Fin
de l'enseignement donné par Lama Guendune Rinpoché
en août 1987, basé sur un commentaire des
instructions orales sur le Mahamoudra qui furent transmises
à Naropa par son maître Tilopa sur les
rives du Gange, à l'aube de Ce millénaire.
Nous
abordons maintenant la troisième section de la
partie principale du commentaire, qui explique qu'à
travers des idées créées intellectuellement
on ne peut pas voir la réalité de l'état
ultime car cet état du Mahamoudra transcende
l'intellect. Ce n'est pas non plus au travers d'actions
que l'on peut atteindre à cette réalité
qui est libre d'agir et de faire. Pour parvenir à
la réalité ultime, il faut couper la racine
de son propre esprit, trancher la saisie de l'ego, et
laisser simplement la conscience s'établir dans
son état de nudité. Ainsi, les pensées
se décantent de la boue de leurs impuretés
et l'eau de l'esprit devient parfaitement claire et
pure. Il ne faut pas essayer de bloquer la manifestation
ni de la produire, mais simplement laisser l'esprit
demeurer naturellement et sans fabrication, sans l'entraver
d'aucune manière. Si l'on ne rejette ni n'accepte
les choses, l'univers entier se libère dans l'état
du Mahamoudra.
Chaque
fois que l'on rencontre des êtres qui souffrent,
y compris nous-mêmes, ou qui tentent de nous nuire,
il ne faut pas développer de colère à
leur égard mais une grande compassion. On doit
reconnaître que tous les êtres vivants,
dans tous les états d'existence, expérimentent
des souffrances très variées qui ont en
commun d'être causées par les actions antérieures
nuisibles ou négatives de ceux qui souffrent.
Parce que les êtres ne reconnaissent pas la différence
entre le bien et le mal, parce qu'ils sont complètement
ignorants de la cause et de l'effet relatifs à
leurs actions, ces êtres, alors même qu'ils
sont en quête du bonheur, accomplissent des actions
négatives, ne rencontrant ensuite que souffrance
: de par l'importance de leurs actions nuisibles, une
souffrance immense les attend dans l'avenir. Lorsque
l'on reconnaît que tel est l'état de tous
les êtres vivants, on doit développer une
compassion sans limite envers eux et se poser la question
de savoir ce que l'on peut faire pour les aider à
sortir de cette expérience de souffrance.
Tous
les êtres sans exception - qui ont été
nos parents dans le passé - expérimentent
la souffrance, mais nous sommes nous-mêmes dans
une position particulièrement favorable puisque
nous avons rencontré les enseignements du Bouddha
et pouvons les recevoir, réfléchir sur
leur sens et les mettre en pratique ; nous sommes dans
une position qui nous rend capable ultimement d'aider
tous les êtres vivants. Nous devons être
très heureux de bénéficier d'une
telle condition ; nous ne devons pas faire preuve d'orgueil
mais au contraire avoir foi et confiance en les Trois
Joyaux, et utiliser nos corps, parole, esprit pour accomplir
des actions vertueuses qui vont éventuellement
mûrir en capacité d'établir tous
les êtres vivants en l'état de bonheur
ultime, l'état de bouddhéité. Il
faut mener cette intention à bien avec beaucoup
de courage, et faire tout son possible pour libérer
tous les êtres.
Précédemment,
nous avons reçu les instructions qui permettent
de se défaire de toute activité vaine
ou absurde, pour accomplir ce qui est utile et constructif.
Ces activités sans signification, ce sont nos
actions mondaines et, pour les abandonner, il faut simplement
reconnaître que tous les accomplissements mondains
sont vains et dénués de sens : ils n'ont
aucune valeur ultime ; en fait, nous ne faisons qu'accumuler
des actions qui par la suite nous procureront de la
souffrance. Il faut donc renoncer à cette activité
et accomplir des actions qui ont un sens, des actions
vertueuses qui nous apporteront le bonheur dans le futur.
Et du fait de ce bonheur, nous pourrons alors établir
tous les êtres vivants sans exception dans l'état
de bouddhéité. Il faut promettre de se
détourner de toute action négative et
d'accomplir toute action positive, afin d'être
capable de réaliser l'état de bouddhéité
pour le bénéfice de tous les êtres.
Nous
revenons au chant de Tilopa. Il est dit dans le vers
suivant que, puisque l'alaya ou conscience de base est
non-née, toutes les tendances habituelles qui
la recouvrent sont purifiées. Rinpoché
explique que lorsque l'on parle de l'alaya ou de la
conscience de base on parle de ce qui est le fondement
de toutes les actions, qu'elles soient positives ou
négatives : c'est la conscience à l'intérieur
de cet état de base qui perçoit si une
action est positive ou négative. Cet état
de base n'est pas né ou n'a pas été
créé à un moment particulier et,
par conséquent, est éternel et ne peut
pas mourir. Il faut comprendre que le bien et le mal
proviennent tous deux de cette conscience de base ;
tout dépend de l'état de conscience lui-même.
Par exemple, quand la conscience est sous l'influence
de l'ignorance, elle saisit l'idée d'un je, d'un
ego, même si cet ego n'existe pas, et à
cause de cette idée nous accomplissons des actions
qui sont négatives, c'est-à-dire basées
sur l'ignorance. Par contre, si cette conscience de
base n'ignore pas sa véritable nature, si elle
est dans un état de sagesse et non d'ignorance,
l'individu est alors capable de reconnaître l'essence
de son propre esprit, l'essence de cette conscience
de base, et la reconnaît comme étant bouddha.
L'état
de la conscience de base - état d'ignorance ou
état de cognition - est ce qui distingue un être
ordinaire d'un bouddha.
En
reconnaissant que l'alaya est non-née, on échappe
à toutes les spéculations sur l'état
de réalité et à tous les doutes
qui proviennent de la saisie d'un point de vue en lequel
on croit mais dont on n'est pas sûr. A partir
de ce moment-là, on s'établit dans la
véritable essence du non-né : nous reconnaissons
que toute manifestation est simplement la manifestation
de notre propre esprit, et toute idée intellectuelle
disparaît.
Lorsqu'on
a coupé la racine de l'esprit, et donc tranché
toute saisie de l'ego, on ne suit plus les pensées
et les idées associées au passé
; l'esprit s'établit dans un état de clarté
et de netteté qui n'est troublé par aucune
pensée. On ne cherche pas non plus à rejeter
les pensées concernant le présent ou le
futur ni à les encourager. On demeure dans l'essence
de son propre esprit, tout-à-fait détendu
et sans tension. On peut alors reconnaître la
conscience connaissante, la conscience qui se connaît
d'elle-même, celle-ci appliquant son sceau à
toute la manifestation, qui devient le Mahamoudra ou
Grand Sceau.
Quand
on est capable de demeurer dans l'état naturel
de l'alaya, et quand on a reconnu que cette conscience
de base est non-née et donc n'existe pas vraiment,
tous les voiles qui obscurcissaient cet état
naturel (toutes les tendances habituelles, etc., qui
purent antérieurement recouvrir la conscience
de base car celle-ci était une idée dans
l'esprit : on ne la reconnaissait pas comme non-née,
on pensait qu'elle existait réellement et donc
qu'elle pouvait être recouverte par ces tendances
habituelles) disparaissent naturellement et spontanément
; ils se purifient d'eux-mêmes. Et l'alaya, cette
conscience-entrepôt, ne sera pas non plus, puisqu'elle
est non-née, une base pour des pensées
même positives : quelles que soient les bonnes
qualités qui peuvent s'élever dans l'esprit
après notre réalisation de la nature non-née
de l'alaya, on ne tirera pas orgueil de ces qualités
car on reconnaîtra qu'elles sont également
non-nées. On demeure à l'aise dans cet
état, et toute manifestation qui apparaît
est reconnue comme notre propre manifestation, comme
la manifestation de notre propre esprit. On n'exerce
plus aucune saisie envers les idées qui surgissent
dans l'esprit. Telles sont les instructions qu'il est
nécessaire d'observer quand on pratique la méditation.
Le
chant traite ensuite de la nature de la vue, de la méditation,
de l'action et du résultat. Etre totalement libre
de l'idée de circonférence et de centre,
est ce que l'on appelle la vue suprême. Le commentaire
explique qu'on parle d'une vue ultime et parfaite :
cette vue ne comporte aucune idée d'un objet
(qui est vu) ni d'un sujet (qui regarde). Par contre,
si l'on considère l'existence comme quelque chose
qui existe véritablement et la non-existence
comme quelque chose qui est réellement non-existant,
on expérimente l'acceptation et le rejet dans
sa méditation. Il faut se garder de cela. Il
faut rester dans l'état du Mahamoudra, complètement
libre de tout extrême ou de toute qualification
de la réalité en termes d'"existe" et
de "n'existe pas", et laisser l'esprit se détendre
en son propre état naturel ; telle est la vue
royale. Mais il ne s'agit pas de regarder quoi que ce
soit avec l'esprit intellectuel, cette vue est au-delà
de l'intellect.
La
méditation royale est un état de méditation
dépourvu de centre, très profond et très
ouvert. L'action royale est dépourvue de toute
partialité ou de toute limitation. Nos actions
doivent être libres des idées de bien et
de mal, libres de tout extrême. Cela s'applique
également au résultat du Mahamoudra, qui
n'est pas quelque chose de nouveau produit par des causes
et des conditions, mais quelque chose de spontanément
présent ; et, de ce fait, on ne doit entretenir
aucun espoir de l'obtenir ni aucune crainte de ne pas
l'obtenir. Le texte-racine dit : "être sans espoir
et demeurer naturellement est le fruit ou résultat
suprême."
Nous
en arrivons à la quatrième partie de ce
texte sur le Mahamoudra, et le chant explique les différentes
étapes rencontrées dans la méditation
lorsqu'on pratique le Mahamoudra.
La
méditation du débutant est comparée
à une cascade ou un torrent ; celle du pratiquant
intermédiaire ressemble davantage au fleuve le
Gange : elle se déroule beaucoup plus lentement
et doucement ; finalement, la méditation devient
comme le point de rencontre entre le fleuve et l'océan,
semblable à une mère rencontrant son enfant.
Le
commentaire explique ces comparaisons. Quelqu'un qui
commence à méditer fait l'expérience
d'un esprit agité par de multiples pensées,
et sa méditation est semblable à un torrent
de montagne dont l'eau coule très rapidement.
Le débutant ne peut rester qu'un court moment
en méditation, puis une pensée très
puissante vient interrompre cet état ; il essaye
alors d'appliquer un remède pour se débarrasser
des pensées et ramener dans l'esprit cet état
de calme qu'il pense être très important.
Quand il y parvient, le débutant est très
satisfait ; mais quand il n'arrive pas à demeurer
dans une méditation stable, il essaye aussitôt
de reproduire un état de calme et de stabilité
dans son esprit. Pour cette raison, l'esprit est très
agité, allant d'un extrême à l'autre,
tantôt parfaitement calme, tantôt empli
de pensées. C'est pour cela que l'esprit d'un
débutant en méditation est comparé
à un torrent de montagne ou à une cascade.
Lorsque le texte parle d'un débutant, précise
Rinpoché, il ne s'agit pas d'un complet débutant,
mais de quelqu'un qui expérimente déjà
une certaine stabilité d'esprit. Il est certain
que cette stabilité est dérangée
ou interrompue par toutes sortes de pensées,
mais elle n'est pas complètement détruite:
simplement, de l'intérieur de cette stabilité,
le débutant fait encore l'expérience du
mouvement des pensées. Cela signifie que le débutant
demeure dans un état de méditation calme
et stable, parfaitement conscient des pensées
qui s'élèvent dans son esprit, et que
cette stabilité se poursuit. On ne parle donc
pas d'un tout débutant en méditation,
qui serait complètement emporté par les
pensées qui s'élèvent dans son
esprit.
Celui
qui a progressé dans sa pratique de la méditation
et qui est parvenu à une plus grande stabilité
voit sa méditation comparée au lent courant
du Gange. Même si des pensées apparaissent
dans son esprit, ce pratiquant reconnaît leur
véritable essence dès qu'elles se présentent
; pour cette raison, aucun fort mouvement de pensées
ne se manifeste dans son esprit. Le pratiquant intermédiaire
ne suit pas les pensées qui apparaissent ni ne
se laisse emporter par leur succession, et il évite
également les recherches et efforts démesurés
dans ses actions du corps et de la parole. Quelque pensée
qui apparaisse, le mouvement de l'esprit est très
doux. Et lorsqu'on a atteint ce niveau de méditation,
il n'est pas nécessaire de s'efforcer d'appliquer
différents remèdes aux pensées
; il suffit de s'établir dans l'état naturel
de l'esprit et les pensées disparaissent automatiquement.
Enfin,
pour le méditant qui a fait encore plus de progrès,
il n'y a plus lieu d'abandonner quoi que ce soit dans
la méditation, comme il n'y a plus besoin de
créer de remèdes. Ce pratiquant ne pense
pas à créer quelque chose de nouveau,
qu'il appellerait la sagesse primordiale et qui agirait
comme un remède sur les pensées dont il
voudrait se débarrasser : il est libéré
de toute idée de quelque chose de négatif
à abandonner ou d'un remède à créer
pour tenter de se débarrasser de ce qui est négatif.
Pour un tel méditant, les concepts d'existence
et de pacification, de samsara et de nirvana, ont la
même saveur ; il n'y a pas de distinction à
faire entre les deux. C'est pourquoi la sphère
de la réalité et la sagesse primordiale
sont inséparables et indifférenciées,
tout comme une mère se confond avec son enfant
; cet état de rencontre et de fusion est celui
de la Claire-lumière mère avec la Claire-lumière
fils. Ce processus est dit ressembler à une rivière
qui se mêle à l'océan au point qu'ils
deviennent de la même saveur et qu'on ne les distingue
plus.
Avec
cette idée qu'il faut abandonner quelque chose
et donc créer un remède pour éliminer
ce qui doit être abandonné, on tombe dans
un système dualiste et ceci est comparé
à un ravin. Il faut parvenir à aplanir
les deux extrêmes. La personne ordinaire le fera
sous la forme d'une après-pensée dans
sa méditation: elle se souviendra qu'elle développe
ces deux extrêmes et délibérément
essaiera de s'en débarrasser. Le pratiquant moyen
aplanit les deux extrêmes et voit la similitude
de ce qui est à abandonner et de ce qui doit
être créé pour agir comme remède.
Le pratiquant supérieur est capable de libérer
tout ce qui apparaît dans son esprit naturellement
et sans effort. Ces différentes étapes
de la méditation sont bien connues dans la tradition
Kagyu et ont toutes le même sens.
La
partie suivante parle encore des différentes
expériences du Mahamoudra et explique comment
dissiper les obstacles afin de connaître ces expériences.
Le chant explique que, si la personne ordinaire ne peut
demeurer naturellement dans cet état, elle doit
"se raccrocher" aux loungs, aux vents subtils du corps,
et délibérément discipliner sa
conscience. Elle doit également se servir des
différentes méthodes qui permettent de
maintenir l'esprit sur un objet en utilisant les manières
particulières de regarder les objets de méditation,
et faire cela jusqu'à ce que la conscience se
stabilise naturellement.
Le
commentaire explique qu'une personne qui, dans le passé,
n'a pas accumulé beaucoup de mérite et
qui donc a beaucoup de mal à demeurer stable
dans sa méditation a besoin d'utiliser les instructions
orales comme une aide à sa méditation
; l'utilité de ces instructions dépendra
de sa propre capacité.
Il
existe des méthodes où l'on retient les
loungs et, quoi qu'il apparaisse dans l'esprit pendant
la méditation, on ne le suit pas, on maintient
la conscience très disciplinée, très
déliée, et on laisse son esprit posé
là-dessus. La clé de l'esprit est dans
les loungs ; la clé des loungs se trouve dans
les canaux d'énergie subtile à l'intérieur
du corps ; la clé de ces canaux se situe dans
les yeux, d'où l'importance du regard que l'on
adopte dans la méditation. Il existe une méthode
qui consiste à utiliser le regard pour fixer
un objet particulier ou un point de référence
dans la méditation, de façon à
aider l'esprit et à le maintenir rivé
sur cet objet.
Il
y a donc plusieurs méthodes et toutes ont pour
but de stabiliser l'esprit ; il existe de nombreux enseignements
à ce sujet. Par exemple, on peut utiliser un
pur objet de méditation, telle une statue du
Bouddha Shakyamouni ou d'une divinité de méditation:
on développe une visualisation très claire
et on médite là-dessus. On peut également
utiliser un objet impur - n'importe quel petit objet
tel une pierre ou un morceau de bois - comme point focal
de la méditation. On peut également stabiliser
l'esprit en utilisant les loungs, la respiration dans
le corps. On peut aussi le faire sans utiliser aucun
point de référence. Toutes ces méthodes
existent de façon à aider ceux qui ne
peuvent stabiliser leur esprit naturellement et sans
effort.
La
meilleure méthode consiste à utiliser
un pur objet de méditation : il faut apprendre
à stabiliser l'esprit sur un aspect de sagesse
primordiale et c'est ce qu'est une divinité.
Les différents yidams, les différentes
formes des divinités de méditation représentent
une manifestation totalement pure basée sur la
sagesse primordiale. Méditer sur ces divinités
a pour effet de dissiper les pensées impures
et d'engendrer dans l'esprit des pensées basées
sur la sagesse primordiale. Il n'y a pas de divinité
déterminée à utiliser comme objet
de méditation, on peut choisir n'importe quelle
divinité envers laquelle on se sent attiré
ou sur laquelle l'esprit aime méditer.
On
médite sur les différents aspects de la
divinité : sa forme, la couleur de son corps,
ses ornements, etc. De cette façon, l'esprit
reste fixé sur cet objet de méditation
et en vient à s'apaiser tout à fait naturellement.
Cette méditation sur une divinité dissipe
toutes nos manifestations impures et on s'unit de façon
inséparable à la sagesse primordiale ultime.
Que
l'on utilise la statue d'une divinité ou un objet
ordinaire impur tel une pierre ou un morceau de bois,
il faut placer l'objet de méditation en face
de soi un peu en-dessous du niveau des yeux, de façon
à ce que le regard s'abaisse sur cet objet, et
on doit simplement laisser son esprit se poser dessus
sans distraction, sans penser à quoi que ce soit
d'autre, sans même méditer sur les qualités
de l'objet, c'est-à-dire en laissant simplement
sa conscience unie à l'objet. On calme ainsi
l'esprit.
Pour
ce qui est de la suite du texte, Rinpoché en
lit juste les mots de façon à ce que l'on
reçoive la transmission de la bénédiction,
mais il ne veut pas qu'on la traduise car elle comporte
des enseignements très secrets et inaccessibles
aux débutants. Rinpoché en explique le
sens général. Pour les débutants,
la première chose à faire est d'avoir
l'esprit stable et immuable, et pour cela d'utiliser
les méthodes décrites plus haut. La phase
suivante de notre pratique consiste à transformer
toutes les expériences, qu'elles soient négatives
ou positives, en le chemin vers l'illumination. Ainsi,
il nous faut apprendre à transformer les cinq,
ou les trois poisons - les différentes émotions
qui s'élèvent en nous - en le chemin vers
l'illumination ; nous avons besoin de méthodes
très puissantes pour transformer nos très
fortes émotions et certaines de ces méthodes
utilisent les canaux du corps et l'énergie subtile
qui circule à l'intérieur, les loungs.
Ces méthodes peuvent être brièvement
résumées sous le nom des Six Yogas de
Naropa ; elles sont secrètes et il faut une soigneuse
préparation avant de s'y engager. Une personne
ordinaire ne peut pas aborder ces pratiques dans la
vie quotidienne ordinaire, il faut être en retraite
stricte et c'est pour cette raison qu'elles ne sont
enseignées que dans le contexte de la retraite
de trois ans.
Afin
de donner quelques indications sur le sens des Six yogas
de Naropa, Rinpoché explique qu'au début
de notre chemin vers l'illumination nous avons besoin
de purifier les trois émotions de base que sont
l'ignorance, la colère et le désir. L'état
d'ignorance est purifié par la Claire-lumière.
La colère peut se manifester sous deux aspects
: dans la vie ordinaire tout d'abord, et pour y remédier
on pratique alors le yoga du corps illusoire ; dans
le rêve ensuite, et on dissipe cette émotion
par le yoga du rêve dans lequel on reconnaît
le lien existant entre la confusion dans l'état
de rêve et dans l'état ordinaire. Pour
ce qui est du désir, on effectue la pratique
de Tumo, où tous les désirs sont brûlés
par le feu de la sagesse. Au cours de ces pratiques,
toutes les pensées et idées impures sont
consumées par le feu de la sagesse primordiale,
et seule la pureté de l'esprit demeure. Tilopa
termine le chant par la totale dédicace du mérite
accumulé et exprime ce vu : "puissent tous
les êtres vivant fortunés atteindre le
coeur de ces instructions clés du Mahamoudra".
Le
texte-racine décrit enfin les circonstances de
composition. Le grand pratiquant du Mahamoudra, le Glorieux
Tilopa, donna ces instructions au Pandit du Cashmire,
Naropa, après que celui-ci eut surmonté
douze épreuves ; il lui transmit sur les rives
du Gange. Ce chant porte aussi nom de "Mahamoudra en
vingt-huit vers".
En
ce qui concerne la traduction du chant, Naropa a reçu
en personne ces instructions les transmit à Marpa,
Grand Traducteur Tibétain, et celui-ci les traduisit
au centre de retraite du Nord de l'Inde appelé
Poula Ari. Il révisa traduction après
avoir demandé à Naropa des explications
sur quelques points incompris lors de la première
écoute.
Le
commentaire indique que l'explication de ces profond
instructions appelées "les mots du Vajra" ou
"le discours indestructible" fut écrite à
la requête de Kunga Dordjé, maître
qui avait grande foi en le chemin rapide du Vajrayana.
Ce
commentaire fut écrit par un des détenteurs
de la coiffe rouge, le Shamarpa Kuncho Yenlak (le Serviteur
des Trois Joyaux). La rédaction eut lieu au monastère
de Gaden Mai et le rédacteur lui-même dit
que si quelque erreur s'est glissée dans le texte
il la confesse devant les Dakinis détentrices
d enseignements. Le commentaire se termine par ces mots
: "puissent tous les êtres vivants goûter
la félicité, goûter au constant
flot de miel exquis qu'est cet enseignement". Il énumère
enfin les détenteurs de la lignée qui
débute par la Dakini de Sagesse Primordiale qui
transmit ses enseignements à Tilopa, et se poursuit
avec Naropa, Marpa, Milarépa, Gampopa, et le
Premier Karmapa Dusoum Khyenpa.
Nous
avons donc reçu les instructions décrivant
le Mahamoudra et à travers elles nous sommes
parvenus à une compréhension intellectuelle
du Mahamoudra. Cette compréhension n'est pas
suffisante, il nous faut pratiquer la méditation
et mettre en pratique les enseignements reçus.
Il est important de recevoir ces enseignements car sans
eux on penserait que la méditation est un état
de non-pensées ; les personnes qui pensent ainsi
tentent de méditer le corps, la parole et l'esprit
complètement tendus. Le corps devient alors comme
un morceau de bois. Cette sorte de méditation
n'a aucune utilité car il y a tant de tension
dans le corps, la parole et l'esprit qu'aucune réalisation
n'est possible. Le seul résultat d'une telle
méditation est le mal de tête !
Méditer
vraiment consiste à simplement laisser aller
toute saisie de la manifestation et à reconnaître
que, quoi qu'il se manifeste, cela n'a aucune importance:
c'est non-réel, il n'est donc pas nécessaire
de s'y attacher. On défait ainsi de l'intérieur
toutes les saisies habituelles à propos de l'importance
des activités mondaines ; et lorsque l'esprit
est délié depuis l'intérieur la
conscience ordinaire peut demeurer en son état
naturel sans aucune artificialité dans l'esprit.
Quand on peut demeurer dans cet état notre méditation
progresse, que ce soit celle de Chiné (le calme
mental), de Lhaktong (vision pénétrante)
ou du Mahamoudra.
On
doit méditer dans un état qui est un état
de non méditation, où l'on ne saisit rien,
où l'on n'est distrait par rien, où l'on
n'essaye pas de bloquer ce qui apparaît dans l'esprit.
De cette façon toutes nos impuretés s'évanouissent,
comme des vêtements qui tombent du corps.