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Instructions
sur la pratique du Dharma #1
Lama
Jigmé Rinpoché
Introduction
Il
est important de savoir pourquoi nous pratiquons le dharma.
Il nous faut comprendre ensuite ce qu'est la méditation
puis rassembler les conditions de sa mise en pratique. La méditation
est un processus progressif. Il n'est pas nécessaire
d'engager une trop grande volonté dans la pratique de
la méditation et de tenter d'en obtenir les fruits à
tout prix. L'enseignement explique comment méditer, mais
l'explication ne suffit pas. Il est indispensable d'y réfléchir
afin que l'enseignement ne soit pas simplement une information
extérieure mais qu'une compréhension intérieure
se développe. Après avoir écouté
les instructions, nous y réfléchissons puis nous
les mettons en pratique. Il n'y a que nous-mêmes qui pouvons
parcourir le chemin, personne ne peut le faire à notre
place. Au début, quand nous commençons à
apprendre la méditation, nous traversons une période
d'euphorie. C'est merveilleux car c'est nouveau. Mais si nous
n'en percevons pas clairement la signification profonde, nous
allons nous lasser. Comprendre ce que nous faisons amène
une certitude sur le sens de la méditation et sur le
sens de notre engagement dans sa mise en pratique. Cette compréhension
n'est pas évidente à acquérir parce que
nous appréhendons ces notions nouvelles à partir
de nos tendances et de nos habitudes mentales. De plus, l'esprit
est sans cesse influencé par les circonstances extérieures.
D'où l'importance de prendre le temps d'intégrer
les instructions qui nous sont données, d'y réfléchir
pour bien en dégager la signification et ensuite de les
mettre en pratique pour pouvoir les expérimenter au-delà
d'une simple compréhension.
La
souffrance
Mais
qu'est-ce que la souffrance ? Le sens de la souffrance est quelque
chose de plus subtil que ce que nous pouvons en penser. Quand
nous nous demandons ce qui ne va pas dans l'esprit, nous constatons
que nous sommes pris en permanence par des tendances et des
habitudes mentales. Ces tendances et ces habitudes sont comme
un processus naturel qui nous entraîne dans la répétition
des mêmes comportements. Nous n'avons pas besoin d'entraînement
pour être négatifs dans les situations que nous
rencontrons avec notre entourage. Naturellement, les tendances
et les habitudes s'accumulent et se renforcent dans l'esprit.
Dans le dharma, nous ne partons pas du fait que l'être
humain est mauvais. Il s'agit plutôt de voir quelle est
la situation dans laquelle nous nous trouvons. Et à partir
de cette situation-là, notre souhait est d'atteindre
les qualités exposées dans le dharma. Elles sont
accessibles mais nous avons besoin d'une ligne de conduite.
Cette ligne de conduite est double: d'une part, il y a les enseignements,
les instructions, les explications, les transmissions que nous
pouvons recevoir; et d'autre part, un processus naturel va prendre
place une fois que nous commençons à pratiquer.
Outre la technique, la méthode de la méditation,
il est nécessaire d'acquérir l'esprit de la méditation.
Nous ne pouvons pas limiter la pratique de la méditation
à une technique. Le propos du chemin est ce que nous
appelons en tibétain "sem ti gnowo" : "sem",
c'est l'esprit et "gnowo", le visage. Le propos est
de reconnaître le visage de l'esprit, avoir une reconnaissance
directe et immédiate de ce qu'est l'esprit. Exactement
comme nous regardons une rose, une fois que nous l'avons vue,
nous connaissons ses couleurs, comment ses pétales sont
constitués et toutes ses caractéristiques. Tant
que nous n'avons pas vu la rose, nous ne savons pas ce que c'est,
nous ne pouvons que l'imaginer. Il en va de même pour
l'esprit. Il s'agit d'aller à cette rencontre, ce face
à face avec l'esprit et pour ce faire, il est nécessaire
de dissiper les voiles qui nous empêchent de le reconnaître.
Illusion
Le
Bouddha a dépeint les différentes souffrances
que nous rencontrons dans cette existence humaine: les souffrances
de la naissance, de la vieillesse, de la maladie et de la mort.
Il a décrit tout cela pour nous ramener à notre
condition réelle. Nos certitudes sont confrontées
à l'impermanence des phénomènes. Nous
pourrions nous dire: « Je suis humain, je vais mourir
et puis après
je serai de nouveau humain» Mais, au moment de la mort,
nous n'avons pas le choix. Actuellement, nous sommes reliés
à notre aspect physique, l' esprit est limité
par la forme matérielle du corps. Mais au moment de
la mort, l' esprit est comme de l'air, il n'est entravé
par rien. Il n'y a pas de choix possible parce que l'esprit
est emporté par ses tendances. Exactement comme dans
le rêve: le rêve n' a pas de substance et pourtant
nous sommes persuadés que ce qui se passe est vrai.
Il en ira de même après la mort : les tendances,
les habitudes, le karma, font que nous n'avons pas du tout
le choix.
Nous sommes poussés par les tendances de l'esprit et
il n'y a aucune certitude sur ce qui se passera. Alors au-delà
des bienfaits immédiats de la pratique au niveau relatif,
il faut aussi réfléchir à la dimension
ultime. Nous allons approfondir la pratique pour nous rendre
compte qu'au-delà du bienfait à court terme,
il y a aussi l' objectif de se libérer de la confusion,
de l'ignorance et de l'illusion. Il s'agit de se réveiller
de notre rêve. Nous sommes dans l'illusion du samsara,
dans l'illusion du cycle des existences. Le mot illusion
est
souvent mal compris et génère de la confusion.
Parce que je ne reconnais pas ce que je suis réellement,
je tiens pour vraie ma perception des choses. Le terme d'illusion
n'induit pas de jugement moral, ce n'est pas quelque chose
de bien ou de mal, c'est tout simplement organique, comme
une loi
naturelle. Plus mon esprit sera clair et mieux j'éviterai
de tomber dans la même condition que maintenant pour,
finalement, sortir de mon illusion. L'enseignement propose
de percevoir, avec ce même esprit, la sagesse plutôt
que l'illusion. Mais pour passer de la dimension illusoire à
une dimension lucide et claire, nous avons besoin d'une méthode,
d'un moyen. En effet, cet enchaînement ne s'arrête
pas de lui-même.
Réfléchir
Quand
nous écoutons un enseignement, il nous est difficile
de ressentir immédiatement la vérité profonde
qu'il véhicule. Réfléchissons au sens
des mots et ne restons pas au niveau d'une compréhension
superficielle. Souvent, en effet, nous sommes apparemment
d'accord
mais au fond de nous-mêmes, nous n'acceptons pas réellement
ce qui est énoncé. Notre écoute est orientée
selon notre manière personnelle d'envisager les choses.
Approfondir notre compréhension nous oblige à
nous remettre en question. D'où l'importance de se rappeler
les enseignements pour en dégager le sens profond.
D'autre part, il y a toujours un décalage entre l'instruction
qui est donnée et notre situation présente.
c est comme Si nous narrivons pas à savourer, à
expérimenter ce qui est dit. Ainsi, parfois nous sommes
témoins des difficultés que rencontrent d'autres
personnes mais nous ne nous sentons pas impliqués.
Nous ne pensons pas que cela pourrait nous arriver. c'est
exactement
ce qui se passe avec l'enseignement; il y a toujours ce décalage:
lorsque nous entendons parler du cycle des existences et de
la souffrance, nous sommes entièrement d'accord, mais
nous ne nous sentons pas vraiment concernés. Il n'est
pas demandé d'arrêter d'être ce que nous
sommes maintenant et d'avoir, d'un seul coup, l'attitude
juste.
Nous avons notre vie quotidienne, notre vie relationnelle,
des
amis, un entourage. Comprenons que le propos de la pratique
spirituelle est de nous libérer nous-mêmes de
l'ignorance et de la confusion et de nous permettre d'aider
les autres.
Bien sûr, la pratique spirituelle va nous permettre d'être
plus détendus, d'avoir l'esprit clair et de mieux communiquer
avec les autres. Toutes ces applications du dharma ne sont
pas
un défaut, mais ce n'est pas le but du dharma. Ce ne
sont en fait que des conséquences de la pratique de
dharma. Le véritable but est d'aller au-delà de
ces avantages et de nous libérer nous-même de
l'ignorance et de la confusion. A partir de là, nous
prenons conscience qu'il n'y a pas que nous, mais qu'il y
a tous les êtres.
La pratique est motivée par le souhait d'aider véritablement
les autres, de les sortir eux aussi de l'ignorance. C'est
donc
sur la base de cette motivation que je vais mettre ma pratique
en oeuvre, me libérer de l'ignorance et aider les autres
à y parvenir également.
Insatisfaction
Les
grands pratiquants expérimentent la souffrance du samsara
comme un cheveu dans l'il. Quand nous avons un cheveu
dans l'il, c'est insupportable. La seule chose que nous
avons envie de faire, c'est de l'enlever. Un grand pratiquant
réagit immédiatement dès qu'il rencontre
la souffrance. Chaque situation difficile l'invite à
approfondir son engagement dans la pratique. Les pratiquants
ordinaires ont aussi ce cheveu, mais dans la main. Un pratiquant
ordinaire ne ressent pas une telle urgence pour réagir,
car il n'a pas une conscience aiguë du processus qui engendre
la souffrance. Nous n'allons pas nous transformer d'un seul
coup. Lorsque nous recevons les instructions, nous les gardons
à l'esprit, nous les mettons en pratique et nous les
expérimentons. C'est cela qui, petit à petit,
va faire progresser notre vision des choses. Nous comprendrons
ce qui est à éviter et ce qui est à adopter.
Dans l'enseignement, il y a énormément d'instructions
sur ce qui est nuisible ou bénéfique pour soi
et pour les autres. L'important est de comprendre les causes
et les conséquences de nos actes et de nous libérer
progressivement du samsara. Mais nous ne sommes pas toujours
bien conscients des causes et des conséquences de nos
attitudes. Nous aimerions apprécier les phénomènes
selon des catégories simples: ceci est noir, cela est
blanc. Ce serait évidemment plus simple, mais entre les
deux il y a le gris. Nos attitudes sont souvent le produit d'intentions
diverses, exactement comme sur un tableau on parle d'un bleu
et insensiblement ce bleu devient de plus en plus clair pour
finalement aboutir au blanc. Au départ nous étions
dans le bleu de la pratique et insensiblement, la pratique se
mélange aux voiles, à la confusion, et sans nous
en rendre compte nous passons du bleu au blanc de l'ignorance.
Il est important de rester vigilants durant notre progression.
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