Lâcher-prise
et humour
«
Mais moi, qu'est-ce que je deviens dans cette histoire
? » Il est évident que, dans l'état
actuel des choses, nous sommes dans l'incapacité
de laisser l'ego. Le bouddha l'avait bien compris ;
il s'est bien regardé lui-même, il s'est
bien compris et il en a tiré une leçon
universelle : tout le monde fonctionne sur le même
schéma, selon le même système. Le
cœur du problème, c'est la saisie d'un ego qui
n'est qu'une illusion, mais dans le même temps,
cette illusion est tout pour nous puisque c'est l'axe.
Une information qui nous parvient disant : « lâche
tout » est inutilisable ; néanmoins, pour
remettre en question le système, il faut bien
que cette information soit là. Il va donc y avoir
l'induction, dans le courant de notre esprit, de cette
information, suivie d'une transformation progressive
; c'est pour cela qu'on travaille sur deux aspects :
l'aspect de sagesse et l'aspect de travail relatif,
celui-ci consistant essentiellement à développer
la bonté aimante et la compassion.
On commence forcément là où on
se trouve ; cela paraît une lapalissade mais n'est
pas toujours évident. La première chose
à faire est d'essayer d'avoir un instantané
de notre situation, le plus clair possible : il s'agit
de développer la qualité foncière
d'honnêteté vis-à-vis de soi-même
et, pour cela, il faut tailler un peu dans l'illusion
et, en parallèle, pour équilibrer cette
« ablation d'illusion », il faut avoir beaucoup
d'amour pour soi, s'apprécier à sa juste
valeur. « Juste » est important : pas trop,
mais assez quand même. Pour ce faire, il faut
garder une certaine distance et faire preuve de beaucoup
d'humour ! Si l'on se prend très au sérieux,
derrière son bureau de directeur exécutif,
avec sa cravate et son costume, on est perdu !
Si
l'on commence à reconnaître sa valeur,
sa qualité et, en tant que directeur exécutif,
la nécessité de porter un uniforme et,
qu'en même temps, on a de la distance et de l'humour,
cela va déjà beaucoup mieux. Il faut savoir
reconnaître les problèmes, c'est-à-dire
les faiblesses, et voir comment y remédier tout
en sachant qu'il faudra du temps et de la patience.
Il
n'est pas nécessaire d'en tirer de la fierté
ou de l'orgueil, ni de s'approprier la bonté
et la santé fondamentales de l'esprit ; on ne
parle pas de « mon esprit », mais de «
l'esprit ». C'est là que la notion d'ouverture
est importante ; c'est-à-dire que l'on commence
à se rendre compte qu'il y a d'autres personnes
autour de soi qui participent de cet esprit, qui ont
cette bonté et cette santé fondamentales
qui peuvent, bien sûr, être voilées,
tordues ou altérées. Il y a une conscience
de fond et, en même temps, une vision claire du
travail ; on a commencé à dégraisser
l'albatros plein de pétrole, on voit les plumes
qui commencent à apparaître, on voit aussi
le reste du pétrole et les problèmes inhérents
à cela, mais on sait un peu ce qu'on doit faire.