Méditation
naturelle
En
tibétain, méditation se dit gom, qui signifie
s'entraîner. Pour le moment le processus de l'ego
est automatique, les tendances sont ancrées en
nous depuis des temps sans commencement. On ne fabrique
pas la colère, elle s'élève d'elle-même
,
l'orgueil est un processus d'identification naturel,
etc. La méditation va modifier cela. Si l'on
commence à appliquer les antidotes, seul et avec
les autres, le processus de l'ego s'inverse peu à
peu. Alors qu'on allait être pris par l'émotion,
on se souvient du remède, on le met en pratique
et on modifie la relation à la situation.
Cela
nous conduit à un deuxième type de méditation
qui est un regard beaucoup plus direct sur l'émotion.
Il ne s'agit pas cette fois d'apporter un remède
spécifique à chaque émotion, mais
plutôt d'arrêter d'écouter ce que
nous dit l'émotion ou la pensée et d'essayer
de voir simplement son mouvement.
Qu'est-ce
qu'une émotion ?
C'est un mouvement. Prenons la colère par exemple.
Quelque chose nous irrite, quelqu'un nous agresse, et
tout à coup la colère s'élève.
Que se passe-t-il en réalité ?
C'est un mouvement dans l'esprit, quelque chose qui
prend place et envahit aussi bien l'esprit que le corps.
Si l'on écoute la colère, si l'on s'identifie
à elle, elle nous maîtrise; on dira ce
qu'on ne voulait pas dire et on fera peut-être
ce qu'on ne voulait pas faire.
Mais
si, plutôt que de saisir la colère, plutôt
que de s'identifier à elle, on la laisse s'élever
et on lui laisse de l'espace, regardant simplement son
mouvement, essayant de voir d'où elle s'élève,
où elle prend place, où elle disparaît,
on ne pourra rien trouver de réellement existant.
Il
en va de même pour les autres émotions,
idées, sensations, perceptions, pour tout ce
qui s'élève dans l'esprit.
Plutôt que d'écouter tout cela, plutôt que
de le manipuler, l'esprit se regarde lui-même.
Si
on ne saisit pas la pensée ou l'émotion
qui s'élève,
si on ne s'identifie pas à elle,
alors elle se libère d'elle-même.
Elle se pacifie.
C'est
une instruction-clef de l'enseignement du Bouddha. Si
l'on détend cet esprit qui est lié, il
se libérera, cela ne fait aucun doute. Cette
instruction simplifie la relation que l'on entretient
avec soi-même. Cela signifie que, lorsqu'on détend
l'esprit, lorsqu'on lui laisse l'espace suffisant pour
se déployer de lui-même il se pacifie,
exactement comme une vague qui s'élève
de l'océan retourne d'elle-même à
l'océan. Il n'y a rien à faire, rien à
fabriquer ou à construire. C'est un processus
naturel et l'esprit possède cette capacité
à se pacifier de lui-même. Mais dès
qu'une pensée s'élève, on la saisit,
on y réfléchit, on en rajoute d'autres,
ce qui nous emmène dans un train de pensées
vers toujours davantage de confusion et de mouvement.
En fait notre esprit est comme une petite mare d'eau
agitée, l'eau et la vase sont continuellement
mélangées et la mare est opaque. Si l'on
arrête de mélanger l'eau, la vase se dépose
au fond et la transparence et la clarté de l'eau
apparaissent. Cette transparence ne peut être
fabriquée, elle prend place d'elle-même.
Il en va de même pour l'esprit qui ne peut se
pacifier que de lui-même. De plus, si l'on ne
saisit pas la pensée qui s'élève,
si on la laisse se déployer et se pacifier, elle
révélera les qualités de l'esprit.
Celui-ci a la capacité de se reconnaître
lui-même pour ce qu'il est, il possède
cette capacité créatrice de reconnaissance.
La conscience confuse que l'on a actuellement des choses
n'est rien d'autre que cette conscience fondamentale
de l'esprit, mais voilée par la saisie égoïste.
Nous avons en nous le potentiel de clarté, nous
possédons cette capacité de l'esprit à
se connaître et à connaître les phénomènes
directement. On ne peut y accéder qu'en se détendant,
en s'arrêtant et en lâchant prise. Cette
capacité est là depuis toujours, mais
n'est pas reconnue à cause de l'ignorance. Donc,
méditer c'est tout d'abord se détendre,
regarder ce qu'est l'esprit, avoir le courage de laisser
son esprit se rencontrer lui-même.
S'entraîner...