Science de l'esprit  

Lama Guendune RinpocheLes bases de la pratique #1
Guendune Rinpoché

Cet enseignement a été donné par Guendune Rinpoché à Kundreul Ling, début juin 1993. Rinpoché enseigne ici les bases de la pratique des préliminaires et de la méditation de chiné; il s'agit d'une approche précise et directe.

Lorsque l'on approche la pratique du dharma, la réflexion ou l'étude, il faut tout d'abord développer un esprit de renonciation. Cela se fait en comprenant la nature défectueuse du cycle des existences, en comprenant que la caractéristique essentielle du cycle des existences est la souffrance. Le fait de penser trouver un bonheur durable et permanent dans ce cycle des existences est une illusion, une trace d'ignorance. Lorsque l'on comprend profondément la nature de souffrance du monde, lorsque l'on voit la souffrance de tous les êtres, le peu de bonheur qu'ils peuvent expérimenter et le fait que même ce bonheur n'est pas durable, on développe un esprit de renonciation à l'égard du samsara et la pratique, l'étude et la réflexion du dharma deviennent très faciles.

Le Bouddha a atteint l'éveil, parce que justement il a compris que le cycle des existences est caractérisé par la souffrance et qu'il n'y a dedans aucun espoir de bonheur durable. C'est en se détournant de cette illusion et en se tournant vers la direction juste, vers la source du bonheur permanent, qu'il a finalement progressé vers l'éveil, alors que les êtres ordinaires sont encore sous le coup de l'ignorance, pensent trouver le bonheur quelque part dans le cycle des existences et donc dépensent beaucoup d'énergie à la recherche de quelque chose qui ne peut pas être trouvé dans le cycle des existences. C'est pour cela qu'ils continuent à errer.

Dans cet océan de souffrance, la seule source de refuge, la seule protection complète se trouve auprès des Trois Joyaux et du lama, celui-ci étant en quelque sorte la personnification des Trois Joyaux. C'est donc au travers de notre confiance, de notre ouverture et de notre aspiration à l'égard des Trois Joyaux et par la réception de la bénédiction correspondante que l'on peut trouver une source de protection contre les souffrances du cycle des existences.

Ces Trois Joyaux sont interdépendants. Ils sont liés les uns aux autres. Le refuge ultime, qui ne trompe pas, est le Bouddha ou l'état de bouddha. Le moyen infaillible qui nous conduit à cette réalisation est l'ensemble des enseignements du Bouddha : le dharma. Et les compagnons sur la voie, les guides sincères, justes et qui ne trompent pas, c'est la noble sangha. Ces trois aspects sont à la fois le but, le moyen et la voie qui nous conduisent à l'éveil, et si l'on sait s'appuyer sur eux, se fondant sur l'un puis sur l'autre, on arrive progressivement à l'état de bouddha et à la libération.

A la suite de cette prise de conscience, de cet engagement que l'on prend auprès des Trois Joyaux dans la direction de l'éveil, il convient de développer l'esprit de l'éveil sous ses deux formes : tout d'abord l'aspiration, ou la phase de développement à travers les souhaits, suivie par l'application de cette aspiration première. Quelle est la nécessité de développer l'esprit de l'éveil ? Si l'on comprend qu'il faut se libérer soi-même de la souffrance, on comprend aussi très rapidement que cette libération seule n'est pas suffisante, que beaucoup d'êtres souffrent énormément et que rechercher une libération personnelle est trop limité, et il faut donc élargir cette motivation. Dans un premier temps, on comprend la nécessité de se libérer soi-même de la souffrance, parce qu'il faut être libre pour pouvoir aider les autres. Mais, très rapidement, on comprend que cette libération n'a de sens que si elle conduit à la libération de tous les êtres. C'est pour cela qu'il faut suivre cette progression : après le refuge, après la prise de conscience de la souffrance du samsara, on développe l'aspiration à l'éveil et l'intention ultérieure de libérer tous les êtres. Ces trois phases doivent se suivre.

La prise de conscience de notre propre souffrance, puis, progressivement, de la souffrance de tous les êtres nous conduit à développer cette aspiration profonde. Il y a la joie dans un premier temps d'avoir trouvé un système qui permet de se libérer et de transcender le cycle des existences, et très rapidement naît aussi l'aspiration à aider tous les êtres à en faire de même, car nous comprenons que tous les êtres ont été à un moment ou un autre soit notre mère, soit notre père et que nous leurs sommes redevables de beaucoup de choses. Nous générons cette aspiration profonde en nous souvenant de la bonté des êtres, de la bonté de nos parents et, progressivement, souhaitons de plus en plus ardemment pouvoir les aider à s'établir dans la libération.

Une fois que cette motivation est née en nous, s'élève alors le sentiment de la mise en application de cette motivation. C'est un sentiment d'offrande, de don, de générosité. On se dit : "J'ai compris que je veux atteindre une certaine libération, que je souhaite pouvoir établir tous les êtres dans cette libération; je vais donc m'en remettre totalement au lama et aux Trois Joyaux, et je vais offrir complètement mon activité de corps, de parole et d'esprit. Je vais la mettre à la disposition des Trois Joyaux qui pourront l'utiliser au mieux pour le bienfait de tous les êtres." Cette offrande que l'on fait profondément nous aide à passer au travers de toutes les difficultés sur la voie. Si l'on rencontre des obstacles, des souffrances morales ou physiques, on se rappelle alors que l'on n'est plus propriétaire du corps, de la parole et de l'esprit. On les a offerts, on n'a donc plus tellement à se préoccuper de savoir si la voie est difficile et si les efforts que l'on nous demande sont plus grands que ce que l'on veut donner. On n'a plus rien à essayer de garder pour soi, puisque c'est un don total que l'on a fait au début, lors de l'engagement initial. A ce moment-là, toutes les difficultés sont perçues non plus comme des obstacles, mais au contraire comme des raisons supplémentaires de développer encore plus d'énergie, encore plus de confiance, encore plus de dévouement à l'endroit de tous les êtres.

Si des maladies apparaissent pendant notre chemin spirituel, on se dit que, finalement, c'est très bien. Elles sont la résurgence de tous les karmas antérieurs qui apparaissent avec la bénédiction des Trois Joyaux et nous permettent en cet instant de tout purifier, de nous libérer de toutes ces dettes karmiques, et en même temps de prendre la souffrance dé tous les êtres. "Si je dois être malade, que Je sois malade, cela fait partie du chemin." Même chose si nous devons finalement mourir dans cette quête spirituelle : c'est bien, puisqu'au travers de cela, tous les karmas négatifs et toute la difficulté qui en provient seront totalement purifiés. Et si nous devons être en bonne santé, avoir la force et la motivation nécessaires, c'est bien aussi, et plutôt que de nous enorgueillir de cela, nous développons un sentiment de gratitude car, finalement, qu'est-ce qui nous porte dans cette histoire ? C'est la bénédiction des Trois Joyaux. Qu'est-ce qui nous motive ? C'est ce don de notre corps, de notre parole et de notre esprit que nous avons fait au début.

D'un côté, on n'est pas abattu par les difficultés, de l'autre côté on ne risque pas de tomber dans le piège de l'orgueil lorsque les conditions agréables sont présentes.

Si l'on développe cette façon de voir les choses, toutes les difficultés apparaissent comme des bénédictions et l'esprit n'est plus dépressif, mais au contraire joyeux, léger, ouvert. Dans cette ouverture d'esprit, cette confiance, cette joie, toutes les difficultés physiques ou morales qui apparaissent sont complètement transcendées et les voiles qui étaient à l'origine de cela sont complètement purifiés. On passe ainsi au travers des difficultés et ces difficultés ne sont plus perçues comme des souffrances, mais comme le travail spirituel lui-même qui génère de la joie, cette joie permettant de purifier complètement le karma et les voiles qui étaient à l'origine de ces souffrances. A l'inverse, l'esprit d'orgueil qui essaie de tout amener à soi est complètement éliminé. Lorsque les choses vont bien, on pourrait espérer participer à une œuvre dans laquelle on serait reconnu parce que l'on a fait quelque chose de magnifique, d'exceptionnel et l'ego pourrait récupérer une partie de ce travail en se disant ; "C'est moi qui ait fait cela, je suis quelqu'un de grand". On développerait alors beaucoup d'orgueil qui amènerait encore une rigidité de l'esprit et l 'espoir qui, s'il n'était pas satisfait, amènerait la frustration et la dépression quand il y aurait des difficultés, des obstacles, etc. Le cortège des difficultés vient du fait que l'on essaie de ramener à soi-même une partie de l'activité en oubliant qu'on a dédié complètement cette activité au bienfait de tous les êtres et qu'on n'a aucun intérêt personnel, égoïste, dans cela. Dans cet état d'esprit, tout ce que l'on fait est naturellement dans la direction de l'éveil, tout ce que l'on fait est une pratique spirituelle, tout ce que l'on fait est le chemin du bodhisattva puisque l'on n'a aucun intérêt personnel ; telle est la marque même de l'activité d'un bodhisattva. On n'est pas déprimé par les obstacles ou les difficultés, on arrive à passer au delà et à trouver dans ces difficultés une source de confiance et d'inspiration supplémentaire. Toutes les activités, qu'elles soient d'ordre spirituel ou non, sont effectivement la voie spirituelle qui mène vers l'éveil. Progressivement, en développant cet abandon, cette offrande aux autres ainsi que le dévouement aux Trois Joyaux, et en sachant aller au delà des difficultés et des obstacles, tout naturellement on s'ouvre à la bénédiction, tout naturellement la transformation se fait jour et progressivement, sans difficulté, on arrive à l'éveil. On entreprend le chemin spirituel au travers d'une pratique.

Généralement on commence par le début, et le début, c'est ce que l'on appelle les pratiques préliminaires ou les fondations extraordinaires. Il est important de développer la motivation comme il vient d'être expliqué. Une fois que cette motivation est établie, on la met en application au travers de la pratique; dans le cas présent ce sont les prosternations, la prise de refuge et le développement de l'esprit de l'éveil.

On considère, en face de soi, les Trois Joyaux, c'est-à-dire les sources de refuge principalement représentées par Dordjé Tchang qui est le lama lui-même. Dans l'arbre du refuge, la visualisation de Dordjé Tchang est la figure centrale. Il faut vraiment être conscient que Dordjé Tchang est notre lama, qu'il est l'esprit même du lama. On visualise Dordjé Tchang simplement pour éviter de polluer par nos concepts ordinaires cette manifestation de l'esprit éveillé, ce qui risquerait de se produire si l'on visualisait la forme ordinaire, humaine de notre Maître. Pour garder la vision pure, la vision de sagesse, on visualise donc Dordjé Tchang sous l'apparition symbolique, parfaite de la divinité en comprenant malgré tout que c'est l'esprit même de notre Maître. Voilà pour le champ du refuge.

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