Science de l'esprit  

La méditation, un art de vivre #2

Lama Puntso

Le chemin spirituel consiste, à partir de notre état de confusion et d'ignorance, de notre état émotionnel d'insatisfaction, à aller vers la sagesse. Même si ce n'est pas un lieu, même si ce n'est pas un objet en tant que tel, un chemin est nécessaire. Il y a un début: notre état d'insatisfaction et de confusion; il y a un chemin, un processus de remise en question, de purification; il y a enfin un but: l’actualisation du potentiel d'éveil qui est présent en chacun de nous. La sagesse, la nature de l'esprit, est présente en tous les êtres, comme le beurre est présent dans le lait; cette sagesse est là, et c'est à nous de l'actualiser. Comme on baratte le lait, il faut purifier l'esprit.

Il y a méditation et méditation

Dans un premier temps, pour entamer ce chemin, il est nécessaire de prendre conscience de ce que nous sommes, ainsi que de nos limites. Notre expérience égocentrée est caractérisée par les émotions, la peur, l'espoir, l'attente, l'inquié­tude; c1est le matériau avec lequel nous travaillons, c'est le matériau de base que l'on utilise dans la méditation.
Première étape: reconnaître notre état de confusion, d'insatisfaction, et déve­lopper la certitude du potentiel d'éveil. La méditation consiste à joindre les deux. A partir de la confusion, on actualise l'éveil.

Mais, lorsque l'on parle de méditation, il y a différentes façons d'aborder les choses. !

Certains ont entendu dire que méditer, c'est d’arriver à un état sans pensées. Ils vont donc s'efforcer d'arrêter l'esprit et se dire: "A partir de maintenant, il ne faut plus penser, plus éprouver d'émotions, plus générer de mouvements dans l'esprit. Je vais alors reconnaître cette nature de l'esprit." Cela demande beaucoup d'énergie. On fera énormément d'efforts pour arrêter l’esprit et on arrivera peut-être à un état sans pensées, mais une fois que l'on y sera parvenu, il faudra encore mettre de l'énergie pour le préserver. Cependant l'esprit ne se laisse pas faire, car c'est quelque chose de vivant, de dynamique, qui s'élève d'instant en instant. Le bloquer demande tellement d'efforts qu'on aboutira à une tension physique et mentale, et que finalement on expérimentera quelque chose qui sera tout à fait à l'opposé de ce que devrait être la méditation: un moment de détente, d'ouverture, de présence aux choses. On sera perdu à cause d'une mauvaise idée de départ qui consiste à dire que méditer c'est avoir un esprit sans pensées. S'il en était ainsi, cette carafe d'eau, par exemple, serait un grand méditant car elle n'a effectivement pas de pensées. Mais entre une carafe d'eau et nous, il ya une différence, c'est l'esprit. Nous ne sommes pas des carafes d'eau, nous sommes des êtres vivants.

D'autres ont entendu parler de la méditation comme étant une série d'expériences à rencontrer. Ils méditent donc dans un état de grande recherche, espérant voir des couleurs, des formes, avoir des sensations etc. Effectivement, en méditant de la sorte, ils connaîtront des expériences, mais rien n'est permanent et lorsqu'une expérience prend place, elle disparaît tôt ou tard. Et dès l'instant où elle disparaît, l'insatisfaction et la frustration s'installent. On essaye alors de retrouver cette expérience; on commence à s'impatienter, à être dans un état de tension, d'attente, sans pouvoir trouver l'ouverture et la détente. Finalement, dans ce deuxième type de méditation, on ne fait que renouveler le processus de l'ego consistant à renforcer son existence, sa sécurité.

Il existe un troisième type de méditation, qui pourrait s'appeler la méditation du cocooning.

On se dit que méditer c'est être bien, et on se fait alors quelque chose de confortable, sans trop de perturbations. Dans ce type de pratique, dès l'instant où se présentent des émotions un peu plus fortes, le cocon est secoué, remis en question, et on est à nouveau insatisfait, on perd sa sécurité, sa petite méditation confortable, et on essaye de retrouver l'aise que l'on avait au début ; comme on ne la trouvera pas, cela va créer agitation et énervement et l'on aura encore perdu la détente.

Ce sont trois exemples de méditation erronée, parce que le but de la méditation est d'abord de se reconnaître tel que l'on est. Or ces méditations ne cherchent qu'à créer un nouveau nous-même, un nous-même sans pensées ou avec des expériences. On vient rajouter quelque chose à ce qui est déjà là, ce qui nous conduit vers plus de confusion et nourrit l'ego. On ne fait que renforcer les processus d'attachement, on solidifie ce qui existe déjà. De plus, on ne pourra pas mettre cela en pratique dans la vie quotidienne, les émotions et ce qui viendra de l'extérieur gêneront notre méditation.

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