Voici
la première partie d'une série consacrée
à la méditation de Lhaktong par laquelle
s'opère la reconnaissance de la nature fondamentale
de l'esprit. Chiné conduit le méditant
à maîtriser les mouvements de son esprit
et à le tenir focalisé en un seul point,
sans distraction, faisant s'élever les expériences
de clarté, félicité et non-conceptualité.
C'est l'obtention de la stabilité mentale. L'esprit,
étant au repos, devient souple et malléable,
et le processus de reconnaissance peut être engagé.
Celui-ci
est mené en deux temps :
1)
observation et analyse, puis
2)
reconnaissance définitive.
La
partie traitée ici décrit le premier
point : observation de l'esprit dans ses différents
états, au repos et en mouvement, et analyse
des qualités qui s'élèvent alors.
C'est
la phase d'intégration effective des caractéristiques
de l'esprit. Ce qui n 'était alors qu'une approche
intellectuelle permettant de comprendre l'esprit cherché
dans la méditation, est maintenant devenu la
reconnaissance immédiate de ces éléments
par l'expérience directe, issue de l'absorption
méditative. Il convient de bien garder cette
distinction présente à l'esprit afin de ne pas
plaquer de conclusion intellectuelle hâtive sur
les descriptions des expériences, ce qui laisserait
de côté l'essentiel.
Ce
texte, écrit par le 9ème Karmapa, Wangtchouk
Dorjé, est avant tout un manuel de méditation
et un guide pédagogique à l'usage du Lama
instructeur. Il suppose une expérience préalable,
de la part de l'instructeur, des situations rencontrées
par le disciple.
Alors,
pourquoi rendre publiques des informations destinées
au Lama ?
La
réponse est donnée par Guendune Rinpoché
:
"Autrefois,
le disciple recevait une instruction de méditation,
puis il allait se retirer à proximité
pour mettre en pratique les indications du Lama. Lorsqu'il
croyait avoir obtenu l'expérience correspondante,
après plusieurs jours de méditation, il
revenait en rendre compte. Selon le résultat
de ses recherches, le Lama lui donnait de nouvelles
indications ou l'enjoignait à méditer
avec plus d'efforts sur le même thème.
Ainsi,
le Lama était certain des progrès de son
disciple, et celui-ci était guidé pas
à pas sans retard.
Maintenant,
les conditions sont différentes. L'instructeur
ne peut être présent de la même manière
et le disciple n'a guère le loisir de pratiquer
avec autant d'intensité et de suivi.
II
lui est donc nécessaire de pouvoir apprécier
la direction que prend son développement spirituel
en comparant ses expériences avec celles décrites
ici, ce qui n 'exclut pas qu'il en rende compte, le
moment venu, à son Lama instructeur."
Ce
texte illustre également le type de relations
qui doivent s'instaurer entre maître et disciple
pour que le résultat soit fructueux : compassion
et discernement, habileté dans les conseils,
de la part du Lama ; franchise, dévotion et confiance
de la part du disciple, qui lui permettent de relater
de façon simple et directe ses expériences
sans tenter de les transformer.
Souhaitons
que ce bref aperçu puisse donner une idée
juste de cette relation, cœur du développement
spirituel.
PREMIERE
PARTIE
1
- OBSERVATION DE L'ESSENCE DE L'ESPRIT DANS SON ETAT
FONDAMENTAL
Effectuez
d'abord les pratiques préliminaires de façon
concise, puis, de la même manière, parcourez
les différents supports de méditation
pour l'obtention de la stabilité mentale (Chiné),
juste assez pour les garder en mémoire.
Ensuite,
commencez par vous détendre, le corps dans la
posture assise et laissez l'esprit reposer tel qu'il
est dans son mode naturel :
placez
l'esprit dans la radiance lucide, demeurez, l'esprit
radieux, semblable à l'éclat du soleil
dans un ciel sans nuages, demeurez, percevant tous les
événements mentaux, conscient qu'ils sont
l'esprit, de la même façon que les vagues
sont l'eau ; demeurez, sans fixer comme existant l'aspect
de clarté, à la manière, d'un enfant
qui regarde l'intérieur d'un temple.
Dans
cette dimension, considérez l'essence de votre
propre esprit au repos et demandez-vous : A quoi ressemble
son essence ? Quelle est sa couleur, quelle est sa forme,
quelle est sa configuration ? Est-ce quelque chose de
tangible ou d'intangible ? D'où est-il apparu,
ou demeure-t-il actuellement, où disparaîtra-t-il
enfin ? Est-il à l'intérieur de mon propre
corps ou non ? Existe-t-il comme un objet à l'intérieur
ou à l'extérieur du corps ? A quel aspect
des six classes d'êtres peut-il être identifié
?
Observez
l'essence de l'esprit et si vous découvrez qu'il
existe quelque chose dont on puisse dire qu'elle a telle
ou telle couleur, telle configuration ou telle essence,
c'est bien (1). Si
rien n'est trouvé, n'en restez pas là,
mais continuez à examiner votre esprit encore
et encore, avec une grande persévérance.
Lorsqu'on
lui demande à quoi ressemble l'essence de l'esprit
au repos, si le disciple répond : "A part le
simple fait qu'elle est au repos, il n'y a rien qui
permette de définir l'essence de l'esprit comme
existant en tant que quelque chose", il faut alors lui
demander si cet état de conscience indéterminé
est une obscurité dense ou si c'est plutôt
une lucidité vive, nue. S'il répond "la
deuxième proposition", c'est qu'il a vu l'essence
de l'esprit. S'il dit "c'est plutôt comme la première
solution", il doit continuer son examen.
Lorsqu'il
revient en rendre compte, demandez-lui quelle différence
il y a entre l'état de calme antérieur
et l'état actuel.
S'il
dit : "Avant, lorsque l'esprit restait au repos, ma
conscience était cotonneuse, comme suspendue,
les manifestations mentales ternes, et j’étais
dans une étendue inconsciente, expérimentée
comme une détente achevée, affranchie
de l'effort habituel visant à la produire. Cet
état ne donnait pas une définition précise
de l'objet, je demeurais seulement au repos, sans voir
l'essence de la conscience connaissante, comme si la
conscience pénétrait dans un trou. L'esprit
était dans une perception opaque, sans lucidité,
comme une mouche qui se fixe quelque part et ne bouge
plus. Maintenant, la stabilité est claire, lumineuse,
transparente, et n'est plus saisie comme un objet tangible."
Si
telle est la réponse, le disciple a eu un aperçu
de l'essence de l'esprit mais seulement de façon
partielle.
S'il
dit qu'il n'y a pas de différence entre avant
et maintenant, il faudra lui dire que ce type de méditation
ne fait que contenir les émotions et que, pour
atteindre l'Eveil, on doit en outre développer
dans le courant de l'être la conscience primordiale
de la Vision Pénétrante. Aussi doit-il
s'appliquer avec beaucoup d'insistance à la produire
et pratiquer jusqu'à son obtention.
Si
le disciple, bien que s'efforçant, ne parvient
pas à obtenir la stabilité, il faut provoquer
dans l'esprit un état d'agitation. Dans cet état
d'agitation, il faut continuer à chercher : ce
que nous appelons esprit, qui peut être dépourvu
ou non de pensées, en mouvement ou au repos,
quelle est sa couleur, quelle est sa forme, à
quoi ressemble son essence ? A t'il l’apparence formelle
d’un objet visuel ou existe t'il comme un objet des
cinq sens (son, odeur, goût, toucher ou perception
mentale)?A quoi peut-on le comparer ? Depuis le sommet
de le tête jusqu’aux plantes des pieds, à
quelle partie du corps peut-on l’associer ? Peut-on
le situer dans le corps aux organes des sens, aux organes
essentiels ( cœur, poumons, foie, pancréas, reins),
aux membres, au visage, aux cheveux, etc…) Il faut examiner
ainsi de haut en bas sans oublier la peau. Quand il
est en mouvement, est-ce qu’il se projette en les cinq
éléments et les six classes d’êtres
?(2) Analysez soigneusement
afin de déterminer si l’essence de l’esprit,
qu’il soit en mouvement ou au repos, est existante ou
non-existante, les deux à la fois ou ni l’un
ni l’autre.
2-
TRANCHER LES DOUTES ET AVOIR UNE CERTITUDE QUANT A LA
BASE DE L’ESPRIT.
Si
l’on poursuit ainsi sans rien trouver, il faut répéter
cette enquête soigneusement, s’efforcer encore
et encore. Si alors rien n’est découvert, il
faut se demander de quelle manière le chercheur
lui-même existe. Quelle différence y a
t'il entre l’esprit antérieur et l’esprit qui
actuellement mène la recherche ? On doit analyser
attentivement afin de trouver comment il apparaît,
demeure et disparaît. On introduit un mouvement
dans l’esprit et on observe s’il existe une différence
entre l’esprit stable, conscient de toutes les impulsions
mentales dès qu’elles s’élèvent,
et l’esprit en mouvement qui suit l’une ou l’autre.(3)
Ces deux esprits sont-ils une même chose ou non
? Si la réponse est qu’ils sont un, alors il
y a reconnaissance de leur identité.
Imaginons
un couple avec un enfant : quand l’enfant est dans
les bras de sa mère, il n’est pas sur les genoux
de son père et vice-versa, mais il peut aller
et venir entre les deux. L’esprit est pareil à
cela. Lorsqu’il est calme, il n’est pas agité
et lorsqu’il est agité, il n’est plus calme.
Mais c’est cet esprit unique qui fait le mouvement et
le repos. Cela est la reconnaissance de l’identité
du mouvement et du repos.
Certains,
bien qu’ayant vu l’essence de l’esprit, ne sauront pas
comment l’exprimer, parce qu’ils ne possèdent
pas les termes du Dharma.
Pour
cette raison, il est important d’examiner les limites
exactes de leur expérience par une étude
et des questions précises. D’autres n’auront
pas d’expérience dans leur être, mais connaîtront
parfaitement la façon d’utiliser les termes techniques
du Dharma, qu’ils auront appris mais non expérimentés.
Si ce sont simplement des mots entendus, ils ne seront
pas capables de soutenir leurs propos, et il apparaîtra
dans leurs discours qu'ils n'ont pas d'expérience
réelle. Il faut apprécier le disciple
à la mesure de sa propre expérience et
le questionner en faisant preuve d'habileté dans
les méthodes.
On
peut examiner la base fondamentale de l'esprit en utilisant
successivement les Onze Points à méditer
:
1)
recherche générale : recherche qui
s'attache à poursuivre l'esprit dans son courant,
à s'interroger sur son propre esprit : existe-t-il
ou non ? Comment est son essence ? etc...
2)
observation discriminante : recherche qui
prend comme support les particularités telles
que couleur, forme, etc...
3)
analyse minutieuse : recherche progressive menée
jusqu'à son terme concernant celui qui cherche
aussi bien que ce qui est cherché.
4)
stabilité mentale (Chiné) : ayant
ainsi cherché, observé et analysé,
on en vient à intégrer le fait que son
propre esprit n'a pas de nature propre, et à
intégrer de la même manière le fait
que tous les phénomènes ne sont rien d'autre
que de simples noms. Par cette intégration, on
s'établit plus proche de la profondeur absolue
de l'esprit.
5)
vision pénétrante (Lhaktong) : recherche
de l'essence même de cette stabilité (Chiné),
et réalisation complète de cette essence.
6)
les deux unis (Chiné/Lhaktong) : inséparabilité,
indissociabilité des deux états.
7)
clarté : si la torpeur ou la somnolence
s'élève, penser à quelque chose
qui cause de l'agitation dans l'esprit, pour le raviver.
8)
non-conceptualité : si excitation ou agitation
survient, s'exercer à appliquer sur soi-même
les différentes méthodes pour ramener
le calme.
9)
équanimité : lorsqu'il n'y a ni
torpeur ni agitation, demeurer dans l'essence de ce
qui cherche et analyse.
10)
sans interruption : rester uni à cet état
fondamental sans jamais plus en être séparé
un instant.
11)
sans distraction : l'esprit devient encore plus
discipliné dans cette union et rien ne peut plus
le distraire, en aucune occasion.
Aucun
sens véritable ne sera réalisé,
si l'on s'en tient seulement à une simple compréhension
de ces Onze Points, ou à un sens général.
Il
faut que chacune des onze étapes soit produite
dans l'esprit, qu'elle apparaisse dans le courant de
l'être. Pendant la pratique elle-même et
entre les sessions, il faut à tout moment continuer
à examiner et analyser son propre esprit. Sans
se départir de l'investigation, on doit tourner
son regard vers l'intérieur en se demandant comment
est l'esprit, que l'on marche ou que l'on se repose,
etc... et le faire avec rigueur et sans distraction.
3
- LES INSTRUCTIONS DE RECONNAISSANCE, APRES AVOIR INTEGRE
LA CONSCIENCE COMME ETANT VIDE.
- Trois types de méditants -
Les
expériences ne s'élèvent pas de
la même manière pour tous, mais selon le
niveau de chaque individu.
a)
II existe un type de personnes qui progressent "d'un
seul coup", cela grâce à leur dévotion
immédiate envers le Lama, grâce à
leur précédente grande accumulation de
mérite et à la légèreté
des voiles qui obscurcissent leur esprit. Il leur suffit
de prier leur Lama ou d'entendre le Dharma, ou de se
trouver dans certaines circonstances qui ont une signification
symbolique ou de méditer quoi que ce soit, pour
obtenir la réalisation totale de celui des trois
yogas supérieurs qui leur correspond (treudrel,
ro tchik, gom me = "libre de projection", "saveur unique",
"non-méditation"). Ayant parachevé également
toutes les expériences appartenant au yoga inférieur
(tsé tchik = "en un seul point"), cela s'élève
en une seule fois.
b)
Certaines personnes progressent "par à-coups".
Ces personnes ont pratiqué et purifié
antérieurement et sont, dans cette vie, douées
d'un esprit supérieur. Même sans que soit
produite la stabilité mentale(Chiné),
s'élèvent les expériences et les
réalisations de la vision pénétrante
(Lhaktong). Chez d'autres, ce sont les expériences
de stabilité qui surviennent, chez d'autres encore,
ni les unes, ni les autres.(4)
c)
II y a enfin les "persévérants" qui progressent
"degré par degré", ceux dont l'enthousiasme
et la diligence sont faibles. Ils pratiquent modérément
et de façon relâchée. Les expériences
de Chiné, puis celles de Lhaktong s'élèvent
successivement, puis la combinaison des deux, chaque
étape nourrissant l'autre.
-
Préparation -
Etant
donné que la grande majorité des pratiquants
relève de cette dernière catégorie,
les instructions de reconnaissance sont données
par rapport à celle-ci.
Afin
d'accomplir les préparatifs nécessaires
à cette démonstration des méthodes,
il faut, au moment de ces instructions, disposer un
support consacré et arranger joliment des offrandes,
des tormas, et tous les ingrédients nécessaires
à un festin d'offrandes.
Maître
et disciple doivent tous deux prier le Lama et les Trois
Joyaux. Il faut s'abstenir de donner ces instructions
de reconnaissance à des personnes qui ont détruit
leurs samayas, à des êtres très
négatifs et à des êtres à
l'esprit obtus.
-
Etablissement dans la méditation -
Excluant
toutes distractions et obstacles, il faut établir
le disciple en méditation dans la posture physique
adéquate (en cinq ou sept points).
Après
qu'il se soit engagé dans les méditations
préliminaires, comme on l'a vu précédemment,
il faut lui dire de laisser son esprit détendu,
dans son mode propre, et de demeurer ainsi. Il doit
poser un regard lucide, direct et aigu sur l'essence
de l'esprit détendu, maintenir une attention
constante sans la moindre distraction, quelles que soient
les pensées qui apparaissent, sans produire quoi
que ce soit d'artificiel, sans les adopter ni les rejeter
de façon délibérée.
C'est
ce qu'illustre Saraha lorsqu'il dit :
"Etabli
uniquement dans la clarté propre de l'eau ou
de la flamme, je ne prends ni ne rejette ce qui va et
vient. "
Ceci
est l'instruction essentielle sur la clarté/vacuité
lucide et aiguë, transparente, dénuée
de fixation réaliste, conscience immédiate
appelée aussi "conscience ordinaire". Cela n'est
pas quelque chose que l'on prendrait d'ailleurs et sur
lequel on méditerait, et ce n'est pas non plus
l'établissement dans une "méditation"
inconsciente. C'est la conscience immédiate,
instantanée, qui est attentive, sans distraction,
tour à tour de façon détendue et
vigilante ; détendue lorsque l'on est assis sur
le coussin de méditation et disciplinée
entre les sessions.
Tout
ce qui s'élève, si on ne le saisit pas,
est de lui-même libéré.
Si
l'on pratique ainsi, sans saisie, la sagesse primordiale
de la Vision Pénétrante s'élèvera.
Comme
le dit Gyalwa Yang Gueunpa :
"L'esprit
libre de saisie réaliste, la dimension de la
vacuité,
"cette
connaissance non-intellectuelle, lucidité vide,
"laisse-la
demeurer en elle-même et s'observer elle-même,
et médite."
Par
la méditation, on en viendra à avoir la
vision pénétrante de son propre visage
comme étant l'essence de l'esprit. (5)
II
faut renvoyer les disciples en leur disant de pratiquer
ainsi.
-
Examen de l'essence de l'esprit -
A
ce stade, il faut demander au disciple : cet esprit,
comment est-il ? Et comme il a tendance à s'appuyer
sur un langage vide, superflu, il faut le presser de
questions. Lorsqu'il est interrogé, quelles que
soient les expériences qui ont pu s'élever,
le disciple peut répondre des paroles futiles,
insensées, ou s'engager dans un bavardage inutile.
Aussi
l'interrogatoire doit-il être poursuivi de façon
réellement approfondie.
Il
y a des personnes qui, bien qu'ayant vu le sens ultime,
demeurent incapables de l'exprimer. Il faut donc les
étudier attentivement pendant cet examen. Si
leur expérience est fabriquée ou si c'est
seulement une compréhension intellectuelle, ils
ne seront pas capables de soutenir ce qu'ils avancent
et ils se contrediront. Si leur expérience est
authentique, quoi qu'on essaie de leur faire dire, ils
seront capables de répondre par oui ou par non
; ils diront : "pour moi, ça s'est passé
comme ça...".
Il
faut poser les questions adroitement et examiner avec
minutie tout ce qui s'élève successivement.
Il
ne faut pas donner une partie des instructions qui ne
correspondrait pas à une expérience authentique,
autrement le disciple pourrait devenir un vaniteux "je
sais tout" et pourrait aller jusqu'à troubler
la méditation des autres. Dans ce cas-là,
il faudrait le renvoyer méditer en lui disant
qu'il n'a pas eu la vision, la reconnaissance de la
nature fondamentale et qu'il lui faut revenir avec une
expérience véritable.
-
Vision Pénétrante dans l'esprit au repos
Lorsqu'il
examine la non-conceptualité, le disciple peut
dire :
"Au
niveau de cet esprit stable, il n'y a rien du tout".
Puisque alors la Vision Pénétrante ne
s'est pas élevée, il faut le renvoyer
pour qu'il continue à observer son esprit quelques
jours de plus.
S'il
affirme : "Il y a une vacuité vide, complètement
insaisissable", il n'en a reconnu qu'un aspect, pas
la totalité. Aussi, afin d'acquérir une
certitude absolue, il doit poursuivre sa recherche sans
distraction. Il devra examiner encore afin de voir si
la vacuité est une vacuité "en soi" ou
si cette vacuité est comme un mode d'être,
une qualité. S'il répond : "La conscience
n'est pas objectifiée, mais il demeure une clarté
nue, vibrante, sans qu'il y ait quelqu'un qui voit ni
quelque chose à voir. Ainsi, l'on ne peut affirmer
que ce qui est observé soit quelque chose dont
on peut dire "c'est comme ça", et je ne sais
comment l'exprimer", ou bien, si la réponse est
: "l'esprit demeure dans la vacuité stable, claire,
transparente bien que non objectifiée", c'est
que l'expérience est là mais qu'il lui
est difficile de l'exprimer.
Dans
ces deux cas, il faut le presser de questions afin de
voir si c'est seulement une compréhension intellectuelle,
auquel cas il ne sera pas capable d'aller plus loin,
ou si c'est une expérience, et dans ce cas, ses
réponses seront claires, assurées et solides.
Ceci
est la manifestation de la Vision Pénétrante
dans l'esprit au repos.
-
Vision Pénétrante dans l'absence de concept
-
II
arrive que le disciple soit établi dans une recherche
matérialiste avec des interrogations sur l'origine
de l'esprit, son lieu de disparition, etc... (6)
S'il se fixe là-dessus et s'il s'en explique
de manière superficielle, cela est le signe qu'il
n'y a pas de compréhension.
S'il
affirme : "Il n'y a rien qui apparaisse ou qui disparaisse",
il faut lui demander si, au moment de cette découverte,
s'élève une pensée discursive qui
dit que c'est comme cela. S'il répond qu'il y
en a une, il faut qu'il s'en retourne observer cette
pensée discursive. S'il soutient : "bien qu'il
y ait compréhension que n 'existe ni apparition
ni cessation, il n'y a pas de pensée discursive
pour l'affirmer", ceci est la manifestation de la Vision
Pénétrante dans l'absence de concept,
et on lui donnera alors les instructions montrant le
Dharmakaya comme étant la conscience/vacuité
coïncidentes.
-
Vision Pénétrante dans la clarté/vacuité
-
Lorsque
le disciple examine la pensée, s'il affirme :
"il n'y a pas de production ou de cessation, on demeure
seulement dans la vacuité", et s'il emploie des
termes choisis, c'est qu'il est en train de mentir.
S'il
dit : "bien que la pensée s'élève,
elle n'est pas saisie comme objet ", il faut lui
demander si cela provient d'une pensée discursive.
S'il déclare: "une telle pensée ne s'élève
pas, il n'y a ni sujet qui saisit ni objet saisi, il
y a seulement production et dénouement simultanés
des pensées", ceci est la reconnaissance du Dharmakaya
comme étant l'union de la clarté/vacuité.
-
Vision Pénétrante dans la manifestation
-
Lorsqu'il
fonde son observation sur les objets des cinq sens,
la forme, etc..., si le disciple dit : "l'objet est
extérieur, lumineux et clair ", il faut lui demander
si une pensée qualifiant cet objet de lumineux
et de clair est présente ou non et l'envoyer
examiner le penseur.
S'il
répond après examen : " une telle pensée
n'apparaît pas, l'objet même est inobstrué,
ouvert, au-delà de toute limite, et l'esprit
qui observe n 'est pas saisi comme sujet mais reste
détendu, libre d'anxiété. Les deux
(sujet et objet) ne sont absolument pas distincts, sans
même l'idée qu'il puisse en être
ainsi", si telle est la réponse, c'est l'apparition
de la Vision Pénétrante dans la manifestation.
Telles sont les instructions essentielles sur le Dharmakaya
comme étant l'union de l’apparence et de la vacuité.
-
Sagesse Primordiale de la Vision Pénétrante
-
Tout
ceci sont des moyens utilisés dans la recherche
de la Vision Pénétrante basée sur
la stabilité mentale (Chiné). C'est ce
qui est nécessaire pour l'observation de l'essence
de la méditation. Ce qui est appelé "conscience
auto-connaissante" ou "conscience autonome" n'est rien
d'autre que la vision de l'essence de son propre esprit
qui s'élève d'une observation détaillée.
La sagesse primordiale de cette conscience auto-connaissante
a pour nature l'essence de la grande béatitude
qui est par elle-même le Mahamoudra (Grand Sceau).
Sans
observer l'essence de sa méditation, l'essence
de l'esprit n'est pas vue, cette sagesse auto-connaissante
n'est pas reconnue, et sans cette reconnaissance, on
ne sera pas capable de réaliser la sagesse primordiale
de la Vision Pénétrante qui est grande
félicité.
Aussi
est-il essentiel d'observer l'esprit. Dans tous les
cas, quelle que soit la façon dont le disciple
appréhende son expérience individuelle,
il faut s'assurer qu'elle n'est pas seulement une compréhension
intellectuelle mais l'envoyer méditer en lui
disant de revenir muni d'une expérience indubitable.
Si
le disciple répond, lorsqu'il est questionné,
que l'esprit demeure clair et détendu, ou transparent
et brillant, ou profondément lumineux, c'est
qu'il y a une forme de certitude mais qu'il est incapable
de l'exprimer. Observant son propre esprit, s'il dit
qu'il n'y a pas la moindre objectivation, c'est qu'il
y a reconnaissance véritable. S'il dit que l'expérience
demeure non focalisée, il faudra l'instruire
pour qu'il passe d'une compréhension mentale
à une expérience qui ne soit pas conceptuelle.
Ce qu'il faut, c'est lui montrer la nécessité
d'une reconnaissance qui vienne de l'expérience
personnelle et pas seulement d'une compréhension
intellectuelle.
Aussi
faut-il lui dire de ne pas s'engager dans une multitude
de processus analytiques mais de se focaliser sur l'essentiel
et de méditer selon les injonctions du Lama.
Il doit continuer à méditer jusqu'à
ce qu'expériences et réalisations s'élèvent.
Celles-ci une fois produites, lui seront données
les instructions essentielles.
Il
n'est pas certain qu'il soit nécessaire d'enseigner
d'un coup tous les aspects de ces instructions de reconnaissance.
Les instructions essentielles doivent être données
de façon progressive selon les signes de
reconnaissance
du disciple, selon ce qui s'élève et la
façon dont cela s'élève.
>>>
NOTES
(explications de Lama Guendune Rinpoché)
1- II faut chercher l'essence de l'esprit
jusqu'à obtenir une conviction, jusqu'à
ce qu'il y ait une certitude. Il faut en arriver à
se dire : "ah ! ça y est." Sinon, on demeurerait
inquiet.
retour au texte
2 - Lorsque l'esprit est au repos, il
ne projette, n'émane rien ; sinon, puisque le
monde extérieur est une projection de l'esprit,
est-ce que l'esprit, lorsqu'il est en mouvement, se
projette en les cinq éléments (terre,
eau, feu, air, espace) et les six classes d'êtres
(dieux, titans, humains, animaux, esprits avides, êtres
infernaux) ?
retour au texte
3 - On produit dans l'esprit une pensée comme
objet de connaissance et on cherche la différence
qu'il peut y avoir entre le connaisseur au repos et
le connaisseur en mouvement. Il faut en arriver à
voir qu'il n'y a pas de différence entre les
deux, sinon on serait tenté de penser qu'il y
a un "bon" et un "mauvais" esprit, alors que c'est toujours
le même. Le processus de recherche doit être
entrepris sur ce schéma : à partir d'une
compréhension intellectuelle, on développe
une expérience réelle d'où vient
la certitude.
retour au texte
4 - Chiné et Lhaktong sont des étapes
(qui correspondent aux quatrième et cinquième
des Onze Points à méditer). Ce type de
méditants atteignent les étapes supérieures
sans forcément passer par des expériences
de Chiné et de Lhaktong. Ils progressent autrement,
d'une manière illogique.
retour au texte
5 - La Vision Pénétrante est le moyen
qui nous permet de reconnaître l'essence de l'esprit.
De même qu'on ne peut voir son propre visage avec
ses propres yeux, de même on ne peut voir l'essence
de l'esprit. Celle-ci s'élève et s'accroît
comme la lune dans le ciel.
retour au texte
6
- Une fois que l'on est parvenu à une certitude
quant à la non-existence intrinsèque de
l'essence de l'esprit (qu'on n'a découvert ni
forme ni couleur pouvant la qualifier, ni lieu d'apparition,
etc...), il n'est plus nécessaire de rester dans
une recherche discriminante. Cela risquerait de devenir
un jeu intellectuel qui nuirait à la méditation.
retour au texte
>>>