Science de l'esprit  

Deouatchène

Shamar Rinpoché

Dans cet enseignement donné à Dhagpo Kagyu Ling en juillet 1992, Shamar Rinpoché explique précisément comment reprendre naissance dans la terre pure de Déouatchène, le "Royaume de Grande félicité".


Shamar RinpocheSi l'on observe les êtres et les différents royaumes dans lesquels ils prennent naissance, on se rend compte que ces royaumes sont variés. Certains sont d'ordre impur et les êtres qui s'y manifestent expérimentent la souffrance. D'autres royaumes sont mixtes ; les êtres y expérimentent à la fois la souffrance et des situations agréables. Il y a enfin les royaumes de félicité dans lesquels les êtres goûtent uniquement le bonheur.
La renaissance dans tel ou tel royaume est fonction du karma de chaque être. Le karma induit la manifestation du royaume : les actions du passé sont la cause de sa manifestation, comme elles sont la cause de la renaissance des êtres dans ces royaumes dont la plupart sont par nature non durables. Certains royaumes peuvent être qualifiés de "bons", d'autres de "mauvais", suivant qu'ils apportent le bonheur ou la. souffrance. Quoiqu'il en soit, ils sont le fruit du karma et sont donc de nature illusoire du point de vue du mahayana.

Selon l'approche bouddhiste du théravada (petit véhicule), on distingue deux choses : les êtres d'un monde et le monde lui-même.Le point de vue théravada considère que le monde est fait d'atomes existants, mais que la renaissance des êtres à l'intérieur du monde n'est due qu'à leur karma.
Mahayana ou théravada sont deux approches issues des paroles du Bouddha. Celui-ci a enseigné différents points de vue en fonction des multiples qualités des personnes qui recevaient ses enseignements. Il n'y a pas d'opposition ni de contradiction entre les deux points de vue du théravada et du mahayana. Le théravada enseigne quelque chose qui est vrai jusqu'à un certain point; cela ne va pas à rencontre de la réalité, mais à un niveau plus profond, celui de la nature réelle des choses, les enseignements du mahayana deviennent également valables. Plutôt que contradictoires, ces deux explications sont complémentaires selon le niveau auquel elles s'adressent.
Par exemple, la terre est constituée d'atomes. Tous les royaumes, bons ou mauvais, sont constitués de terre et donc d'atomes. Les êtres apparaissant dans ces royaumes s'y manifestent en fonction de leur karma. Ce point de vue est commun au théravada et au mahayana.

Le théravada s'arrête à ce stade. Le mahayana va plus loin et dit : ces mondes dans lesquels apparaissent les êtres en fonction de leur karma ne sont pas véritablement constitués d'atomes. Ceux-ci n'existent pas réellement et appartiennent au domaine de l'illusion.

Avec ce point de vue du mahayana, on franchit une nouvelle étape consistant à dire que les éléments constitutifs de la matière ou du monde sont du domaine du karma; ce ne sont pas des entités réellement existantes. Pour démontrer cela, le mahayana a développé une métaphysique et une multitude de raisonnements logiques afin d'amener à la compréhension que les atomes n'existent pas réellement et qu'on ne peut pas trouver une entité existant véritablement. On considère alors,, selon le mahayana, que la terre, le royaume que l'on habite, provient du karma : cette terre est simplement l'expression de l'illusion dans laquelle nous nous trouvons. Cette illusion peut être partagée : malgré la grande variété de karmas - chacun ayant un karma spécifique - des traits communs peuvent être trouvés dans ces karmas. Ce sont ces traits communs qui font que l'on se retrouve à expérimenter avec les personnes autour de soi le même type de royaume, la même illusion. Les êtres sont innombrables et pourtant il existe des choses collectives, des types d'expériences partagées qui viennent de ces traits communs du karma. Bien sûr, à l'intérieur de ces manifestations collectives, chaque individu expérimente des choses particulières ; le karma individuel est d'une très grande variété.
L'approche du mahayana considère à la fois les êtres et le monde qui les accueille, le réceptacle, comme étant la production de l'illusion dans laquelle ils se trouvent. A partir de là, on comprend la véritable nature des phénomènes. Telle est la voie du mahayana.

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