Les
bases de la pratique #2
Guendune Rinpoché
Quant
à nous-mêmes, nous ne sommes pas seuls
dans cet acte de pratique, nous sommes entourés
de tous les êtres. A notre droite est notre
père, à notre gauche est notre mère,
qui symbolisent les êtres qui nous ont aidés
dans cette vie et, plus loin que cela, tous les êtres
qui nous ont assisté dans d'innombrables existences
sont également autour de nous dans cette pratique.
Entre nous et l'arbre du refuge, nous plaçons
les ennemis, tous ceux qui nous créent des
difficultés, tous ceux qui sont des obstacles
à notre pratique, qui manifestent de l'aversion
à notre égard, etc. Ils sont particulièrement
importants parce que ce sont les êtres qui vont
nous aider à développer les qualités
de patience et de compassion, etc. Pour éviter
de les oublier - comme ils sont désagréables,
on a plutôt la tendance à vouloir les
mettre derrière soi pour ne pas y penser -
on les met bien devant, comme cela on est sûr
de les voir et on est sûr de penser à
eux.
On est
en quelque sorte le maître de chant, le maître
de cérémonie, Oumzé, qui va diriger
cette pratique ; les prosternations que l'on fait
donnent le signal et tous les êtres en même
temps font ces prosternations. Il s'élève
de cette assemblée le bourdonnement de toutes
les voix qui récitent la formule de refuge
et de tous les êtres qui font les prosternations.
Cette visualisation qui élargit complètement
le champ, ne le restreignant pas à notre personne,
donne une force supplémentaire et surtout une
grande inspiration à notre pratique parce qu'on
est porté par la masse de tous les êtres
qui avec nous récitent cette prière
de refuge, qui avec nous font ces prosternations.
Avec cette énergie, on a davantage de confiance
et de dévotion envers les Trois Joyaux; porté
par cette foule, finalement on accomplit avec beaucoup
de rapidité et d'enthousiasme cette pratique
que sont les prosternations.
Il ne
faut pas considérer que l'on fait ces prosternations
parce que le Bouddha aime bien qu'on s'allonge devant
lui. Cette idée est une vision complètement
erronée de la pratique. En fait, à travers
les prosternations, on reconnaît qu'il y a quelque
chose de plus important que soi-même et on purifie
ainsi l'orgueil que l'on a développé
au cours d'innombrables existences, en pensant que
l'on avait toujours raison, que l'on était
le meilleur, le centre du monde, etc. L'orgueil, qui
était à la base de toutes les actions
et de tous les karmas et, par conséquent, de
beaucoup de difficultés et de souffrances,
a été accumulé au cours d'innombrables
existences. Au travers de ces prosternations, on s'abandonne
à quelque chose que l'on reconnaît être
supérieur à l'attachement égoïste
et à l'orgueil et, au travers de cet abandon
et de ce témoignage de dévotion, on
purifie tout ce qui a été accumulé
par orgueil, particulièrement par l'intermédiaire
du corps.
Cette
pratique des prosternations doit donc être accomplie
dans un état de confiance, de joie et de volonté
de pratiquer au service des autres. Le fait de se
prosterner est accompagné de cette dévotion
et de cette bénédiction que l'on reçoit.
Lorsque nous portons les mains jointes au niveau du
front, nous considérons que, depuis les sources
du refuge, la bénédiction de leur corps
éveillé vient pénétrer
notre corps et purifier tous les voiles accumulés
à travers lui. Lorsque nous portons les mains
jointes au niveau de la gorge, nous pensons que, de
la source de refuge, la bénédiction
de la parole éveillée vient purifier
tous les voiles accumulés au travers de notre
parole et lorsque nous portons les mains jointes au
niveau du cœur, nous témoignons à la
fois notre respect à travers l'esprit et recevons
la bénédiction de l'esprit éveillé
des sources de refuge, ce qui purifie tous les voiles
et conceptions erronées que nous pouvons avoir
dans notre esprit.
On est
alors dans un flot de dévotion et de confiance
qui est aussi un flot de certitude : on est certain
des qualités des Trois Joyaux, on est certain
de leur capacité à nous bénir
et à purifier tous les voiles. C'est dans cette
rencontre de notre confiance de corps, parole, esprit
et de la qualité de transformation du corps,
parole, esprit éveillé des sources de
refuge que la bénédiction prend place
et que la purification est effective. Si l'on n'est
pas dans cette certitude et cette ouverture, les prosternations
ne sont qu'un amusement enfantin, un jeu.
Lorsque
les cinq points de notre corps touchent le sol les
deux genoux, les deux mains et le front - il faut
considérer que, par ce contact, les cinq émotions
perturbatrices, les cinq poisons de l'esprit quittent
complètement notre corps, parole, esprit et
sont évacués dans la terre. Cette purification
est totale et complète. Ce double mouvement
- évacuer les poisons de l'esprit et recevoir,
à travers la confiance et l'ouverture, la bénédiction
des Trois Joyaux - accomplit la transformation des
poisons en les cinq sagesses et donc de l'ignorance
en sagesse.
Tous
les êtres autour de nous font ces prosternations,
il y a un grand mouvement qui prend place. Nous ne
devons pas nous limiter à notre existence et
cristalliser : "Moi, je fais des prosternations".
Même si l'on est entouré de tous les
êtres, il faut élargir cela. Si l'on
peut visualiser qu'il y a cent mille fois nous-mêmes
qui font des prosternations, l'intensité de
l'acte est multiplié par autant. Si cent mille
nous-mêmes font une prosternation, l'impact
de cette prosternation unique est multiplié
par cent mille. Si l'on peut envisager un million
de formes de nous-mêmes faisant les prosternations,
l'acte est également multiplié par un
million.
Bien
sûr, lorsque l'on fait ces pratiques, il y a
toujours des petits inconforts physiques qui se développent
: mal au genoux, mal aux coudes, mal dans les côtes,
mal dans le dos, mal partout... Il ne faut surtout
pas se cristalliser sur ces douleurs en tant qu'atteintes
à notre personnalité, en disant : "Je
souffre ! Comme je suis malheureux !", parce que l'on
va finir complètement bloqué, sans plus
pouvoir rien faire, et finalement ces douleurs seront
vraiment des obstacles puisqu'elles vont vraiment
interrompre notre pratique. Il faut plutôt voir
que, finalement, ces symptômes extérieurs
sont le signe que la pratique fonctionne. Ces pratiques
de purification permettent que, à travers le
corps, la parole et l'esprit, toutes sortes d'inconforts
apparaissent et
que nous purifions nos voiles, nos difficultés,
tout en étant vraiment dans le cœur de la pratique
: nous travaillons pour les êtres et pouvons
prendre aussi avec nous leurs souffrances et les en
libérer. A ce moment-là, se développe
en nous un sentiment de confiance : puisque la pratique
fonctionne, il y a une purification qui prend place
; on développe même un sentiment de gratitude
à l'égard des Trois Joyaux qui nous
permettent de purifier, au travers d'inconforts somme
toute relatifs, des conditions qui auraient pu apporter
des souffrances beaucoup plus grandes si elles étaient
arrivées à maturité. Au travers
de ces quelques difficultés, on purifie énormément
de choses et on accomplit effectivement le travail
de bodhisattva auquel on s'était initialement
engagé. Finalement, cela développe en
notre esprit un sentiment de joie et de confiance
et nous donne davantage d'énergie pour continuer
et passer au travers de ces quelques difficultés.
A la
fin, en conclusion de cette session de prosternations,
devant les sources de refuge, on prend formellement
le vœu de bodhisattva, c'est-à-dire que l'on
s'engage, depuis cet instant jusqu'au cœur de l'éveil,
à pratiquer et à développer l'esprit
d'éveil dans ses deux phases, la phase d'aspiration
et la phase de mise en application, pour le bienfait
de tous les êtres. "A l'instar des bouddhas
et des bodhisattvas du passé, je m'engage à
développer une attitude de corps, parole, esprit
qui travaille dans la direction de l'éveil
afin de pouvoir établir tous les êtres
dans l'état de bouddha au travers de l'aspiration
et de la mise en application." Il faut considérer
que les bouddhas, particulièrement Dordjé
Tchang, et toutes les sources de refuge prennent réellement
note de cet engagement profond que l'on prend à
développer l’esprit d'éveil, à
ne jamais le laisser décroître mais à
constamment l'entretenir, à aider ceux qui
n'ont pas développé cet esprit à
le développer, à aider ceux qui ont
développé l'attitude qui veut aller
vers la libération mais qui n'ont pas développé
l'attitude qui consiste à souhaiter également
la libération de tous les êtres. On développe
la très forte confiance que cet engagement
a été reçu, que, ce vœu a été
entendu.
Depuis
cet instant, on prend l'engagement solennel de développer
l'esprit d'éveil et de l’accroître sans
cesse, de devenir comme l'enfant des bouddhas, de
donner son plein sens à l'existence humaine
et de ne jamais se laisser aller au découragement
ni laisser dégénérer cet esprit
d'éveil qu'on a développé.
Parfois,
quand on est débutant, on a un peu de réticence
à prendre un engagement qui semble trop lourd
pour ce que l'on peut faire. Il ne faut pas avoir
peur. Iï faut prendre l'engagement, le prendre
très profondément et se dire : "Je souhaite
vraiment libérer tous les êtres et je
m'engage à travailler dans cette direction".
Ensuite, progressivement, il faudra l'appliquer, mais
il faut vraiment prendre cet engagement sans la moindre
crainte.
On conclut
par les quatre pensées illimitées qui
sont des souhaits pour partager et dédier toutes
les racines de vertu que l'on a plantées au
travers de cette pratique. Toute l'énergie
positive va, à terme, amener des conditions
favorables pour l'éveil, que l'on dédie
au bienfait de tous les êtres à travers
ces quatre pensées dans lesquelles on souhaite
qu'ils obtiennent le bonheur et les causes du bonheur,
qu'ils soient libérés de la souffrance
et des causes de la souffrance, qu'ils puissent éviter
les actions négatives qui créent le
karma qui, à son tour, crée la souffrance,
qu'ils expérimentent un état de joie
profonde comportant à la fois le bonheur et
l'absence complète de souffrance. On développe
surtout une grande équanimité, sans
partialité pour ceux que l'on aime, ni rejet
pour ceux que l'on n'aime pas, ni indifférence
pour tous les autres. On développe ces trois
qualités d'amour, de compassion et de joie
à l'intention de tous les êtres, sans
discrimination et sans partialité. En effet,
si une forme d'attachement est présente, on
ne peut pas être intègre ni avoir une
compassion authentique puisqu'elle est limitée
simplement à ceux qui nous sont chers. On dédie
sous forme de souhaits toute l'activité positive,
on l'offre pour le bonheur de tous les êtres
et leur libération de la souffrance.
Enfin,
vient la dissolution : tous les aspects du refuge
se regroupent progressivement dans la figure centrale
qui est notre Maître sous la forme de Dordjé
Tchang, et celui-ci, au travers de ce que l'on expérimente
comme une intolérable compassion, une extrême
bénédiction, se fond peu à peu
en lumière et vient s'unir à notre esprit.
De cette façon, notre esprit et celui du lama
sont totalement indissociables comme de l'eau versée
dans de l'eau. C'est une complète fusion. Dans
cet état de grande détente, on demeure
simplement, méditant sur l'indissociabilité
de notre esprit et de l'esprit du Lama.
>>>