LES
CLEFS DE L’ESPRIT
Enseignement
sur la pacification mentale, tiré de l'ouvrage
« Gnédeun Gyatso », « l'Océan
du Sens Ultime » du neuvième Karmapa
Wangtchouk Dordjé avec un commentaire oral de
Lama Guendune Rinpoché.
Ce texte reprend, en les développant et les élargissant,
les instructions-clefs relatives à l'attitude
mentale correcte dans la méditation du calme
de l'esprit (shiné). C'est donc un complément à l'enseignement
paru dans Tendrel numéro quatre, approfondissant
la compréhension de la manière juste
de méditer. L'enseignement proposé ici
reproduit en partie la forme originale du texte du
neuvième Karmapa où alternent explications
et citations. L'ensemble présente quelquefois
un caractère répétitif que nous
avons volontairement conservé.
Pour
parvenir à une méditation juste, il est
essentiel d'obtenir une base solide de sa perspective.
C'est pourquoi il est nécessaire d'écouter,
de réfléchir encore et encore ; la répétition
des notions fondamentales accoutume le méditant,
avec leur exposition, jusqu'à ce qu'elles deviennent
acquises par l'entraînement de l'esprit.
Au
moment de méditer, les sources de déviations
et d'égarements sont multiples et le méditant
est souvent désorienté. Le rappel et
l'intégration de paroles familières
sont alors une aide précieuse. Le texte est émaillé d'instructions
orales de Lama Guendune Rinpoché qui en précisent
la portée et le rendent accessible. Chacun
peut y reconnaître ses propres expériences
et incertitudes et trouver réponseà ses
interrogations.
D'autres articles viendront compléter ultérieurement
divers aspects de la méditation.
Dans sa simplicité même, l'attitude mentale
correcte est difficile à cerner. Puisse ceci
aider à l'acquérir. Dans la stabilisation
de l'esprit, si le méditant pratique de manière
trop rigide, en désirant une « stabilité stable » (1),
ceci crée une situation d'activité mentale.
A
l'orée de la session de méditation,
la seule idée à émettre est
: « Je me mets en méditation » ,
sans plus produire aucune autre considération
pendant la pratique, telle que « être
libre de conceptions quant au désir de méditer
est la phase préliminaire de la méditation ».
On demeure dans l'état de décontraction,
hété... ébahi, tchété...
ouvert, sans saisie.
Lorsque cet entraînement s'affermit par la répétition
de la pratique, on devient progressivement capable
de demeurer sans distraction, dans l'état de
clarté-vacuité, sans saisie, même
au cours des quatre types d'activité (2),
sans faire de cet état quelque chose d'« existant ».
On doit être capable de garder cette attention
sans dispersion aussi longtemps que possible, tout
d'abord le temps d'avaler une bouchée de nourriture
ou de boire une gorgée de thé ou de réciter
un « mani » ou encore de se lever
et de faire trois pas. Puis, étant accoutumé,
on s'applique à rester dans la dimension de
clarté-vacuité, sans fixation. On demeure
ainsi en toutes circonstances, bonnes ou désagréables,
seul ou en société, sans jamais être
distrait.
Ceci est illustré par une parole de Gampopa
: « ne pas retracer le passé, ne
pas aller au devant du futur, mais demeurer dans le
dépouillement fondamental de la conscience du
présent, telle qu'en elle-même ».
Que signifie : « ne pas retracer le passé ? » C'est
ne pas se laisser aller à suivre les pensées
qui évoquent des situations antérieures,
ne pas attacher d'importance à ces pensées.
Que veut dire : « ne pas aller au devant
du futur ? » C'est ne pas autoriser son
esprit à anticiper sur de futures activités,
ne pas se dire : « Dans l'avenir, je ferai
ceci ou cela, accomplirai telle chose plutôt
que telle autre. »
Le
sens de « demeurer dans le dépouillement
fondamental de la conscience du présent, telle
qu'en elle-même » , c'est demeurer
naturel et détendu dans le moment présent
sans le fixer, ni faire référenceà quelque
chose. C'est rester dans la vivacité propre
de l'état non-artificiel : « si
l'esprit n 'est pas façonné, il est
clair, si l'eau n 'est pas trouble, elle est limpide ».
En demeurant ainsi, sans artifice, apparaît une clarté sans
concept, pure, inaltérée, qui dure l'espace
d'un claquement de doigts, puis s'étend progressivement
le temps de « traire une vache » (3).
On s'y exerce, sans voir la prolongation de cet état
comme une qualité ou sa brièveté comme
un défaut, mais en méditant libre d'attente
et d'appréhension.
Puis lorsque dans l'expérience de non-conceptualité une
pensée apparaît, on se pose dessus d'une
façon très détendue. « L'esprit
est lié par l'occupation (mentale), si on le
détend, il se libère ; cela ne fait pas
de doute » ; c'est ce qu'on appelle relâchement
ou lâcher prise.
>>>
NOTES
1
- Stabilité mentale : le méditant a
tendance à fixer une idée de la stabilitéd
ans son esprit, et tente de conduire sa méditation
pour parvenir à cet état supposé.
Ce concept de stabilité, souvent lié à la
recherche d'un espritsans pensées, est un
obstacle à la véritable compréhension
de la stabilité mentale.
retour au texte
2
- Quatre types d'activités : en fait, terme
qui induit toutes les activitésà travers
les quatre attitudes du corps : assis, debout, en
mouvement, couché.
retour au texte
3
- Image traditionnelle : dix, quinze minutes.
retour au texte