle est en essence vide."
Dans notre
expérience du monde ordinaire, du fait de notre
conscience d'un "moi existant", nous projetons une saisie
sur le monde, sur les autres comme différents,
et à partir de ce moment toutes sortes de peines,
de joies et de souffrances peuvent apparaître
et nous affecter.
L'impermanence
se conçoit d'abord au niveau du temps :une année
pousse l'autre dans une ronde continue, les mois comme
les jours se succèdent les uns aux autres ; il
y a eu le moment qui était ce matin et c'est
déjà cet après-midi ; l'heure qui
était celle d'avant est déjà passée
; et les minutes et les secondes s'envolent. Ainsi,
tout le temps s'écoule d'instant en instant,
dans une fuite que l'on ne peut retenir.
Nous pouvons
également prendre conscience de l'impermanence
des phénomènes par les variations du monde
au cours des saisons : les transformations de la nature,
les couleurs qui changent, les saisons qui se succèdent
nous montrent que rien ne dure et que tout se transforme
perpétuellement. Le soleil et la lune se lèvent
et disparaissent, et lorsqu'ils se couchent, il est
impossible de les retenir ne serait-ce qu'un instant
; on ne peut que les regarder disparaître.
Comme l'univers,
les êtres sont soumis à cette impermanence.
L'existence de tout être commence par la naissance,
se poursuit par la vieillesse, la maladie et la mort.
Tous les êtres sont soumis à cette loi.
Ainsi, tout est impermanent comme l'onde sur l'eau,
comme le flot qui s'écoule sans jamais pouvoir
être retenu ; d'instant en instant tout change.
Si nous considérons les êtres qui vivaient
ne serait-ce que cent ans auparavant, combien en reste-t-il
? On s'aperçoit que ce sont des êtres nouveaux
qui sont là maintenant et que ceux qui vivaient
il y a cent ans ont disparu.
Tout est
ainsi ; tout ce qui est établi comme réel
et véritablement existant est appelé à
disparaître, de tous les phénomènes
conditionnés aucun ne demeure véritablement,
il est impossible qu'aucune des choses produites d'une
cause relative puisse durer en tant que telle. Tout
ce qui est conditionné, tout ce qui naît,
dès l'instant où il naît est vouera
la mort Tout ce qui est produit sera détruit.
C'est la raison pour laquelle dans le bouddhisme l'univers
porte le nom de "support destructible" : ce qui est
apparu un jour et sera détruit un autre.
Tout ce qui
commence par une naissance se termine par la mort, tout
ce qui a été construit s'achève
par sa ruine, tout ce qui s'accroît finit par
se réduire, tout ce qui s'élève
décline et tout ce qui a été accumulé
finit par être épuisé. Ainsi, tout
ce qui est réuni finit par être séparé
et il n'existe aucun moyen de l'empêcher.
Même
les Parfaits Bouddhas, les Bouddhas "pour eux-mêmes"
(Pratyekas Bouddhas) et les Arhats, tous ceux qui ont
obtenu les accomplissements ordinaires et sublimes,
doivent un jour laisser leur corps physique et, de ce
point de vue, il ne reste rien de toutes leurs Qualités
supérieures.
Les êtres
les plus puissants - les dieux Brahma, Indra, les monarques
universels, ceux qui règnent sur des empires
et des galaxies, les rois de ce monde qui gouvernent
l'Inde, la Chine et d'autres royaumes - que reste-t-il
d'eux au moment de la mort ? Quels qu'aient été
leur puissance et leur rayonnement, ils meurent comme
les êtres ordinaires. Tous les êtres sont
affligés par les quatre cents sortes de maladies
et les huit milles types de démons et d'obstacles.
Les menaces
qui pèsent sur la vie sont innombrables : cette
existence humaine est comme une lampe à beurre
ou une bougie exposée en plein vent ; nul ne
sait à quel moment elle va se terminer, et le
moindre mouvement de l'air peut, d'un instant à
l'autre, l'éteindre complètement.
Quels que
soient nos efforts, ils ne nous conduisent nulle part
ailleurs qu'à la mort. Le condamné à
mort sait le moment du châtiment inéluctable
et la mort sa seule destination. Nous sommes tous dans
l'état de condamné potentiel puisque chaque
année, chaque mois et chaque jour qui s'écoulent
nous rapprochent du moment où nous devrons comparaître
devant le Seigneur de la mort. A cet instant-là,
nous n'aurons plus aucun moyen de nous protéger
par des remèdes et tout ce que nous aurons pu
accumuler autour de nous ne nous sera d'aucune aide.
Il nous faut abandonner toute forme de stupidité
et d'obstination, et comprendre dès maintenant
cette imminence. De la même manière que
le soleil disparaît derrière la crête
de la montagne, il n'existe aucun moyen de retarder
cette échéance ou de faire marche arrière.
On ne peut que suivre le cours du temps.
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