Le
chemin spirituel consiste, à partir de notre état
de confusion et d'ignorance, de notre état émotionnel
d'insatisfaction, à aller vers la sagesse. Même
si ce n'est pas un lieu, même si ce n'est pas
un objet en tant que tel, un chemin est nécessaire.
Il y a un début: notre état d'insatisfaction
et de confusion; il y a un chemin, un processus de
remise en question, de purification; il y a enfin un
but: l’actualisation du potentiel d'éveil
qui est présent en chacun de nous. La sagesse,
la nature de l'esprit, est présente en tous
les êtres, comme le beurre est présent
dans le lait; cette sagesse est là, et c'est à nous
de l'actualiser. Comme on baratte le lait, il faut
purifier l'esprit.
Il
y a méditation et méditation
Dans
un premier temps, pour entamer ce chemin, il est nécessaire de prendre conscience de ce que nous
sommes, ainsi que de nos limites. Notre expérience égocentrée
est caractérisée par les émotions,
la peur, l'espoir, l'attente, l'inquiétude;
c1est le matériau avec lequel nous travaillons,
c'est le matériau de base que l'on utilise dans
la méditation.
Première étape: reconnaître notre état
de confusion, d'insatisfaction, et développer
la certitude du potentiel d'éveil. La méditation
consiste à joindre les deux. A partir de la confusion,
on actualise l'éveil.
Mais,
lorsque l'on parle de méditation, il y a
différentes façons d'aborder les choses.
!
Certains
ont entendu dire que méditer, c'est
d’arriver à un état
sans pensées. Ils vont donc s'efforcer d'arrêter
l'esprit et se dire: "A partir de maintenant,
il ne faut plus penser, plus éprouver d'émotions,
plus générer de mouvements dans l'esprit.
Je vais alors reconnaître cette nature de l'esprit." Cela
demande beaucoup d'énergie. On fera énormément
d'efforts pour arrêter l’esprit et on arrivera
peut-être à un état sans pensées,
mais une fois que l'on y sera parvenu, il faudra encore
mettre de l'énergie pour le préserver.
Cependant l'esprit ne se laisse pas faire, car c'est
quelque chose de vivant, de dynamique, qui s'élève
d'instant en instant. Le bloquer demande tellement
d'efforts qu'on aboutira à une tension physique
et mentale, et que finalement on expérimentera
quelque chose qui sera tout à fait à l'opposé de
ce que devrait être la méditation: un
moment de détente, d'ouverture, de présence
aux choses. On sera perdu à cause d'une mauvaise
idée
de départ qui consiste à dire que méditer
c'est avoir un esprit sans pensées. S'il en était
ainsi, cette carafe d'eau, par exemple, serait un grand
méditant car elle n'a effectivement pas de pensées.
Mais entre une carafe d'eau et nous, il ya une différence,
c'est l'esprit. Nous ne sommes pas des carafes d'eau,
nous sommes des êtres vivants.
D'autres
ont entendu parler de la méditation comme étant
une série d'expériences à rencontrer.
Ils méditent donc dans un état de grande
recherche, espérant voir des couleurs, des formes,
avoir des sensations etc. Effectivement, en méditant
de la sorte, ils connaîtront des expériences,
mais rien n'est permanent et lorsqu'une expérience
prend place, elle disparaît tôt ou tard.
Et dès l'instant où elle disparaît,
l'insatisfaction et la frustration s'installent. On essaye
alors de retrouver cette expérience; on commence à s'impatienter, à être
dans un état de tension, d'attente, sans pouvoir
trouver l'ouverture et la détente. Finalement,
dans ce deuxième type de méditation, on
ne fait que renouveler le processus de l'ego consistant à renforcer
son existence, sa sécurité.
Il
existe un troisième type de méditation,
qui pourrait s'appeler la méditation du cocooning.
On
se dit que méditer c'est être bien, et
on se fait alors quelque chose de confortable, sans trop
de perturbations. Dans ce type de pratique, dès
l'instant où se présentent des émotions
un peu plus fortes, le cocon est secoué, remis
en question, et on est à nouveau insatisfait,
on perd sa sécurité, sa petite méditation
confortable, et on essaye de retrouver l'aise que l'on
avait au début ; comme on ne la trouvera pas,
cela va créer agitation et énervement et
l'on aura encore perdu la détente.
Ce
sont trois exemples de méditation erronée,
parce que le but de la méditation est d'abord
de se reconnaître tel que l'on est. Or ces méditations
ne cherchent qu'à créer un nouveau nous-même,
un nous-même sans pensées ou avec des expériences.
On vient rajouter quelque chose à ce qui est déjà là,
ce qui nous conduit vers plus de confusion et nourrit
l'ego. On ne fait que renforcer les processus d'attachement,
on solidifie ce qui existe déjà. De plus,
on ne pourra pas mettre cela en pratique dans la vie
quotidienne, les émotions et ce qui viendra de
l'extérieur gêneront notre méditation.
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