Science de l'esprit  

La méditation, un art de vivre #1

Lama Puntso

De la confusion à l'éveil

Pour comprendre ce qu'est la méditation, il faut d'abord comprendre la situation dans laquelle on se trouve. On oublie trop souvent que les choses changent. Quelque chose qui apparaît est appelé à disparaître tôt ou tard. Quelque chose qui s'élève à un moment ou à un autre disparaîtra; cela se passe ainsi à tous les niveaux, du plus grossier au plus subtil. La terre sur laquelle nous nous trouvons disparaîtra à un moment ou à un autre. En tibétain, l'univers se dit djikten qui signifie "support destructible", montrant bien le sens de ce qu'est cette terre. De la même façon, les êtres qui peuplent cette terre disparaîtront tôt ou tard. Il ya 250 personnes dans cette salle, dans 75 ans, un siècle pour être plus sûr, il n'y aura plus personne. Dans un siècle, les êtres qui sont sur cette terre n'y seront plus et seront remplacés par d'autres. Ainsi les choses se renouvellent sans arrêt, se transforment sans cesse. Et si l'on considère l'impermanence de façon plus subtile, on constate que les phénomènes se modifient d'instant en instant. En cet instant précis, les choses ne sont plus les mêmes qu'à l'instant précédent et ne sont pas les mêmes qu'à l'instant suivant.

Il y a une fluidité des phénomènes, des choses, mais on l'oublie. On fige les situations, on perd cette fluidité, cette souplesse, et tout devient solide, lourd et difficile. Par contre, si l'on se rappelle l'impermanence des phénomènes, cela nous donne de l'espace pour mieux comprendre notre situation.

Cette situation, quelle est-elle ? Toute notre expérience, toute notre activité, est centrée sur "je", "moi-je", "moi j'existe" et paradoxalement, si l'on essaye de voir ce qu'est ce " je", on manque de précisions. On s'identifie effectivement à un corps et à ce que l'on perçoit de l'esprit: certaines sensations, certaines per­ceptions, des pensées, des émotions. Cela reste très flou, et pourtant c'est le centre de toute notre expérience.

Dès l'instant où l'on dit "moi-je", il y a le monde extérieur avec lequel on établit une relation.

Ou bien on s'approprie tout ce qui nous semble bénéfique, positif, favorable et on s'y attache. Ou bien on rejette et on repousse tout ce qui nous semble nuisible et négatif, tout ce qui représente un danger. Il ya encore tout ce que l'on ignore, tout ce qui n'est pas notre affaire, toutes les personnes, les situations et les choses que l'on ne rencontrera probablement jamais. Et face à elles, on reste indifférent.

Ainsi, notre expérience, notre relation aux autres, notre relation au monde, est toujours fondée sur l'une de ces trois attitudes: l'attachement, l'aversion, ou l'indifférence.
A partir de là, se déploie un jeu d'émotions et de névroses, un jeu parfois très complexe qui va complètement colorer notre relation aux autres.
A partir de l'attachement et de l'aversion, l'orgueil et la jalousie prennent place, tout cela se combinant en un réseau émotionnel qui définira notre attitude.
Le corps et la parole dépendent de l'esprit. Dès l'instant où l'esprit est émotionnel, notre attitude est émotionnelle. La relation aux autres, la relation au monde et la relation à nous-même seront fondées sur toutes ces émotions: l'indifférence, la jalousie, l'orgueil, la colère, le désir, etc.

On pourrait se dire: "C'est très bien, nous sommes des êtres humains, nous avons des émotions et c'est bien normal !" Le problème est que ce type de relation duelle est caractérisé par l'insatisfaction. On ne peut pas trouver un bonheur durable dans cette relation duel le. Si nous regardons notre expérience avec un minimum d'honnêteté, nous nous apercevrons vite qu'il y a effectivement toujours quelque chose en trop ou quelque chose qui manque dans notre relation aux choses. Il y a toujours cette insatisfaction de base, cette espèce de frustration. Nous n'arrivons jamais à quelque chose de plein à cause de la dualité et de cette relation émotionnelle. Et tant que la relation est fondée sur l'émotion, elle génère l'insatisfaction. Et puisque notre expérience des choses est basée sur la frustration, de surcroît on nourrit cette frustration, on se débat. On cherche le bonheur et cette recherche est la source de l'insatisfaction. Ce qui vient d'être décrit, c'est la situation de confusion ou la situation d'ignorance.

Heureusement, il y a aussi l'autre aspect, la situation d'éveil. Dans notre confusion, existe un potentiel d'éveil, un potentiel de sagesse, que l'on appelle la nature de l'esprit ou nature de bouddha. Ces mots différents pointent une même réalité, mais le problème vient de ce que, lorsqu'on doit décrire cette réalité, les mots font défaut. En effet, cette réalité n'est pas du domaine de la dualité, n'est pas du domaine du concept, c'est une expérience qui se situe au-delà de notre expérience ordinaire et confuse.

On ne peut en avoir une complète compréhension en utilisant uniquement des concepts. Par contre, on peut en donner une explication pour avoir une idée de ce qu'elle est.
On peut dire, par exemple, que cette sagesse n'a pas de début. Elle ne commence pas à tel endroit ou à tel moment. De la même façon, elle ne finit pas quelque part ou à un moment donné. C'est pour cela que la nature de l'esprit ne peut être considérée comme un objet: elle pénètre toutes les choses, tous les êtres. L'esprit est cette ouverture fondamentale qui n'a ni centre ni périphérie; il est comparé à l'espace.
Ce n'est pas une espèce d'état mystique que l'on rencontrera à un moment ou à un autre. C'est l'état fondamental de toute chose. La nature de l'esprit est l'espace duquel tous les phénomènes s'élèvent. C'est ce que le Bouddha voulait dire par: "la forme est le vide et le vide est la forme". La sagesse, ou la vacuité ou l'esprit, n'est pas différente de la manifestation telle qu'elle prend place à l'extérieur ou à l'intérieur de nous. En d'autres termes, l'esprit, qui fondamentalement est compassion, n'est pas seulement un espace vide mais possède une qualité créative qui permet à une manifestation, à une expérience, de prendre place.

>>>


La science de l'esprit > Le chemin > La méditation > La méditation, un art de vivre. Lama Puntso

contacts