Science de l'esprit  

Une bénédiction de lama Guendune RinpochéInstructions orales #2
Guendune Rinpoché

Nous avons beaucoup d'occasions de voir des gens puissants et nous sommes souvent tentés de vouloir devenir comme eux. Fascinés par certaines personnalités, nous employons beaucoup de temps et d'énergie à essayer de les imiter pour obtenir les mêmes richesses, la même puissance, la même réputation, etc. Nous sommes alors emportés par l'ambition qui est source de grande souffrance, l'esprit se trouvant constamment agité par le désir qui est source d'insatisfaction plus que d'autre chose. Si nous ne reconnaissons pas la réalité du devenir, nous restons enfermés dans nos désirs et dans le cycle des existences. Nous essayons de saisir et de nous approprier les choses sans nous rendre compte qu'elles sont en fait irréelles et temporaires, et qu'elles se transforment d'instant en instant; et même si nous obtenons finalement ce que nous voulons, nous ne le gardons pas longtemps. Cette non-reconnaissance du devenir provoque une grande frustration, soit parce qu'on ne parvient pas à réunir les circonstances ou les situations que l'on souhaite obtenir, soit parce qu'on s'aperçoit qu'on est dans l'incapacité absolue de les conserver.

Nous avons exactement la même attitude que l'enfant qui, fasciné par la vue d'un arc-en-ciel, souhaite se l'approprier : il a envie de courir vers l'arc-en-ciel et croit à sa réalité, mais il n'a aucune possibilité de pouvoir vraiment le trouver car l'arc-en-ciel est quelque chose d'irréel, Notre attitude à l'égard de la vie courante est identique à celle de l'enfant. Nous croyons à la réalité des choses, du monde, des richesses, des situations; nous pensons que tout cela est solide, que nous pouvons nous l'approprier et le garder. Nous y consacrons beaucoup de temps et d'énergie. Mais cette croyance ne correspond pas à la réalité des choses et il en résulte insatisfaction et souffrance.

L'autre image illustrant notre état d'esprit est celle du rêve. Lorsqu'on dort et qu'on rêve, on pense que toutes les situations que l'on rencontre sont réelles; on est emporté et influencé par les événements du rêve. Si ce sont des événements agréables, on connaît la joie, Si les choses se passent mal, on souffre, n'aimant pas cette situation dans laquelle on voit un mauvais signe, et l'on fait tout ce qu'on peut afin d'éviter l'évolution de ce "mauvais rêve". Lorsqu'au réveil on continue à s'attacher à la réalité de ce rêve, on tombe encore une fois clans l'illusion et la mauvaise compréhension. Si le rêve a été agréable, on se dit qu'il s'agit d'un bon signe et qu'il faut agir dans ce sens; si par contre il s'agit d'un cauchemar, il se peut qu'on soit très inquiet et qu'on y voit le signe de futures difficultés dans notre vie. Le fait de croire, ainsi à la réalité des choses alors qu'elles n'en ont pas est une cause de souffrance et de malaise pour l'esprit. Nous ne voyons pas que le rêve n'est que la simple projection de l'esprit et nous lui donnons une valeur qu'en fait il n'a pas. Quand nous sommes éveillés, il en va exactement de même : nous cherchons à saisir les choses, les croyant réelles alors qu'elles sont irréelles, permanentes alors qu'elles sont changeantes. Finalement, à trop vouloir les saisir, nous ne faisons que perdre notre temps et générer la frustration.

Quand on a conscience de l'instabilité des choses, conscience que tout ce qu'on perçoit n'a finalement aucune réalité puisque tout change constamment, la souffrance dès lors peut s'apaiser : on s'aperçoit que nos ambitions et toutes les choses que l'on voulait atteindre n'apportent aucun bonheur puisqu'elles sont vides comme le ciel, et qu'elles n'ont aucune solidité ni aucun aspect concret. Si l'on ne prend pas conscience de cette instabilité, on continue de croire qu'on peut atteindre tel ou tel état, se procurer telle ou telle chose, se maintenir dans telle ou telle situation. On développe des efforts mal fondés qui provoquent la souffrance puisqu'ils font naître un sentiment de frustration.

L'autre manière de pacifier la souffrance consiste à comprendre que les circonstances que nous connaissons actuellement sont simplement le fruit d'actions antérieures. Les joies, les succès, les bonheurs rencontrés représentent le mûrissement d'actions positives entreprises dans nos vies passées. Les souffrances, les difficultés et les situations adverses représentent par contre le mûrissement d'actions négatives accomplies dans le passé. Il n'y a rien que l'on puisse changer lorsque le fruit de ces actions mûrit : c'est le résultat naturel d'actes accomplis longtemps auparavant. Nous n'avons pas la possibilité de contrôler tout ce qui advient dans notre vie quotidienne; très souvent nous souhaitons de toutes nos forces être heureux et éviter de souffrir, mais ce n'est pas toujours possible. Ceci montre le lien infaillible qui existe entre l'action entreprise et le résultat qui en découle. Plutôt que de nous préoccuper d'accéder à des états qui ne dépendent, plus de nous, il est plus important de penser au futur et de prendre conscience que la qualité des actions que nous entreprenons maintenant détermine notre futur. Si nos actes sont positifs, nous créons des causes favorables pour nos existences futures, car ces actions positives mûriront en circonstances avantageuses et heureuses; mais si maintenant nous accomplissons des actions négatives, nous sommes sûrs de nous retrouver plus tard dans des états d'existence déplaisants et remplis, de souffrance.

Le Bouddha est un être qui a vu très clairement que le cycle des existences est rempli d'une souffrance sans fin. Cette vision très claire le motiva à rechercher une voie permettant d'en finir avec cette souffrance et de transcender le cycle des existences. C'est ainsi qu'il atteignit l'Eveil.

Dans la vie ordinaire, nous croyons pouvoir trouver le bonheur et nous faisons tout ce que nous pouvons pour y parvenir et introduire joie et confort dans le monde. Nous ne connaissons pas que la nature fondamentale du cycle des existences est devenir et souffrance.

De ce fait, nous nous illusionnons avec quelques joies et continuons à tourner dans le samsara. La seule différence qu'il y a entre un être ordinaire et un bouddha est que celui-ci a réalisé la nature insatisfaisante du cycle des existences, alors que ce n'est pas le cas pour un être ordinaire.

Lorsque nous méditons, nous voyons que notre esprit est sans cesse ballotté par les pensées qui vont et viennent. Ces pensées sont centrées sur le désir de satisfaire des ambitions mondaines : parvenir au bonheur et fuir la souffrance. Toutes ces pensées qui agitent l'esprit et rendent la méditation très difficile viennent de notre attachement à la permanence de cette vie : nous n'avons pas constamment conscience de la mort et du devenir. Intellectuellement, nous savons que nous mourrons un jour, mais nous ne pressentons pas chaque moment du processus de transformation. Nous oublions qu'à chaque instant la mort peut venir et avons plutôt tendance à croire que nous pouvons faire ceci ou cela, devenir riches et renommés, etc. Que l'on en ait conscience ou non, la mort peut survenir n'importe quand, et la seule chose utile alors est la pratique du dharma. Tout le reste, nos possessions, les efforts que nous aurons fournis, notre réputation devront être laissés derrière nous; seul le dharma pourra nous aider. Nous aurons besoin de la protection des Trois Joyaux et du lama, nous aurons besoin d'avoir accumulé beaucoup de mérite pour traverser le processus de la mort de façon supportable. Prendre conscience de cette réalité des choses nous donne un sentiment d'urgence. La peur de mourir et de e retrouver dans des états de renaissance inférieurs est l'impulsion qui nous pousse à faire quelque chose tout de suite. Nous ne pensons plus qu'au dharma, notre état d'esprit devient calme et paisible, il n'est plus agité par des ambitions mondaines et la méditation est beaucoup plus facile.

Lorsque l'on médite, il faut éviter de penser au futur de façon concrète. Le futur n'est pas encore présent et il est donc vide : tout est possible. On ne peut pas influer sur le futur rien qu'en y pensant maintenant. Toutes les idées d'ambition et les projets que l'on développe pendant la méditation ne sont qu'une perte de temps, car ces pensées ne vont pas réellement produire le futur.

Si l'on essaie, délibérément et au prix de nombreux efforts, de produire des circonstances ou de créer des situations, on se rend finalement compte que l'on ne peut pas influer complètement sur ce qui nous arrive. Qu'une situation apparaisse ou non ne dépend pas seulement de nos intentions, mais dépend aussi de ce que les autres personnes qui sont dans cette situation ont fait dans le passé, ainsi que de nos propres actions antérieures. Il ne faut donc pas perdre son temps à envisager le futur de cette manière. Si l'on est attentif au flot des pensées qui s'élèvent dans l'esprit, on peut voir comment une pensée en entraîne une autre. Pour l'instant nous ne contrôlons pas nos pensées; même si nous ne pensons pas à quelque chose de spécial, une idée apparaît d'un seul coup dans notre esprit. Cela vient de ce que toutes les pensées qui surgissent dans notre esprit ont été créées sous l'influence de nos actions antérieures. C'est pourquoi nous ne décidons pas de penser à telle ou telle chose : cela apparaît automatiquement dans notre esprit du fait de l'influence de notre karma.

Si l'on est attentif à cela quand on s'assied pour méditer, on comprend qu'il en va de même pour le futur : nous ne contrôlons ni ne pouvons délibérément créer le futur, qui est simplement un ensemble de facteurs arrivant à maturité. Si nous essayons de faire apparaître des circonstances plaisantes et déployons de nombreux efforts pour y parvenir, nous souffrirons beaucoup de constater que nos efforts sont vains. Cette prise de conscience nous fera réaliser la véritable valeur du dharma et nous incitera à pratiquer.

La pratique des enseignements du Bouddha aide à se libérer petit à petit de la souffrance dans laquelle on s'enferme, et évite d'entreprendre de nouvelles actions négatives qui seraient source d'autres souffrances dans le futur, permettant au contraire d'accomplir des actes qui mûriront un jour ou l'autre sous la forme de circonstances favorables. Cela ne doit pas se limiter à une compréhension intellectuelle du dharma ou à un attachement au côté plaisant de l'enseignement. Il faut que cela passe par la pratique et par l'acceptation de l'effort à faire afin de trouver le temps et l'espace nécessaires à la pratique, pour qu'il y ait une véritable progression.

Dans la vie quotidienne, lorsqu'on rencontre d'autres personnes, il s'établit le plus souvent une relation basée sur l'activité du désir-attachement, de la haine-rejet ou de l'ignorance-indifférence.

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