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LE
DOIGT QUI MONTRE LE DHARMAKAYA
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Jamgun
Kongtrul Rinpoché
Conformément
aux prédictions du second Jamgun Kontrul Rinpoché,
la troisième incarnation des Kontrul Rinpoché
est née en 1954 dans le Tibet central et a été
reconnue par le seizième Karmapa à l'âge
de trois ans. Le secrétaire du précèdent
Kontrul Rinpoché demanda au Karmapa la permission d'emmener
le jeune Rinpoché au monastère de Palpoung, dans
le Tibet oriental, qui était le siège de la lignée
des Jamgun Kontrul. Mais le Karmapa savait déjà
que la Chine menaçait d'envahir le Tibet et ordonna que
Jamgun Kontrul Rinpoché soit emmené à
Kalimpong, en Inde, avec ses parents. Peu après, la situation
empira au Tibet et le Gyalwa Karmapa quitta à son tour
le Tibet, pour s'installer dans son monastère de Rumtek
au Sikkim, Quelques mois plus tard, le jeune Rinpoché
fut amené par sa famille. Le Karmapa procéda à
la cérémonie de la chevelure et lui donna le nom
de Karma Lodreu Tcheukyi Sengué. La même année,
à l'occasion propice du Lha-bad Duchen, le Karmapa intronisa
officiellement le jeune Rinpoché. Peu après, Jamgun
Kontrul Rinpoché commença son apprentissage de
la philosophie et de la pratique de l'enseignement bouddhiste.
Et comme un père léguant tout à son fils,
le Gyalwa Karmapa transmit les enseignements complets de la
lignée Karma Kagyu à Rinpoché. Celui-ci
reçut par la suite les enseignements d'autres grands
maîtres, dont les initiations de Kalachakra du Vénérable
Kalou Rinpoché. A partir de l'âge de vingt ans,
Kontrul Rinpoché voyagea beaucoup en Amérique
du nord -et du sud, en Europe, en Australie et en Asie, en vue
de préserver et transmettre l'enseignement bouddhiste.
Jamgoeun Kontrul Rinpoché est venu plusieurs fois à
Dhagpo Kagyu Ling. La première fois, il assistait le
Gyalwa Karmapa en juillet 1974, en qualité d'intendant
de Sa Sainteté. Lors de son séjour durant l'été
1990, Rinpoché donna l'enseignement qui suit : "Le
doigt qui montre le Dharmakaya", directement traduit du
tibétain en français, suivi d'un enseignement
sur "L'appel au Lama de loin".
Avant de recevoir ou d'écouter les enseignements, il
convient de développer la motivation pure, la bodhicitia,
c'est-à-dire le désir de recevoir ces enseignements
non dans un but égoïste mais afin d'être à
même d'aider tous les êtres sans aucune exception.
Encore faut-il pour cela éviter trois erreurs ou attitudes
fausses qui invalideraient les enseignements auxquels on pourrait
assister.
La première est d'être semblable à un bol
retourné. On peut verser autant d'eau que l'on veut sur
un bol retourné, il n'en pénètre pas une
goutte à l'intérieur, Cela correspond à
l'attitude d'une personne physiquement présente aux enseignements,
mais dont l'esprit est ailleurs, distrait par d'autres pensées.
Evidemment les enseignements: ne peuvent pas être profitables
dans ce cas.
La deuxième erreur consiste à se rendre semblable
à un bol fêlé. On peut verser de l'eau dans
un bol fêlé, mais au bout d'un certain temps l'eau
s'écoule par la fêlure, et en définitive
il ne reste plus rien dans le bol. De même, celui qui
écoute et comprend, sans pour autant réfléchir
encore et encore sur le sens des enseignements qui ont été
donnés, les oublie petit à petit. Dans ce cas,
l'enseignement ne sert à rien, car il n'est pas donné
pour être oublié juste après ! Le but des
enseignements est de provoquer des transformations en nous-mêmes
et pour que celles-ci soient effectives, ils doivent demeurer
en notre esprit.
La troisième attitude consiste à se rendre semblable
à un bol souillé. On est présent, on essaye
réellement de comprendre le sens de l'enseignement, mais
en même temps on oublie de développer une motivation
parfaitement pure. Et notre écoute se trouve contaminée
par des émotions conflictuelles - orgueil, jalousie,
duplicité... qui distordent notre compréhension
de l'enseignement. Cela revient à verser une nourriture
parfaitement saine dans un bol souillé de poison ; et
lors qu'on mange cette nourriture, pourtant parfaitement saine
au départ, on tombe malade. De même, les enseignements
qui ne sont pas écoutés avec une motiation claire
et pure non seulement ne servent à rien, mais, déformés,
peuvent induire une mauvaise compréhension et devenir
nuisibles. Avant de recevoir les enseignements, il faut bien
examiner si l'on engendre la véritable disposition d'esprit
nécessaire : celle de l'esprit d'éveil.
De façon à permettre à un maximum d'êtres
de se libérer de la souffrance, le Bouddha a donné
des enseignements extrêmement vastes et variés
dans leur présentation et leur nature. II a donné
ce qu'on appelle les trois cycles de la transmission du dharma.
Certains de ces enseignements sont tournés vers un niveau
de compréhension et d'explication général
ou indirect, d'autres concernent plus précisément
la nature ultime des phénomènes : c'est le cas
du dernier cycle d'enseignements considérés comme
particulièrement nobles et élevés. Dans
ces enseignements, le Bouddha a insisté sur le fait que
tous les êtres sans exception sont dotés de la
nature même de bouddha (tathagatagarba}. Cette potentialité
est inhérente à la nature de tous les êtres,
qui est pure depuis toute origine et au delà de l'illusion.
Ces enseignements du Bouddha ont été consignés
dans le soutra appelé : le "Soutra du samadhi royal"
(Skt : Samadhiradja Soutra), et ont donné naissance à
une tradition de pratique : la voie de réalisation du
mahamoudra. Cette voie du mahamoudra, qui permet de réaliser
ou de retrouver cette nature parfaitement pure, a fait l'objet
d'une transmission très soigneuse. Il ne s'agit pas seulement
d'une transmission au niveau des textes et des techniques, mais
aussi d'une
transmission directe de maître réalisé à
disciple réalisé : elle est remarquablement profonde
et effective. Il existe de nombreux aspects, de nombreux textes
et de nombreuses variantes propres aux quatre grandes et aux
huit petites écoles de la lignée Kagyupa du bouddhisme
tibétain. En particulier, dans la lignée Karma
Kamtsang, cette tradition du mahamoudra a été
codifiée en trois textes par le neuvième Karmapa.
Le plus étendu est le Nguédeun- gyamtso ;
"L'Océan de Certitude"; le plus condensé
est le Tchagtchen marik munsel : "Le Mahamoudra qui dissipent
les ténèbres de l'ignorance"; le dernier,
encore plus court, est le "Le Doigt qui montre le Dharmakaya".
Le mahamoudra est une voie particulièrement noble, efficace
et rapide. Il implique cependant la relation entre un maître
pleinement qualifié pour enseigner et un disciple qui
soit un réceptacle parfait. Les enseignements du mahamoudra
sont des moyens destinés à libérer rapidement
; seul un disciple parfaitement préparé intérieurement
peut les recevoir, les comprendre et les mettre en application.
Dans le meilleur des cas, lorsque des enseignements du mahamoudra
sont transmis à un disciple parfaitement qualifié,
il est possible que la réalisation de la reconnaissance
de la nature de bouddha s'opère en un instant. Sinon,
il est dit qu'à condition d'y mettre la persévérance
et l'ardeur nécessaires il est tout à fait possible
de réaliser cet éveil dans l'espace d'une vie.
Les enseignements directs du mahamoudra sont libérateurs
par l'écoute, par le simple fait de les recevoir. Ils
représentent le cur même des Bouddhas. Il
y a beaucoup de noms pour les désigner : le mahamoudra,
la Grande Perfection, etc., mais tous recouvrent une même
réalisation. Il est dit que, si nous demeurons dans le
cycle des existences et sommes prisonniers de la souffrance,
cela vient du fait que nous ne reconnaissons pas notre véritable
nature. Elle est unique, au delà de toute distinction
: c'est l'état de bouddha.
Il existe plusieurs chemins menant à la reconnaissance
de cette véritable nature présente depuis toute
origine.
La voie des auditeurs (shravakas) et des bouddhas pour eux-mêmes
(pratyékas bouddhas) part d'un niveau tout à fait
relatif, qui consiste à prendre conscience du caractère
négatif du cycle des existences et à s'abstenir
finalement d'entretenir ce qui pourrait nous y maintenir.
C'est une voie de renonciation progressive et relativement longue.
La voie du bodhisattva suppose, en plus d'une éthique
pure, le développement d'une motivation parfaite et élevée
: la bodhichitta, qui est le rayonnement de l'amour et de la
compassion envers tous les êtres. A partir de cette pure
motivation, on s'engage dans la pratique des six vertus transcendantes
(les six paramitas). Après un certain temps, qui peut
durer de nombreuses existences, on parvient à l'éveil
ultime.
La voie du mahamoudra est une sorte de raccourci qui va directement
à l'essentiel, mais elle implique de la part du disciple
une très grande pureté et une préparation
parfaite. Lorsque le disciple est prêt et le maître
parfaitement qualifié, on fait l'économie de tout
détour, on va directement à la rencontre de la
reconnaissance de la nature ultime de tous les phénomènes
et de son propre esprit : la réalisation de la nature
de bouddha. C'est une voie particulièrement noble parce
qu'extrêmement rapide et efficace, néamoins elle
implique des maîtres et des disciples d'un niveau élevé.
Ces enseignements sont la quintessence de la parole du Bouddha.
Leur transmission s'est faîte, ainsi qu'il a été
dit, au travers de maîtres et de disciples réalisés,
sans aucune interruption depuis le Bouddha primordial Vajradhara
jusqu'à Rangdjoung Rigpé Dordjé, le seizième
Kannapa. Cette lignée de transmission est appelée
le Rosaire d'Or des Lamas Kagyupas. Ce genre de transmission
ne se limite pas à de simples paroles ou à des
textes ; il s'agit du transfert d'une véritable influence
spirituelle, de la grâce, de la bénédiction
réelle, nécessaire pour l'obtention de la réalisation.
La qualité des lamas qui transmettent le mahamoudra est
essentielle. D'un autre côté, la qualité
du disciple est aussi importante pour la réalisation.
S'il développe vraiment la confiance, l'énergie
et la ferveur nécessaires, le disciple qui se plonge
profondément dans la pratique de ces enseignements bénéficie
de la grâce véhiculée par la transmission.
Cette grâce est toujours présente ; c'est au disciple
de la recevoir et d'en profiter au travers de sa ferveur, Si
le maître qui transmet le mahamoudra n'est pas sans faute
ou si le disciple n'a pas la pureté nécessaire,
l'enseignement a beau être extrêmement profond et
la transmission pure, ces enseignements ne servent à
rien. Que faut-il faire pour être digne d'une telle transmission
? Il faut se préparer par les pratiques préliminaires.
Les quatre
pensées fondamentales
II y a
deux sortes de pratiques préliminaires, les pratiques
préliminaires communes et les pratiques préliminaires
spéciales. Les pratiques préliminaires communes
sont "les quatre idées fondamentales qui détournent
l'esprit du cycle des existences". Bien que nous les ayons
entendues de nombreuses fois, nous ne les avons pas vraiment
comprises. Il ne suffit pas de les connaître intellectuellement,
c'est quelque chose qui doit vraiment faire partie de nous-mêmes.
On parle de samsara, d'illusion et de leurs causes, cependant
l'origine du samsara n'est pas ailleurs qu'en nous-mêmes.
Nous avons développé une double saisie : la saisie
égocentrique, dans laquelle on se perçoit en tant
que moi, je, et la saisie de la réalité des phénomènes,
dans laquelle on prête une existence intrinsèque
à des phénomènes qui en
sont dépourvus.
On parle toujours d'apparences illusoires, mais la racine de
l'illusion est en nous, dans cette saisie. Il faut savoir que
les phénomènes ne sont pas la cause de l'illusion.
L'illusion se produit dans notre esprit et pas aillers. Même
s'il y a un univers à l'extérieur de nous, ces
apparences sont dépourvues d'existence intrinsèque
et n'existent pas par elles-mêmes ; si nous ne leur prêtons
pas d'existence, elles en sont dépourvues. C'est la vision
de quelqu'un qui a compris la vraie nature des phénomènes
: il voit les phénomènes mais perçoit en
même temps leur parfaite vacuité, leur absence
d'essence. Tant que nous demeurons des êtres ordinaires,
quoi que nous fassions, disions ou pensions, les apparences
sont perçues comme vraies. Nous ne pouvons pas en nier
la réalité : cette réalité que nous
voyons et à laquelle nous croyons est la seule chose
qui existe pour nous. Il va falloir peu à peu nous détourner
de ce piège qu'est l'illusion de la manifestation.
En suivant les voies du monde et en partant de cette évidence
illusoire selon laquelle les phénomènes existent
par eux-mêmes, on ne peut rien accomplir ni rien faire
d'utile. En nous accrochant à cette évidence,
en fait illusoire mais qui nous paraît être la réalité,
nous ne pouvons aller que vers davantage de souffrance ; et
c'est ce qui survient inéluctablement si nous ne prenons
pas la ferme décision, venant du fond du cur, de
nous détourner des apparences qui sont illusoires. Pour
parvenir à cette décision, qui ne dépend
pas de notre intellect, il faut méditer encore et encore
sur le caractère précieux de l'existence humaine,
sur la facilité avec laquelle elle peut être détruite
et sur le fait qu'elle nous permet d'atteindre la libération.
Il est fondamental de méditer sérieusement sur
le devenir et la mort, sur la loi de causalité (le karma)
et sur l'inanité du cycle des existences qui nous paraît
réel alors qu'il est illusoire. Mais se détourner
du cycle des existences du fond du cur ne signifie pas
fuir le monde, tout abandonner ou essayer de nier une réalité
présenté. Il s'agit de reconnaître, au plus
profond de soi, que ce qui se manifeste et apparaît comme
réel est en fait vide de substance.
II est nécessaire de s'engager dans ces réflexions
préliminaires car, bien que tous les êtres sans
exception soient dotés de la nature de bouddha, cette
simple connaissance n'est pas libératrice en elle-même.
Notre nature fondamentale est voilée par une forte ignorance
qui se traduit par la saisie dualiste, dans laquelle on conçoit
l'univers en tant que moi et ce qui n'est pas moi. La saisie
dualiste entraîne un mode de fonctionnement de l'esprit
perturbé par les émotions conflictuelles.
Ces émotions entraînent des actions qui produisent
du karma. Du fait de ce karma, les choses se poursuivent sans
relâche et nous restons attachés à un mode
de fonctionnement illusoire qui engendre la souffrance. C'est
ce qu'on appelle le cycle des existences. Ce processus ne dépend
pas de notre volonté. Nous sommes impuissants à
l'arrêter. Si l'on veut changer quelque chose, il convient
tout d'abord de se détourner profondément du cycle
des existences, auquel nous sommes si fortement attachés.
Pour ce faire, nous devons nous souvenir que nous avons cette
nature de bouddha. Mais cela ne suffit pas. Tout ce qui maintient
dans le cycle des existences se situe à un niveau très
profond et dispose d'énergies considérables ;
les kléshas ou tendances inconscientes. Ces tendances
ne sont pas un fardeau qu'on porte et dont on peut se débarrasser.
Elles ne sont pas non plus quelque chose de rajouté à
l'esprit qu'on peut rejeter. Malheureusement, ce sont des
tendances qui font partie intégrante des couches les
plus profondes de l'esprit et qui contrôlent nos actions.
C'est pourquoi il est très difficile de s'en débarrasser,
car ces tendances inconscientes sont des habitudes implantées
en nous comme des réflexes. On peut les contrebalancer
en développant des tendances positives qui vont devenir
des tendances inconscientes positives. Si l'on parvient à
contrebalancer les tendances négatives qui nous retiennent
dans le cycle des existences, on peut se libérer des
deux sortes de tendances. Pour y arriver, il est nécessaire
de développer une détermination suffisamment grande,
issue du fond de notre esprit. II faut percevoir clairement
que cette vie et le cycle des existences tout entier sont dépourvus
de finalité et de sens. Pour l'instant nous sommes prisonniers
de tout un réseau d'attachements : notre corps, nos proches,
une situation, un mode de vie, des circonstances, etc. II convient
de ne pas traiter à la légère ces attachements,
car ils sont très profonds et mobilisent une énergie
considérable.
La précieuse existence humaine
Le premier pas à faire pour se libérer du cycle
des existences et pour aller vers cette réalisation de
la nature de bouddha est de voir l'inanité du samsara.
Il ne suffit pas de le dire ou de le penser, il faut le voir,
sans quoi il n'y a pas de réel progrès possible.
Il faut d'abord réaliser le caractère dépourvu
de sens du cycle des existences et nous défaire de l'attachement
aveugle .que nous avons envers tout ce qui constitue cette existence.
Un moyen efficace est de méditer sur le devenir et la
mort et sur les conditions qu'il est nécessaire de réunir
pour parvenir à l'éveil. Chacun d'entre nous est
doté de cette potentialité d'éveil, mais
pour la mener à réalisation, il faut une base
convenable : la précieuse existence humaine.
Pourquoi précieuse ? Parmi les six classes d'êtres,
il y a d'autres formes d'existence considérées
comme plus heureuses, vivant plus longtemps que les humains,
par exemple le monde des dévas. Cependant, même
ces êtres demeurent dans le cycle des existences et sont
donc soumis au devenir. Si grande soit leur félicité,
elle n'en est pas moins temporaire et destinée à
se transformer en souffrance. Le bouddhisme enseigne la pluralité
des mondes et des univers. Et parmi toutes les formes d'existence
possibles, la plus favorable, du point de vue de la réalisation,
est l'existence humaine dans notre monde appelé Jamboudvipa,
Dans notre univers, le karma est en quelque sorte accéléré.
Les actions entraînent des conséquences qui sont,
sinon immédiates, du moins extrêmement rapides.
La sanction des actes, qu'ils soient positifs ou négatifs,
vient suffisamment tôt pour que l'on puisse développer
la confiance dans la loi de causalité et que l'on s'aperçoive
qu'elle fonctionne : les actes provoquent une réaction
éventuellement perceptible, La confiance dans la loi
de causalité entraîne un désir plus ferme
de pratiquer afin de s'affranchir du cycle des existences. Pour
cela, il est nécessaire d'avoir une précieuse
existence humaine. Précieux ne signifie pas posséder
une condition de richesse ou de pouvoir. Il s'agit principalement
de liberté de pratiquer le dharma et de s'engager dans
une voie pouvant nous affranchir totalement de la souffrance.
Afin de pratiquer sans obstacle, huit libertés et: dix
conditions sont nécessaires. La première condition
est d'avoir un corps humain libre des empêchements majeurs
personnels. Il faut ensuite rencontrer celui qui nous établit
sur la voie, le maître spirituel. Il nous fournit les
moyens d'atteindre la libération en nous donnant les
instructions libératrices : l'expression du dharma. Lorsque
toutes ces conditions sont réunies, pourvu que nous soyons
confiants et persévérants, nous avons une bonne
chance de parvenir à l'éveil en actualisant notre
potentialité de bouddha. Les dix-huit conditions sont
ainsi réunies.
Ne nous y trompons pas ; même si l'existence humaine nous
paraît banale, elle reste extrêmement difficile
à obtenir. Il y a de plus en plus d'hommes sur notre
planète, mais ceux qui disposent d'une véritable
"précieuse existence humaine" sont très
rares comparés aux myriades d'individus !
Quels qu'ils soient, les êtres désirent le bonheur
et craignent la souffrance ; pas simplement les êtres
humains, mais tous les êtres qui se manifestent dans le
cycle des existences. Certains individus ont une idée
pour parvenir au bonheur, d'autres non. Cependant tous désirent
la même chose. Les animaux n'ont qu'une très vague
idée de la façon dont ils peuvent parvenir à
leur satisfaction, mais ils n'échappent pas à
ce désir de bonheur. Tous les êtres cherchent à
échapper à la souffrance, La plupart sont totalement
ignorants de ce qu'est le cycle des existences. Ils ne savent
donc pas comment échapper à la souffrance de ce
cycle. D'autres êtres comprennent cela, mais parce que
les circonstances ne leur sont pas favorables, ils ne trouvent
pas l'occasion de se détourner du samsara ni d'accomplir
ce qui doit être accompli pour obtenir la libération.
Or, celui qui a obtenu la précieuse existence humaine
a tout : la connaissance du fait que le cycle des existences
est souffrance et la connaissance des moyens qui permettent
de s'en libérer. Le fait de se trouver dans ces circonstances
particulièrement privilégiées n'est pas
dû au hasard ; c'est le résultat de l'accumulation
passée d'un karma positif extrêmement important,
dont le résultat est de se trouver momentanément
dans une situation où l'on a à la fois la connaissance
de la souffrance et la connaissance des moyens de s'en libérer.
Nous avons la possibilité de nous libérer du cycle
des existences, mais cela dépend des tendances que chacun
abrite en lui-même. Par exemple, malgré la connaissance
évidente des causes de la souffrance et des moyens de
libération, certaines personnes ne se mettent pas en
route. Elles se disent qu'elles ne pourront pas y parvenir et
donc que ce n'est pas une voie pour elles. Ce découragement
vient d'un manque de confiance dans le fait qu'elles possèdent
la nature de bouddha, d'un manque de confiance dans le fait
que les moyens mis à leur disposition sont suffisants
pour échapper au cycle des existences. D'autres connaissent
des obstacles dus à l'orgueil. Ces êtres pensent
avoir un jugement infaillible ; imperméables aux conseils,
ils ne peuvent pas développer les qualités nécessaires
à la poursuite de l'éveil. Les circonstances dans
lesquelles nous nous trouvons maintenant ne sont ni banales,
ni négligeables. Cette richesse, nous en sommes pour
l'instant dépositaires. Nous ne devons surtout pas la
gaspiller ni laisser passer l'occasion de réaliser la
véritable nature de l'esprit. Souvenons-nous qu'il est
extrêmement difficile de réunir les conditions
d'obtention d'une précieuse existence humaine. Bien qu'il
y ait une infinité d'êtres, comparativement très
peu sont humains. Et parmi ces êtres humains dont le nombre
nous semble encore considérable, seule une infime minorité
possède toutes les conditions qui constituent une précieuse
existence humaine et donc l'opportunité de se libérer
définitivement de la souffrance.
Différents exemples illustrent les probabilités,
pour un être quelconque du cycle des existences, d'obtenir
une précieuse existence humaine. Si nous prenons des
petits pois secs, que nous les lançons contre un rocher
lisse et vertical, les petits pois tombent. Ils ne collent pas
au rocher. Mais si nous faisons cela suffisamment longtemps,
pendant des éons et des éons, il se peut qu'il
y en ait un qui reste collé au rocher lisse. La probabilité
d'obtenir une précieuse existence humaine est encore
inférieure à cela. Tout le monde connaît
l'histoire de l'océan, de la pièce de bois percée
et de la tortue. La tortue est assez stupide, la pièce
de bois n'a pas d'esprit et les forces qui président
à son errance sont complètement dépourvues
d'intention les vagues, le vent... Le fait que la tortue
puisse passer son cou dans le trou de la pièce de bois
flottant au gré de l'océan est quelque chose de
peu probable. Encore moins probable est la possibilité
pour un être quelconque d'obtenir une précieuse
existence humaine Nous devons utiliser les circonstances présentes,
car si nous laissons la mort nous surprendre, nous ne serons
pas certains du tout de retrouver une telle occasion dans le
futur.
Le devenir
II convient
aussi de se rendre compte du caractère transitoire de
tous les phénomèDes. Ceci est l'antidote à
l'attachement aveugle à cette existence. Nous fonctionnons
tous selon le mode de la saisie égocentrique : nous nous
considérons comme existant de manière intrinsèque,
et nous prêtons aux phénomènes une réalité
dont ils sont dépourvus par eux-mêmes. Cette saisie
conduit à deux positions qui sont extrêmes et opposées,
toutes deux erronées, ayant la même source. Toutes
les deux survivent du fait que nous ne percevons ni notre véritable
nature, ni celle des phénomènes.
La première de ces positions consiste à dire que
tous les phénomènes sont vides, que rien ne peut
exister par soi-même et donc que rien n'existe. C'est
la position nihiliste qui revient à nier totalement l'existence
de l'univers.
L'autre position vient du manque de compréhension de
la nature illusoire des phénomènes. Dans ce cas,
nous pensons que le monde existe réellement, que nous
existons. Nous nous accrochons ainsi à une réalité
qui n'est pas ultime, en prêtant aux phénomènes
une existence et une essence intrinsèques dont ils sont
dépourvus. Car en fait la nature ultime des phénomènes
est vide et aucun phénomène n'existe par lui-même.
En nous attachant à une illusion de réalité,
nous agissons comme si les phénomènes et nous-mêmes
étions dotés d'une existence propre. Et nous nous
engageons dans une série d'actions qui auront toutes
pour conséquence de nous enfoncer encore plus dans l'attachement
à ce mode d'existence et à cette vie. Cela provient
d'un manque de compréhension. Tous les phénomènes
sont composés ; ce
sont les douze causes interdépendantes qui maintiennent
les apparences auxquelles nous sommes si attachés et
qui paraissent si stables. Ce qui implique que cette réalité
à laquelle nous croyons n'est en fait que relative. Prenons
un exemple simple. Si l'on dit que quelque chose est haut, cela
induit forcément l'existence de la notion opposée,
le bas. De même, si l'on parle de quelque chose de grand,
c'est forcément par référence à
l'existence de quelque chose de petit. Il en va de même
lorsqu'on parle de la couleur blanche ; cela implique quelque
part son opposé, le noir. En fait rien ne se définit
par lui-même : il n'y a pas de haut absolu, pas de grand
absolu, ni de petit absolu, etc. Tout est relatif. Cela est
valable pour ces exemples, mais aussi, à un niveau beaucoup
plus subtil et complexe, pour tous les phénomènes.
Il n'y a pas un seul phénomène dont on puisse
dire qu'il existe tout seul, par lui-même. Nous pouvons
dès lors comprendre que les apparences, pour nous la
réalité, sont dépourvues d'existence propre.
Même si les choses paraissent exister et être permanentes,
elles ne sont que des composés, un ensemble d'éléments
eux-mêmes dépourvus d'existence propre. Un composé
d'éléments dépourvus d'existence propre
ne peut pas non plus avoir d'existence propre.
Malgré cette compréhension intellectuelle, nous
persévérons à prendre les apparences pour
argent comptant. Ce manque de compréhension en profondeur
nous entraîne dans la souffrance : nous prêtons
une réalité à quelque chose qui en est
dépourvu. Si notre compréhension n'était
pas uniquement intellectuelle et si nous percevions directement
l'absence d'existence des phénomènes, il n'y aurait
plus de souffrance, car celle-ci est issue des phénomènes
de l'existence dans un mode relatif.
D'un autre côté, non seulement nous percevons les
phénomènes et nous-mêmes comme existant
intrinsèquement, mais en plus nous avons tendance à
nous croire éternels. Pourtant tout vient contredire
cette approche. Chacun d'entre nous a connu dans sa famille,
ou parmi ses connaissances, des décès. Nous savons
que la mort est un fait. Néanmoins, quelque part, nous
restons persuadés que seuls les autres sont concernés.
Certes nous savons que nous devrons mourir un jour ; mais ce
n'est qu'une spéculation intellectuelle et jamais directement
une réalité profonde qui nous frappe à
chaque instant. Nous n'avons pas le sentiment d'être périssables
et moi-tels. C'est grave, car cela ne change rien au fait que
nous sommes fragiles et mortels ni au fait que les phénomènes,
que nous croyons stables et permanente, changent. Ce changement
est souffrance. Bien qu'imperméables à cette réalité,
nous y sommes plongés et elle nous fait souffrir. Plus
nous essayons de nous la cacher, plus nous agissons comme notre
propre ennemi, car nous continuons à nous nourrir d'informations
fausses et à agir selon des données erronées
qui entraînent beaucoup de déconvenues. Cela nous
entraîne même à nier le dharma, tout simplement
parce nous voulons refuser le devenir, la mort et le fait d'être
dépourvu de substance. Nous pensons qu'il s'agit de quelque
chose ne correspondant pas à la réalité.
Cette attitude est quelque peu suicidaire. Elle vient de l'attachement
forcené à cet ici et maintenant totalement illusoire.
C'est pourquoi l'on insiste sur le fait de méditer sur
le devenir : seule la réflexion sur le devenir permet
de prendre les bonnes décisions et de donner toute son
importance à l'existence humaine, grâce à
la prise de conscience du caractère incertain et fragile
de la situation présente. Nous pouvons très bien
mourir d'un instant à l'autre, sans avoir eu le temps
de réaliser nos projets. Vues sous cet angle, la richesse,
la renommée ou la puissance apparaissent comme futiles,
non représentatives des buts à atteindre ; par
contre, les enseignements du dharma deviennent essentiels. Quand
nous sommes confrontés à la réalité
et à l'incertitude de la mort, seuls les enseignements
du dharma sont utiles.
Le karma
La méditation
sur le devenir est un excellent remède à l'attachement
trop grand à cette vie. Nous devons la compléter
par la réflexion sur le karma et le caractère
douloureux du cycle des existences. Au moment de la mort, éprouvée
comme une catastrophe ultime, le corps physique détruit
retourne à ses éléments constitutifs. L'esprit
n'est pas pour autant oblitéré. Il continue son
chemin. Les voies suivies par l'esprit, ses expériences,
sont directement déterminées par les tendances
inconscientes et par le karma que nous avons accumulé.
C'est cela qui conditionne les états intermédiaires
et notre nouvelle naissance.
A partir du moment où l'esprit quitte le corps physique,
il perd tout libre arbitre. Nous avons l'habitude de pouvoir
agir d'une manière plus ou moins directe sur les événements
qui nous arrivent ; tant que nous sommes en vie, nous avons
ce choix. Au moment de la mort, il n'y a plus aucune liberté.
La possibilité de choisir n'existe pas après la
mort ; ce n'est que maintenant que nous l'avons. Nous ne pouvons
la mettre en uvre que dans la mesure où nous sommes
suffisamment convaincus de la réalité de cette
loi du karma et où nous nous imprégnons des enseignements
du dharma jusqu'à en être réellement persuadés.
Si nous restons dans l'incertitude, nous aurons peu de chances
d'influer réellement sur ce qui surviendra après
la mort.
Le karma représente la trace des actions accomplies sous
l'influence des émotions perturbatrices issues des trois
poisons de base que sont l'attachement, l'aversion et l'opacité
mentale. Quand les émotions conflictuelles sont très
fortes, elles entraînent un karma dont la puissance est
énorme. Parmi ces émotions, la colère est
la plus violente : un moment de colère peut détruire
l'accumulation de vertu de mille kalpas ! Sous l'emprise de
la colère, nous perdons toute vigilance et tout contrôle
sur nous-mêmes. En même temps nous libérons
d'un seul coup, aveuglément, toute l'énergie dont
nous disposons, ce qui laisse des traces profondes sur les couches
les plus essentielles de l'esprit et crée un karma particulièrement
puissant et négatif.
La colère est la cause de nouvelles manifestations dans
des états d'existence infernaux, l'avarice dans l'état
d'esprit avide et la stupidité dans les mondes animaux.
Ces différentes classes d'êtres dans lesquelles
nous nous manifestons sont sous l'influence directe du karma
accumulé, donc sous l'influence directe de la prédominance
de l'une ou l'autre des émotions perturbatrices - l'orgueil,
la jalousie, etc. En prenant conscience du caractère
totalement inéluctable du karma, nous développons
une certaine vigilance et nous évitons les erreurs les
plus grossières telles que les dix actes non vertueux
; si nous sommes suffisamment intelligents, nous nous efforçons
d'en prendre le contre-pied en mettant en pratique le mieux
possible les dix actes positifs.
Souvenons-nous que toutes les souffrances du cycle de l'existence
auxquelles nous sommes confrontés, même injustes
ou apparemment sans relation avec nous-mêmes, sont directement
liées à notre karma personnel. C'est quelque chose
de vérifïable, qui a été affirmé
par le Bouddha, Le Bouddha a résumé son enseignement
en disant ; "Abstenez-vous des actes nuisibles, pratiquez
les actes positifs et contrôlez votre propre esprit".
La défectuosité
du samsara
II convient
de compléter ces réflexions par une méditation
sur le caractère profondément douloureux et défectueux
du cycle des existences. Toute expérience dans le cycle
des existences est le fruit de notre karma venu à maturité.
Le karma est la conséquence directe de nos actions, elles-mêmes
étant la conséquence de nos décisions.
Quand l'esprit est sous l'emprise d'une très forte ignorance,
les actions malhabiles et négatives sont beaucoup plus
nombreuses que les actions vertueuses. Ces négativités
entraînent la souffrance. Le cycle des existences est
loin d'être un séjour agréable, les six
classes d'êtres étant sans cesse soumises à
trois formes de souffrance :
- la souffrance toute pénétrante, qui est la conséquence
directe de la saisie égocentrique et du fait d'être
composé ; en général, nous n'en avons pas
clairement conscience, cependant elle est à la base de
toutes les autres formes de souffrances.
- la souffrance du changement : le bonheur ou le plaisir ne
dure pas, et lorsqu'il s'interrompt, il se transforme généralement
en quelque chose de désagréable.
- la souffrance à l'état pur ; quand nous éprouvons
une douleur et que nous n'allons pas bien, nous identifions
cela à de la souffrance.
La renaissance
dans l'une quelconque des six classes d'êtres a toujours
pour origine la prédominance d'une émotion conflictuelle.
Toutes ces classes d'êtres font l'expérience de
souffrances particulières à leur état.
Si l'orgueil domine, nous risquons de renaître parmi les
dévas, les dieux qui goûtent une existence de félicité
pendant un certain temps. Au tenue de leur vie divine, ils font
l'horrible expérience de la chute avant même de
mourir : ils ont la claire vision de l'état en lequel
il se réincarneront, souvent un état d'existence
inférieur empli de souffrances insupportables.
Si l'émotion prédominante est la jalousie, on
prend renaissance dans le royaume des asowas. Bien que leur
séjour puisse bénéficier des mêmes
plaisirs que les dévas, il est empoisonné par
les querelles et les affrontements.
L'émotion qui pousse à renaître sous forme
humaine est le désir. Les hommes sont soumis aux quatre
souffrances : la naissance, la vieillesse, la maladie et la
mort. D'innombrables souffrances annexes peuvent se manifester
: être confrontés à ce que nous souhaitons
éviter et ne pas trouver ce que nous voulons.
La stupidité entraîne une renaissance animale.
Les animaux sont frappés par l'incapacité de comprendre
le monde qui les entoure. Ils souffrent de nombreux maux : s'entre
dévorer, être la proie d'autrui, être réduits
eu esclavage.
L'avarice nous conduit à renaître comme esprit
avide ou prêta. D'innombrables souffrances sont expérimentées
par ces êtres, surtout la faim et la soif. Mais il s'agit
d'une faim et d'une soif dont nous ne pouvons pas avoir idée
en tant qu'humains.
La colère nous pousse à reprendre naissance dans
des états infernaux. On en compte dix-huit différents,
tous caractérisés par une durée de vie
très longue et des souffrances extrêmement violentes.
Les pires souffrances de l'état humain, même vraiment
terribles, ne sont rien comparées à la capacité
de souffrir dans ces états d'existence infernaux.
Vu sous cet angle, le samsara, dont la raison d'être est
l'ignorance, est une vaste absurdité épouvantable,
constituée uniquement de souffrance. Il n'y a aucune
raison de s'y attacher. Au contraire, il faut essayer de le
fuir le plus vite possible. Mais pour parvenir à cette
conclusion, il est nécessaire de réfléchir
aux quatre idées fondamentales et de les voir clairement.
Ce n'est qu'à partir de là que l'esprit se détourne
réellement du samsara.
Pour accéder à la réalisation du mahamoudra,
il est nécessaire d'adopter une certaine progression
et de passer par des stades de préparation à cette
réalisation. Il y a plusieurs sortes de préliminaires
à la méditation sur le mahamoudra, dont les quatre
idées fondamentales qui détournent l'esprit du
cycle des existences. Faute de développer une véritable
aversion pour le cycle des existences, il n'est pas possible
de parvenir à l'éveil. Tant que nous ne réalisons
pas que le samsara est dépourvu de substance et de sens,
nous ne pouvons pas nous en détourner profondément.
Ceci est expliqué dans la prière du mahamoudra
que nous récitons tous les matins. Cette prière
dit que, sans une claire conscience du caractère douloureux
du cycle des existences, sans un dégoût pour le
samsara, nous nous laissons reprendre par les distractions du
monde. Réaliser le non-sens du cycle des existences est
la première étape d'une voie graduelle et progressive
qui mène à la réalisation ultime.
Nous pouvons nous demander pourquoi il est si important de se
rendre compte que le samsara est dépourvu d'existence
propre et qu'il n'est que souffrance. Nous pensons l'avoir assez
entendu. Mais on insiste longuement sur ce point parce qu'il
s'agit de la première opération pour transformer
l'esprit en un réceptacle convenable. Il y a une légende
qui dit que la femelle du lion des neiges, animal mythique considéré
comme le plus puissant de tous les animaux, allaite ses petits
avec un lait particulier, d'une telle force qu'il ne peut être
contenu dans un récipient ordinaire qui se briserait
immédiatement à son contact. Seul un récipient
parfaitement pur, fait de matières précieuses,
d'or et de pierreries, peut conserver ce lait. Il en va de même
pour la pratique du dharma. Nous voulons pratiquer le dharma.
Mais si notre esprit n'est pas un récipient suffisamment
pur et fort pour contenir les enseignements et les éléments
de cette pratique, nous ne pourrons pas réellement progresser
sur la voie. Il faut donc transformer notre esprit. La première
étape de cette transformation consiste à s'imprégner
de la vérité selon laquelle le samsara est dépourvu
de sens et de substance. Une telle compréhension devrait
nous aider à nous détacher de la saisie égocentrique.
Quelle que soit la forme de saisie dualiste, égocentrique
ou des phénomènes existant par eux-mêmes
- il s'agit toujours de la même. Il est extrêmement
difficile de s'en libérer parce qu'elle fait partie de
notre mode de fonctionnement. S'il est difficile de s'en libérer
instantanément, nous pouvons cependant cultiver une attitude
menant au détachement graduel du cycle des existences.
C'est le but des quatre pratiques préliminaires communes.
Mais cela ne suffit pas. Ayant reconnu le caractère absolument
indispensable de ces préliminaires communes, il est essentiel
d'accomplir ensuite les préliminaires spéciales
caractéristiques de la voie du mahamoudra : la prise
de refuge et le développement de l'esprit de l'éveil,
la pratique de la purification au moyen de la récitation
du mantra de Dordjé Sèmpa, l'accumulation de karma
positif à travers l'offrande du Mandala et l'ouverture
à l'influence spirituelle du lama au moyen du Gourou
Yoga. Ensuite, on pénètre dans le corps de la
pratique ; on développe le calme mental (chiné)
et la vision pénétrante (lhakthong). Apres cela,
on est capable d'aller plus loin et de méditer sur le
mahamoudra, sur la véritable nature de l'esprit.
Les pratiques
préliminaires spéciales
La prise
de refuge
Pourquoi
prendre refuge ? Il ne suffit pas de savoir que le cycle des
existences est dépourvu d'essence, qu'il est absurde
et par nature souffrance. Encore faut-il se tourner vers quelque
chose permettant de s'en libérer. Lorsque nous cherchons
une protection contre les souffrances et les illusions du cycle
de l'existence, deux possibilités s'offrent à
nous. La
première consiste à rechercher une protection
immédiate au niveau où nous sommes. Une telle
protection nous place à l'abri des malheurs et des souffrances.
Mais d'un autre côté elle est plutôt nuisible,
car nous nous tournons vers une source de protection non libérée
du cycle des existences et ne se situant donc pas au-delà
de la souffrance. En effet si nous atteignons le niveau de l'être
du samsara qui nous ne serons toujours pas libérés
du cycle des existences.
Nous devrions plutôt nous tourner vers la seconde possibilité
et trouver un refuge ultime au-delà du samsara, à
la fois capable de nous protéger et de nous permettre
d'atteindre la libération du cycle des existences. Que
signifie s'en remettre à un refuge ultime ? Il s'agit
de s'en remettre à une source libre des extrêmes
du nihilisme et du matérialisme, tous deux erronés.
Les Bouddhas des trois temps et des dix directions de l'espace
sont libres et au-delà de ces extrêmes. C'est pourquoi
l'état de bouddha est notre refuge ultime. Afin de réaliser
cet état, il est nécessaire de progresser sur
une voie balisée, le dharma, qui représente l'ensemble
des moyens mis à notre disposition pour parvenir à
l'éveil. Nous prenons refuge dans le dharma jusqu'à
l'obtention de l'état de bouddha. Nou's prenons aussi
refuge dans la sangha. La sangha est la communauté de
tous ceux qui parcourent la voie du dharma et particulièrement
de ceux qui ont déjà obtenu l'éveil ou
sont plus avancés que nous.
Le vajrayana insiste sur l'importance du rôle du lama.
Le lama est l'essence des Trois Joyaux : Bouddha, Dharma et
Sangha. Dans le vajrayana, non seulement nous prenons refuge
en les Trois Joyaux, mais également en le lama, les yidams
(1) et les Protecteurs.
En effectuant la prise de refuge des préliminaires spéciales,
nous visualisons en face de nous l'arbre qui exauce tous les
souhaits. Il émerge d'un lac. Son tronc se divise en
cinq branches maîtresses. Sur la branche du centre, le
lama est assis sur un trône sous l'aspect de Dordjé
Tchang. Il est entouré de tous les lamas de la lignée
Karma Kagyu. Sur la branche d'en face, se trouvent les principaux
yidams des quatre classes de tantras, Sur la branche à
la droite du lama, se trouvent tous les Bouddhas des trois temps
et des dix directions de l'espace, Derrière lui, tous
les dharmas sont représentés par des livres contenant
l'ensemble des enseignements. A sa gauche, se trouve la noble
assemblée, la sangha : tous les bodhisattvas du grand
véhicule, tous les pratyékas bouddhas, les shravakas
et les arhats, tous ceux ayant obtenu une forme d'éveil
dans cette voie. Nous nous situons nous-mêmes en face
de cet arbre, entourés de tous les êtres, qu'ils
soient proches ou non, amis ou ennemis. Nous développons
avec eux la bodhichitta de l'aspiration et la bodhichitta de
la mise en application. C'est comme cela que nous devons prendre
refuge et développer d'une manière formelle l'esprit
de l'éveil. Si nous nous engageons dans la pratique des
préliminaires spéciales, la prise de refuge s'accompagne
de cent mille prosternations.
Tourner l'esprit vers le dharma et concevoir de l'aversion pour
le cycle des existences est excellent, mais ne suffît
pas. Il ne faut pas en rester au niveau des intentions pieuses.
Nous devons agir. La pratique du dharma ne s'accomplit pas dans
le dessein d'obtenir des avantages; elle n'est pas compatible
avec l'attachement à des possessions. Cela doit être
bien clair, faute de quoi la pratique n'est pas parfaitement
pure. Pour qu'elle le soit, il est absolument nécessaire
de s'en remettre aux Trois Joyaux et aux Trois Racines (lamas,
yidams. Protecteurs). Ce faisant, n'oublions pas ce qui est
précisé dans le développement de l'esprit
de l'éveil : la prise de refuge ne s'effectue pas seulement
pour nous, mais aussi pour tous les êtres.
La pratique du dharma permet de réaliser l'état
de bouddha potentiellement présent, à la condition
de purifier les voiles qui recouvrent l'esprit et les karmas
négatifs accumulés depuis des temps sans commencement.
Il ne suffit pas de prendre conscience que l'esprit est voilé,
que nous avons accumulé du karma négatif et de
souhaiter nous en débarrasser. Nous devons agir en développant
avant tout l'esprit de l'éveil. Nous serons alors à
même de déployer les puissants moyens du vajrayana
permettant de purifier les actes nuisibles, à travers
la pratique de Dordjé Sèmpa.
La pratique
de purification de Dordjé Sèmpa
Au-dessus
de notre tête se tient l'essence de tous les lamas, sous
la forme de Dordjé Sèmpa, blanc, avec une face,
deux mains, assis dans la posture du bodhisattva, parfaitement
orné de toutes les parures caractéristiques du
sambhogakaya, le corps de gloire. En son cur, sur un lotus
et un disque de lune, est la syllabe Houng blanche, entourée
des syllabes du mantra de Dordjé Sèmpa. Nous adressons
une prière à Dordjé Sèmpa, l'implorant
de nous accorder son attention et la rémission de tous
les actes nuisibles que nous avons pu accumuler. Cette prière
provoque l'émission, par les syllabes du mantra et du
Houng central, d'un nectar d'immortalité qui emplit peu
à peu le corps de Dordjé Sèmpa du sommet
de sa tête jusqu'à la plante de ses pieds. Du gros
orteil droit de Dordjé Sèmpa, le nectar excédant
s'écoule sur notre tête. Il pénètre
notre corps tout en ruisselant dessus et nous purifie de l'ensemble
des souillures physiques et morales, que ce soient les karmas
négatifs, mais aussi les causes de maladies et les imperfections
corporelles. Tout cela est emporté par le nectar sous
la forme d'une boue noire qui est absorbée dans le sol.
Peu à peu, notre corps purifié se remplit de nectar
et devient transparent comme un vase de cristal. Cela se produit
durant la récitation du mantra de Dordjé Sèmpa,
que nous poursuivons sans relâche afin de nous purifier
grâce aux flots de nectar.
L'offrande
du mandala
Vient ensuite
la phase d'accumulation. Nous offrons nos corps, parole et esprit
aux Trois Joyaux et au lama. L'offrande du mandala s'effectue
à différents niveaux : extérieur, intérieur
et secret. Elle n'est pas exécutée dans le vide
; nous nous tournons en esprit vers le lama sous la forme de
Dordjé Tchang, entouré de tous les lamas de la
lignée et de tous les Bouddhas et bodhisattvas. Nous
les visualisons en face de nous. Si nous disposons de deux mandalas,
nous en installons un en face de nous sur l'autel, avec cinq
tas de riz ou des petits gâteaux symboliques [tormas)
représentant les cinq éléments en lesquels
nous prenons refuge : le lama, les yidams, les Bouddhas, le
dharma et les bodhisattvas. Nous utilisons l'autre mandala pour
l'offrande. Si nous n'avons qu'un mandala, nous pouvons nous
contenter de visualiser celui qui se met sur l'autel. Nous débutons
la pratique en frottant trois fois le mandala l'offrande, ce
qui symbolise la purification de toute saisie dualiste entre
celui qui exécute l'offrande, ceux à qui est faite
l'offrande et l'offrande elle-même. Au moment de l'offrande
qui commence par la prière suivante : "J'asperge
d'essence et de parfum cette base d'or de l'univers, etc...",
nous nous livrons à l'accumulation de mérite.
Ensuite, lorsque nous demeurons dans la pure contemplation,
nous faisons la deuxième accumulation, celle de suprême
connaissance. Bien que nous accomplissions une action extérieure
- l'offrande du mandala - en essence il n'y a rien de substantiel
à offrir. Il n'y a pas d'action en elle-même. Comprenant
cela, nous demeurons dans un état de méditation
où les trois facteurs - sujet, objet et action
sont parfaitement contemplés dans leur essence de vacuité,
et accomplissons ainsi l'accumulation de sagesse.
Le Gourou
Yoga
Le Gourou
Yoga qui vient après l'offrande du mandala permet d'obtenir
rapidement la grâce du lama. Pour réaliser le mahamoudra,
il est absolument nécessaire de développer une
ferveur parfaitement pure. La réalisation consiste à
reconnaître notre propre nature. Nous sommes seuls à
pouvoir le faire. C'est une tâche très ardue qui
nécessite de l'aide. L'aide ne peut venir que de la grâce
du lama. Cette grâce est directement fonction de notre
aspiration et de notre ferveur. Il est difficile de manifester
d'emblée une ferveur spontanée, naturelle et sans
artifice. C'est pourquoi nous pratiquons le Gourou Yoga qui
aide à développer peu à peu la dévotion
spontanée sans artifice. Pour pratiquer le Gourou Yoga,
nous nous visualisons sous l'aspect de Dordjé Pamo ou
du yidam que nous pratiquons habituellement. Le lama racine
est visualisé sous la forme de Dordjé Tchang entouré
de tous les lamas, du début de la lignée jusqu'à
nos jours. Nous accomplissons ensuite la prière à
sept branches. Nous prenons refuge et confessons tous les manquements.
Nous nous réjouissons des actes positifs accomplis et
nous prions afin que nos guides demeurent parmi nous pour tourner
la roue de l'enseignement. Nous faisons la dédicace des
actions vertueuses accumulées pour le bien de tous les
êtres. Ensuite, nous prions le lama racine et à
travers lui tous les lamas de la lignée, qui sont unis
en lui sous l'aspect de Dordjé Tchang. Du corps, de la
parole et de l'esprit du lama, de son front, de sa gorge et
de son cur, émanent trois lumières qui sont
absorbées en nous. Elles nous confèrent les quatre
initiations et la grâce du corps, de la parole et de l'esprit
purs du lama. Le fruit ultime de cette union au lama est l'obtention
des quatre kayas (2) ; le dkarmakaya de corps de vacuité),
le sambhogahaya (le corps de gloire), le ninnanakaya (le corps
de manifestation) et le svabavakaya (le corps essentiel). Dès
lors, nous opérons l'union des corps, parole et esprit
du lama avec nos propres corps, parole et esprit. Jls deviennent
indifférenciés. A cette occasion, nous récitons
le Gourou Yoga qui consiste en essence à prier le lama
afin qu'il nous accorde sa grâce, nous permettant ainsi
de réaliser le mahamoudra. Ces quatre pratiques préliminaires
spéciales nous placent sur le juste chemin et nous permettent
de purifier toutes les négativités accumulées
depuis des temps sans ommencement, Elles favorisent l'accumulation
de mérite et de sagesse et nous aident à nous
ouvrir à la grâce du lama. Lorsqu'elles sont terminées,
nous devenons le digne réceptacle des instructions qui
suivent et nous pouvons poursuivre le chemin vers la réalisation.
Questions
- Réponses concernant tes pratiques préliminaires
- Peut-on
pratiquer "L'appel au lama de loin" à la place
du Gourou Yoga ?
- Oui, cette
pratique peut éventuellement remplacer le Gourou Yoga.
Mais il est mieux de pratiquer les deux.
- J'ai
cru comprendre que pour réfléchir sur la loi de
causalité on peut faire un retour sur son passé
et analyser ce que l'on fera dans le futur ?
- Oui. C'est
une tradition Kadampa que de faire un examen de conscience avant
de s'endormir. On examine si les actions, les paroles, les pensées
du jour ont bien été en accord avec le dharma
et la loi de causalité. Il est prudent de se livrer à
ce même examen concernant le futur. C'est une excellente
habitude de constamment revenir sur ses actions et de les examiner.
- Je
ne fais pas référence seulement aux actions de
cette journée, mais aux événements passés
de jeunesse, d'enfance, etc...
- Oui, c'est
effectivement très bien, à condition que l'on
parvienne, à partir de cet examen, de ce retour que l'on
fait sur sa vie, à prendre des décisions fermes.
On développe la vigilance en étant conscient des
conséquences et du caractère positif ou négatif
des actions que l'on a
entreprises, que l'on va entreprendre ou que l'on est en train
d'accomplir. Si ces actions sont positives, on s'en réjouit
; mais en voyant le caractère négatif des actes
passés, on peut prendre la ferme décision de ne
plus recommencer.
- Le
fait de réfléchir ainsi sur ses actes passés
peut-il être utilisé comme un remède à
l'attachement ?
- Oui. Le
fait d'être constamment soumis à des émotions
conflictuelles et de s'y laisser aller n'est possible que si
l'esprit est inattentif ou indulgent vis-à-vis de lui-même.
Réfléchir sur nos acteserronés provoque
un certain dégoût envers les actions reconnues
comme négatives. Cela nous sert d'avertissement. L'attention
et la vigilance sont donc indispensables. Concernant les différentes
formes d'attachement, deux méditations particulières
servent d'antidote : la méditation sur le devenir de
tous les phénomènes et la méditation sur
le caractère impur de ces mêmes phénomènes.
- Est-il possible de ne plus réciter le texte d'une
pratique quand on la maîtrise parfaitement, pour se consacrer
simplement aux récitations des mantras et aux visualisations
prévues ?
- Oui, mais
soyez absolument certains d'avoir parfaitement maîtrisé
le texte.
- Qu'entend-on
par un disciple qualifié, réceptacle convenable
pour les enseignements ? Faut-il pour cela avoir déjà
franchi la voie des shravakas et celle des bodhisattvas ?
- Non ! Un
disciple qualifié est un disciple qui a réellementaccompli
les pratiques préliminaires que l'on a expliquées,
c'est-à-dire les préliminaires communes et spéciales
du mahamoudra : la prise de refuge, le développement
de l'esprit de l'éveil, la purification des actes négatifs,
jusqu'au développement d'une ferveur sincère et
à l'ouverture à la grâce du lama au moyen
du Gourou Yoga.
Pour pratiquer la voie du mahamoudra, il n'y a pas à
passer par le petit véhicule, puis par le grand véhicule
et le vajrayana. La voie du vajrayana inclut tous les éléments,
toutes les pratiques et tous les bienfaits des autres véhicules.
- Est-il
correct de pratiquer chiné avant d'avoir fini les pratiques
préliminaires ?
- Nous allons
en parler avec l'enseignement sur chiné. Il faut distinguer
plusieurs sortes de chiné. Les formes courantes ou communes
de chiné peuvent très bien se pratiquer avant
d'avoir fait les préliminaires. Mais il existe des formes
plus spéciales, particulières à la préparation
du mahamoudra.
- Quelle
est Ici relation entre la pratique du mahamoudra et la pratique
d'un yidam ?
- Il y a
une corrélation tout à fait claire. Il existe
plusieurs voies du mahamoudra : la voie des soutras et la voie
des tantras. Jusqu'à présent, chiné, lhakthong
et mahamoudra sont "l'aspect soutra" de la réalisation
du mahamoudra. La voie purement des tantras utilise la
phase de développement et la phase de parachèvement
que l'on trouve dans la pratique des yidams. Ce sont deux façons
d'aborder le mahamoudra. La relation entre les deux est évidente.
Le mieux est d'unir les deux, et c'est ce que nous faisons en
général.
- Pour
la réalisation, du mahamoudra il faut qu'il y ait entre
le maître et le disciple une relation extrêmement
profonde, et qui soit de plus une relation karmique. Comment
reconnaît-on cela ?
- Il est
nécessaire de développer une ferveur sincère,
profonde, et tout a fait stable. Ce n'est pas le fait d'une
relation momentanée, et ce n'est pas non plus parce qu'on
rencontre quelqu'un pour la première fois qu'une telle
ferveur s'installe profondément. Il faut effectivementqu'il
y ait eu d'autres rencontres pendant plusieurs existences, ayant
marqué profondément le disciple. Dans ces conditions,
à l'insu même du disciple, s'établit un
lien extrêmement profond qui permet l'émergence
d'une grande ferveur. Cette ferveur apparaît à
la simple audition du nom du lama ou en le rencontrant. Quant
à savoir ce qui permet de reconnaître cela, c'est
une chose purement personnelle que seul le disciple ressent.
Par exemple, les instructions du mahamoudra peuvent être
données à un ensemble de disciples, qui en perçoivent
le sens à un niveau plus ou moins profond. Cela est dû
à la qualité plus ou moins intense de la relation
qui existe entre le maître qui transmet l'enseignement
et les différents disciples qui écoutent.
- Quelle
est votre opinion sur le fait de recevoir de nombreuses initiations
et de nombreux engagements à tenir, alors que d'un autre
côté cela représente de nombreux montras
à réciter et de nombreuses pratiques à
effectuer ?
- Tout dépend
des maîtres qui transmettent les initiations. Mais avant
de recevoir une grande initiation comme celle de Dordjé
Pamo, il est bien précisé quels sont les engagements
à tenir. Avant de recevoir des initiations, il faut être
certain de pouvoir tenir les engagements.
C'est très important ! De toute façon, chaque
yidam est la personnification de tous les autres, si bien qu'en
pratiquant un seul yidam, on remplit les obligations et les
damtsiks (engagements sacrés) de tous. Certaines initiations
ont treize dettes à la fois !
Néanmoins, cette question reste à l'appréciation
de chaque maître qui transmet les initiations. C'est une
question très importante car, fréquemment, on
n'a pas clairement conscience de tout ce qu'implique le fait
de recevoir des initiations. Il ne s'agit pas de prendre une
initiation uniquement pour faire plaisir au lama, pour faire
comme tout le monde, par curiosité ou pour voir ce qui
va se passer. Une initiation majeure est quelque chose qui engage
le disciple, le lama et toute la lignée avec lui. II
s'agit de quelque chose de grave qui ne doit pas être
pris à la légère. Il convient de réfléchir
et de savoir exactement ce que cela implique.
Il y va de la faute des centres qui organisent des grandes initiations
lorsque des personnes se trouvent là par hasard sans
avoir pris refuge, sans avoir conscience de ce à quoi
elles s'engagent et de ce qu'implique une telle initiation.
On ne peut pas critiquer ces personnes, mais les organisateurs
doivent expliquer ce dont il s'agit et veiller à ce que
ce genre d'erreur ne se produise pas. On évite ainsides
désagréments aux personnes présentes et
on ne nuit ni auxinitiations, ni aux enseignements, ni même
à la lignée. Je recommande, dans ce domaine, la
plus extrême circonspection et des précautions
maximales.
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