En
août 87, Lama Guendune Rinpoché enseigna
un commentaire du texte racine des instructions orales
qui furent données par Tilopa à son disciple
Naropa sur les rives du Gange, à l'aube de ce
millénaire. Ces instructions condensent tous
les aspects essentiels de la base, du chemin et du fruit
du Mahamoudra, le "Grand Sceau", réalité
ultime de l'esprit et des phénomènes.
Tilopa est l'un des plus
grands sages et yogis bouddhistes. Il maîtrisa
les enseignements de tous les grands Accomplis du XIe
siècle indien, et réalisa l'illumination
près du delta du Gange. Il est à l'origine
de la lignée Kagyupa, dont le courant de transmission
s'est maintenu intact jusqu'à nos jours, se perpétue
à travers le présent Karmapa et tous les
Maîtres actuels détenteurs des enseignements
Kagyu.
Il nous faut comprendre
que l'esprit est libre de toute naissance, mort et existence.
L'esprit n'est pas quelque chose qui est né à
un moment donné ; s'il est non-né il ne
peut pas mourir, et puisqu'il n'a pas de véritable
réalité il n'a pas de localisation, il
n'existe pas. Nous devons reconnaître cette réalité
de l'esprit, qui est ce que l'on appelle le Dharmakaya
ou Corps de réalité ultime, et afin de
réaliser l'esprit dans sa véritable nature,
il nous faut méditer.
A quoi ressemble l'esprit
?
Même si nous le regardons
directement, nous ne pouvons rien voir ; même
si nous l'examinons, nous ne pouvons rien en connaître
; si nous essayons de nous en débarrasser, de
l'écarter, nous n'y parvenons pas ; si nous tentons
de le saisir, là encore nous n'y parvenons pas.
Il est impossible de mélanger l'esprit avec autre
chose ou de le partager en petits morceaux. On ne peut
en aucune façon le définir, et quel que
soit le nom qu'on lui donne, il lui est applicable.
Qu'est-ce alors que l'esprit
? C'est tout simplement ce qui pense, "ce qui bouge
à l'intérieur de l'esprit". Chaque fois
qu'apparaît une idée ou une pensée,
il s'agit de l'esprit. Il faut regarder l'essence véritable
du penseur, de celui qui pense, et si l'on y parvient
sans fixation ni attachement, on peut alors reconnaître
la véritable nature de l'esprit : on la regarde
directement et, en un instant, on voit ce qu'est l'esprit,
mais on ne peut pas saisir cet instant de reconnaissance.
Le Bouddha, ou la bouddhéité,
ne se trouve pas à l'extérieur de nous.
La bouddhéité est à l'intérieur
de nous même et le profond chemin du Mahamoudra
est le moyen de réaliser que nous sommes Bouddha.
Ce
chemin du Mahamoudra regroupe de nombreux enseignements.
C'est le commentaire des instructions données
par Tilopa à Naropa sur les rives du Gange que
nous allons ici étudier.
Ce commentaire du "Chant
du Mahamoudra du Gange" est appelé l'Essence
des Accomplissements". Il commence par ces mots : "Je
rends hommage à la Glorieuse Vajrayogini" et
se poursuit ainsi : "Ceci est un commentaire du "Mahamoudra
du Gange" représentant les instructions données
sur les rives du Gange au Seigneur Naropa lui-même
par le Seigneur des Yogis, Tilopa. "
Le texte se divise en trois parties : le sens du titre,
l'hommage de l'auteur, l'explication du texte lui même.
Le sens du titre
Le texte racine donne tout
d'abord le titre en sanskrit : "Mahamoudra Upadesa",
ce qui signifie "Instructions orales sur le Mahamoudra".
Le commentaire explique
en détail le mot Mahamoudra. Moudra signifie
"sceau", impliquant qu'une chose scellée est
authentique : le sceau certifie ce à quoi il
s'applique. Cela signifie que l'état de réalité
ultime est un état dans lequel la manifestation
est vacuité et la vacuité manifestation
: manifestation et vacuité sont inséparables
et indissociables. Cet état est un état
de grande félicité, mais cette félicité
est également vide; c'est comme un grand mouvement
de félicité et de vacuité confondu.
Ceci représente les moyens habiles et la sagesse
et leur inséparabilité : ils apparaissent
simultanément. Ceci exprime également
l'indissociabilité de la compassion et de la
vacuité.
Tel est donc ce que recouvre
le mot "sceau". Il certifie que tout ce qui apparaît
dans la manifestation est phénomène de
la vérité relative et, en même temps,
que tout phénomène en l'état de
vacuité est phénomène de la vérité
ultime. Tel est le sens de Moudra.
S'il est appelé
le "grand sceau" ou Mahamoudra, c'est parce que le relatif
et l'ultime y apparaissent ensemble, simultanément.
S'il n'en était pas ainsi, ce sceau ne pourrait
pas s'appliquer à tous les phénomènes.
De ce fait, c'est un sceau particulièrement noble
et c'est pourquoi on le nomme "grand sceau".
Le titre "Instructions
orales sur le Mahamoudra" signifie que, parmi les quatre-vingt-quatre
mille enseignements du Dharma qui existent, ces instructions
en sont l'essence.
L'hommage de l'auteur
"Je rends hommage à
la Glorieuse Dakini de Vajra. "
Le texte ouvre par un hommage
rendu à la Dakini de Vajra car elle est la gardienne
de toutes les instructions orales.
Elle est aussi celle qui
prononce ces mots indestructibles. Elle est le lama
de Tilopa, et elle est la nature des différentes
étapes, de la base, du chemin et du fruit de
toutes les instructions orales. Voilà pourquoi
Tilopa commence par se prosterner devant elle. Traditionnellement,
tout texte, tout commentaire qui a trait aux mots de
Vajra, aux mots de la réalité indestructible,
débute par un hommage rendu à la Dakini
de Vajra.
L'explication du texte
racine
Ce texte comprend deux
parties principales :
l'engagement, de la part
de Tilopa, de composer un chant sur les instructions
orales indestructibles, les instructions de Vajra.
La description, étape par étape, de ces
instructions sur le Mahamoudra.
Concernant la promesse
de Tilopa, le chant dit :
Intelligent Naropa, Toi
qui es endurant face à la souffrance,
Toi qui as surmonté beaucoup d'épreuves
Et qui possèdes foi et confiance en le lama,
Toi le fortuné,
Garde ceci en ton cur et mets-le en pratique.
Le
commentaire de cette première partie du chant
explique tout d'abord que le disciple doit être
apte à recevoir des enseignements et constituer
un réceptacle approprié, et que les instructions
orales authentiques ne doivent être données
qu'à un disciple capable de les recevoir et non
à n'importe qui. Il est également important
que le disciple n'ait aucun doute sur le fait que la
personne donnant les enseignements est Dordjé
Tchang, qu'elle est le Bouddha lui-même. Tilopa
montre en fait qu'il existe une situation dans laquelle
le lama, le disciple et les instructions sont tous trois
excellents. Dans l'introduction du chant, Tilopa décrit
les différentes qualités de Naropa : il
a subi beaucoup d'épreuves, il est respectueux,
endurant face à la souffrance et intelligent.
Tilopa dresse ainsi la liste des qualités idéales
du bon disciple. Par exemple, le fait que Naropa ait
traversé de nombreuses difficultés dans
sa pratique révèle qu'il est très
énergique, très enthousiaste de pratiquer
le Dharma. Le respect qu'il montre envers le lama est
le signe qu'il a foi et confiance en lui. Son endurance
devant la souffrance est le signe qu'il est capable
de supporter et d'accepter toutes sortes d'obstacles
et de souffrances. Et le fait qu'il est intelligent
est la preuve qu'il possède l'aspect de sagesse
discriminante. Puisqu'il est doté de ces quatre
qualités, Naropa est un disciple fortuné.
Tilopa poursuit en lui
recommandant de garder très soigneusement en
son esprit ces mots sur le Mahamoudra dont il va l'instruire,
et de mettre ces enseignements en pratique dès
qu'il les aura compris.
La deuxième partie
concerne les différentes étapes des instructions
données par Tilopa dans le chant. Celles-ci se
divisent en cinq parties :
- la première décrit
ce qu'est le Mahamoudra,
- la seconde établit que le Mahamoudra est en
fait réalité ultime,
- la troisième montre que cet état ultime
transcende l'intellect,
- la quatrième explique comment apparaissent
les différentes expériences quand on met
en pratique les instructions données,
- enfin, la dernière décrit l'usage des
canaux subtils du corps, et des énergies mises
en mouvement à l'intérieur de ces canaux,
de façon à accomplir l'union avec une
messagère et à progresser sur le chemin.
Tilopa commence par expliquer
que l'on ne peut ni se représenter, ni exprimer,
ni parler de la nature du Mahamoudra. Le chant dit que
le Mahamoudra ne peut être démontré
: il est comme le ciel, personne ne peut décrire
le ciel et dire qu'il est quelque part ou qu'il est
de telle façon ; de même le Mahamoudra,
par nature, n'est pas un objet que l'on peut désigner
comme étant le Mahamoudra.
Le commentaire continue,
disant que celui qui entend cet enseignement peut être
amené à se poser la question suivante
: "Si l'on ne peut pas obtenir d'enseignement sur le
Mahamoudra, si sa vraie réalité ne peut
être expliquée, comment mettre le Mahamoudra
en pratique, comment recevoir enseignements et instructions
sur ce sujet ?" Ce que l'on nomme Mahamoudra - et qui
est en fait la réalité de tous les phénomènes
- , c'est la réalité naturelle, libre
de tout artifice, de toute interférence et de
toute fabrication, spontanée et ultimement toujours
la même. Cet état ultime est unique : qu'un
parfait Bouddha apparaisse ou non sur terre, la réalité
ultime est toujours présente. Pour la réaliser,
il faut pouvoir demeurer à l'aise en méditation
dans cet état même. C'est ce qu'explique
la partie suivante du chant : on doit demeurer détendu
dans l'état naturel, totalement libre de toute
fabrication mentale ou de toute saisie ; et si l'on
détend ses muscles, il ne fait aucun doute qu'on
se libérera.
Le
chant donne ensuite un exemple expliquant comment se
détendre : si l'on regarde l'étendue ouverte
du ciel, le regard se perd et la vue s'arrête
; de même si l'on utilise l'esprit pour regarder
directement l'esprit, toutes les pensées s'arrêtent
et on atteint l'Eveil insurpassable. Cela signifie que
notre état d'esprit ordinaire est bridé
par la présence des émotions perturbatrices,
colère, attachement et ignorance agissant comme
des chaînes qui lient notre esprit. Dans la méditation,
on apprend à se détendre et ainsi à
se délivrer de ces émotions ; les chaînes
tombent alors et l'esprit est libre. La présence
de ces chaînes en nous rend très difficile
la cessation de toute souffrance. Nous sommes prisonniers
de nos désirs, de notre haine et de notre état
d'ignorance, et de ce fait nous nous efforçons
sans relâche de rejeter ou d'accomplir quelque
chose. Sans ces émotions à l'intérieur
de notre esprit, nous ne chercherions pas à accomplir
ou rejeter quoi que ce soit, et l'esprit serait tout
à fait libre et détendu, sans aucune souffrance.
Notre esprit, notre parole et notre corps sont enchaînés
par ces trois poisons - attachement, colère et
ignorance - qui ne viennent pas de l'extérieur,
mais se trouvent en nous ; et c'est depuis l'intérieur
de notre esprit que nous nous délivrerons de
ces entraves. La liberté vient de l'intérieur.
S'il naît beaucoup
de tensions en notre esprit lorsque nous méditons,
cela peut avoir pour effet de bloquer les canaux et
énergies subtils dans le corps ; il est alors
possible que l'esprit connaisse une certaine stabilité
(car le blocage des énergies a pour effet immédiat
de calmer l'esprit) et que s'élèvent diverses
expériences nous conduisant à juger bonne
notre méditation. Mais l'origine de cette méditation
est la forte saisie que nous exerçons depuis
le début, et cette manière de tenter de
calmer l'esprit par
la saisie et l'attachement est une impasse, car son
seul résultat est la souffrance de l'esprit.
Cela ressemble un peu à boire de l'alcool : au
début, on se sent très bien, très
détendu ; mais plus on boit, plus expériences
et visions se développent et le lendemain matin
il n'en résulte que de la souffrance !
Comme nous nous efforçons
parfois d'atteindre dans notre méditation un
état de paix et de bonheur ici et maintenant,
nous élaborons le concept que la méditation
est un état d'esprit sans idée ni pensée,
et nous essayons désespérément
de parvenir à cet état d'esprit particulier.
Si, au prix d'une grande tension, nous y parvenons,
nous ne faisons que devenir semblables à un morceau
de bois : une table, par exemple, n'a pas de pensées
et pourtant on ne peut pas dire qu'elle médite
!
Pourquoi chercher à
devenir semblable à une table ? En fait, lorsqu'on
médite on est amené à reconnaître
qu'il est de la nature de l'esprit d'avoir des pensées.
Dans la méditation on n'essaye pas de supprimer
les pensées, on les laisse simplement apparaître
sans s'y attacher ; parler de non conceptualité
ne signifie pas absence de pensées mais non-attachement
aux pensées qui apparaissent. Méditer
n'a pas pour but d'emprisonner ou de limiter nos corps,
parole et esprit, mais bien plutôt de les libérer.
Il est important de reconnaître
que méditer ne signifie pas parvenir à
un état libre de pensées et de mouvement
mental, mais consiste bien au contraire à laisser
les pensées aller et venir sans s'y attacher.
On ne cherche pas à atteindre un état
particulier de méditation qui soit définissable,
blanc ou jaune par exemple ; on laisse l'esprit s'exprimer
naturellement et sans attachement. C'est ce chemin qui
nous mènera à l'illumination.
La lignée de
transmission
La lignée Karma
Kagyu compte de nombreux êtres qui ont atteint
la réalisation et les accomplissements par leur
pratique des enseignements de la lignée. Il est
dit qu'il est très important qu'un lama qualifié
rencontre un disciple qualifié ; si tous deux
sont réunis, a lieu une transmission dans laquelle
le disciple s'améliore à chaque fois,
de sorte que le disciple à venir surpasse toujours
en réalisation le lama précédent.
La preuve en est donnée par les membres de la
lignée Karma Kagyu : Naropa était plus
avancé que son lama Tilopa ; puis Marpa fut encore
meilleur, apportant de nombreuses améliorations
à sa pratique ; Milarépa eut une plus
grande réalisation que Marpa ; Gampopa eut à
son tour davantage de réalisation que Milarépa
; et Tusoum Khyempa, le premier Karmapa, dépassa
Gampopa en réalisation. Ceci montre que lorsqu'un
disciple qualifié rencontre un lama qualifié,
une amélioration constante peut avoir lieu.
Le
nom du premier Karmapa, Tusoum Khyempa, signifie "Celui
qui connaît les trois temps" : puisque sa réalisation
est celle d'un parfait Bouddha, il était capable
de voir simultanément les trois temps - passé,
présent et futur - et savait donc tout ce qui
survenait dans ces trois temps.
L'origine de la lignée
Karma Kagyu se situe dans le Bouddha Dordjé Tchang,
qui représente le rayonnement naturel de la compassion
du Bouddha primordial Kuntou Zangpo (Skrit. Samantabhadra).
Il n'existe aucune différence entre Dordjé
Tchang et Samantabhadra, si ce n'est que Dordjé
Tchang est l'expression de la compassion de Samantabhadra.
La transmission de la lignée Karma Kagyu s'est
faite jusqu'à nos jours à travers les
seize Karmapa. Elle ne fut pas une seule fois interrompue
ou brisée et les samayas (ou engagements sacrés)
entre lama et disciple furent toujours gardés
très purs, n'étant en aucune façon
endommagés. Cette lignée forme donc un
fil d'or continu, jamais brisé, reliant tous
les membres de la lignée entre eux ; à
chaque transmission, tous les enseignements et toutes
les réalisations furent légués
intacts, comme on verse de l'eau d'un vase dans un autre
sans qu'une seule goutte soit perdue.
Afin que la transmission
dans une lignée se déroule idéalement,
le lama doit être capable de transmettre bénédiction
et réalisation, le disciple doit savoir recevoir
cette bénédiction et, à travers
elle, développer sa propre réalisation.
Lorsqu'on prie le lama, il faut avoir la ferme conviction
qu'il est indissociable de Dordjé Tchang ; si
le disciple a foi en cette réalité, il
recevra en même temps que la bénédiction
du lama les bénédictions de la lignée
toute entière. Lorsqu'il en est ainsi, le lama
peut produire une impression sur le disciple, de sorte
que celui-ci s'imprègne de sa réalisation
: comme dans une photocopie, le disciple devient exactement
à l'image du lama quand la transmission s'accomplit
parfaitement.
Si nous souhaitons recevoir
une transmission authentique et complète, il
faut que notre lama racine soit membre de cette lignée
pure, c'est-à-dire qu'il ait lui-même reçu
tous les enseignements et transmissions sans aucune
interruption dans la continuité de la lignée,
et il faut également qu'il ait gardé les
samayas entièrement purs. Si nous ne rencontrons
pas un tel lama, s'il est membre d'une lignée
interrompue ou si ses samayas sont impurs, nous ne recevrons
aucune réalisation dans notre pratique. Dans
une rangée de lumières électriques,
quand le fil les connectant n'est ni cassé, ni
endommagé, toutes les ampoules électriques
s'allument en une longue rangée et chaque ampoule
a la même luminosité que la précédente
; mais si la ligne est cassée quelque part, les
ampoules suivantes ne s'allument pas. Cela se passe
de la même façon dans la transmission spirituelle
: si elle est interrompue ou endommagée, la transmission
de la réalisation ne peut avoir lieu. Notre lama
doit être comme une porte par laquelle nous accédons
à toutes les bénédictions de la
lignée.
Lama et disciple
Le lama et le disciple
doivent tous deux être qualifiés. Ceci
est très important sur le chemin du Mahamoudra.
Si nous cherchons un lama qualifié, il nous faut
rencontrer quelqu'un dont le corps, la parole et l'esprit
sont parfaitement en harmonie avec les enseignements
du Bouddha. Un lama authentique ne présente aucune
différence entre son comportement extérieur
et son état d'esprit, entre ses pensées
et son attitude. Il ne peut être quelqu'un qui,
intérieurement, est peut-être réalisé
et a une grande compréhension du Dharma, mais,
extérieurement, se conduit mal et accomplit des
actions qui semblent négatives. Nous ne devons
pas avoir un lama de cette sorte, comme nous ne pouvons
pas non plus accepter un lama qui se conduit d'une façon
tout à fait bonne et sainte en apparence, mais
qui possède un état d'esprit négatif
et empli d'émotions. Le parfait lama est au-dedans
comme au-dehors entièrement pur et bon. Le parfait
lama est quelqu'un dont les actions, qu'elles soient
du corps, de la parole ou de l'esprit, ne vont jamais
à l'encontre de l'enseignement du Bouddha. Si
le lama n'agit pas en observance de cet enseignement,
c'est le signe qu'il n'est, pas entièrement convaincu
par cet enseignement ; il ne sera donc pas un bon lama.
Le lama idéal est entièrement pur, parfait,
sans aucune impureté ni souillure.
Le
disciple qualifié, lorsqu'il rencontre le lama,
est plein de respect à son égard et ne
lui montre aucun dédain. Il doit être quelqu'un
contrôlant bien ses émotions, qui n'est
pas sujet à une forte colère ni à
un puissant désir ; il ne doit pas être
indiscipliné ni échapper à toute
autorité ; il doit avoir l'esprit stable et ne
pas sans cesse changer d'avis ; enfin, il lui faut se
montrer capable d'accepter les instructions du lama.
Le disciple qualifié
est très souple dans sa manière d'être
: son corps est détendu et sa parole franche
; il développe amour et compassion et porte une
grande attention aux autres êtres ; il sait accepter
la souffrance et les difficultés du chemin ;
et, surtout, il est constant et ne revient pas perpétuellement
sur ses décisions.
Le disciple qualifié
possède une grande foi en le lama, aime à
pratiquer le Dharma et se réjouit chaque fois
qu'il reçoit un enseignement ; il sait se montrer
persévérant dans sa pratique et ne pas
se décourager lorsqu'il rencontre des obstacles.
Lorsque lama et disciple
sont tous deux qualifiés, leur relation conduit
le disciple à devenir exactement semblable au
lama, et pour que cette transmission ait lieu correctement,
tous deux doivent être parfaits. Quand on fait
des tsa-tsa, on commence par fabriquer un moule ; si
la forme de ce moule est parfaite, bien nette avec des
contours bien dessinés, la forme des tsa-tsa
sera également nette et parfaite ; mais si la
forme du moule original est incertaine, si des traits
manquent ou si le moule est cassé de quelque
façon, les tsa-tsa reproduiront les mêmes
défauts. Voilà pourquoi il faut de la
même façon s'assurer que lama et disciple
sont tous deux qualifiés, afin que ce dernier
puisse devenir exactement semblable au lama.
Il devrait nous apparaître
très clairement à l'esprit que le lama
n'est pas un simple être humain fait de chair
et de sang , et qu'il représente les bénédictions
de l'esprit pur du Bouddha Dordjé Tchang. Si
le disciple a foi en cette réalité, il
pourra associer son esprit à celui du lama de
façon que les deux esprits soient indifférenciés,
et réaliser ainsi le Mahamoudra : il obtiendra
la même réalisation que le lama.
Même si le disciple
est assez fortuné pour demeurer constamment aux
côtés de son lama, s'il n'a pas confiance
en celui-ci, c'est comme si le lama n'était jamais
là. Par contre, si un disciple est séparé
physiquement de son lama mais qu'il a foi et confiance
en lui, alors lama et disciple sont toujours ensemble,
peu importe la distance qui les sépare. Milarépa
dit que, quelle que soit la souffrance éprouvée
et quel que soit l'éloignement entre lui et son
lama, il n'est jamais séparé de celui-ci
néanmoins.
Le disciple qui ne voit
en le lama qu'un être ordinaire recevra simplement
la bénédiction d'un ami spirituel quand
il lui adressera sa prière ; mais le disciple
totalement convaincu que son lama est un bouddha n'en
sera jamais séparé, du fait du respect
et de la foi qu'il lui témoigne ; l'esprit du
disciple et celui du lama seront indifférenciés
et le disciple pourra réaliser que son propre
esprit est Bouddha. Nous devons nous rendre compte que
l'esprit du lama, notre propre esprit et le Dharmakaya
sont trois aspects parfaitement indissociables. Si le
disciple a foi en cette réalité et prie
afin de pouvoir la réaliser, il aura tout d'abord
une impression (ou une sensation) de cette réalité.
Graduellement, cette impression deviendra une expérience
réelle qui au fur et à mesure s'approfondira,
jusqu'à ce que vienne le jour où le disciple
reconnaîtra qu'il est vrai, de toute évidence,
qu'entre son propre esprit, le Dharmakaya et l'esprit
du lama aucune différence ne peut être
faite. A partir du moment où le disciple reconnaît
cette réalité, il a vu l'essence de son
esprit.
Sur le chemin du Mahamoudra,
il nous faut être sûrs et certains que le
lama est Bouddha ; quand on prie le lama il faut toujours
le faire dans cet état d'esprit. Et il faut commencer
sa méditation en s'efforçant de considérer
son esprit, l'esprit du lama et le Dharmakaya comme
inséparables, et demeurer en méditation
dans l'union indissociable de ces trois aspects. En
s'entraînant à penser et méditer
ainsi, peu à peu tous les doutes concernant cette
réalité seront extirpés. Quand
on commence à méditer, on peut comprendre
intellectuellement comment il pourrait être possible
que l'esprit du lama, notre esprit et le Bouddha soient
inséparables, mais cette compréhension
reste conceptuelle car nous n'y sommes pas accoutumés.
Cependant, lorsqu'on cultive cette compréhension
dans la méditation, peu à peu tous les
doutes sont complètement écartés
et on parvient à développer une confiance
naturelle et spontanée en cette réalité.
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