La
progression dans la méditation #1
Shamar Rinpoché
Réaliser
l'état naturel de l'esprit
La
méditation accomplie pour réaliser
la véritable nature de l'esprit se nomme
lhaktong: "lhak" signifie non ordinaire
ou extraordinaire et "tong" signifie
la connaissance ou la conscience. Lhaktong serait
donc la conscience extraordinaire ou la conscience
non ordinaire de ce qu'est véritablement
l'esprit. Nous traduisons généralement
ce terme par vision profonde ou vision pénétrante.
Deux causes induisent la maîtrise de lhaktong
: une cause indirecte et une cause directe. La
cause indirecte consiste en l'accumulation de mérite,
et la cause directe naît de la maîtrise
de la méditation de chiné ou pacification
de l'esprit. L'accumulation de mérite recouvre
un vaste champ d'activités bénéfiques
et positives parmi lesquelles figure la générosité sous
ses différentes formes. La pratique supérieure
de la générosité est l'offrande
du mandala, l'offrande de l'univers.
L'autre
condition indispensable pour réaliser l'état
naturel de l'esprit est le développement
de l'esprit d'éveil dans ses deux aspects,
l'esprit d'éveil d'aspiration et l'esprit
d'éveil d'application, car c'est cela qui
va nous permettre de réaliser le plein et
parfait Eveil. L'Eveil se décline en trois
corps ou trois kayas : le dharmakaya ou corps de
sagesse, le sambogakaya ou corps de jouissance
et le nirmanakaya ou corps d'émanation.
Les deux corps formels sambogakaya et nirmanakaya
sont le fruit de l'accumulation de mérite
et du développement de l'esprit d'éveil.
Le dharmakaya est le fruit de l'accumulation de
sagesse résultant de la pratique de lhaktong
laquelle repose sur la pratique de pacification
de l'esprit qui, seule, permet de stabiliser et
de maintenir les expériences qui s'élèvent
de la pratique de lhaktong.
Les expériences sont parfois comme la flamme
d'une lampe à beurre exposée au vent.
En effet, l'esprit ordinaire est constamment agité par
les émotions perturbatrices car il éprouve
beaucoup d'attirance et d'attachement pour toutes
les situations mondaines.
Or,
tant que l'esprit est dépendant de ces perceptions
extérieures, la pratique de lhaktong est
extrêmement difficile. Le but de la pacification
de l'esprit est de stabiliser cet esprit, de dissiper
les émotions et les influences négatives.
Dans le Bodhicharyavatara, "La marche vers
l'Eveil" de Shantideva, il est mentionné que
la méditation de lhaktong résulte
de la pratique de chiné. La pratique de
lhaktong est synonyme de détachement, de
liberté face à toutes les fascinations
et les attachements de l'esprit. Sans la pacification
de l'esprit, l'esprit ordinaire demeure prisonnier
des émotions perturbatrices. Il est donc
essentiel de se concentrer sur la pratique de chiné et
de la pratiquer jusqu'à en avoir une profonde
expérience.
Générer
une véritable stabilité de l'esprit
Si
nous souhaitons atteindre une véritable
stabilité, il est nécessaire de consacrer
intensivement notre temps à la méditation.
Aujourd'hui, pour de nombreuses raisons, il est
difficile de réunir les circonstances qui
favorisent un tel investissement, que nous soyons
moine, moniale ou laïc. Les pratiquants laïcs
assument d'importantes responsabilités et
consacrent beaucoup de temps et d'énergie à leur
famille. Moines et moniales sont également
impliqués dans les nombreuses activités
d'un monastère ou d'un centre du dharma.
Cela laisse peu de temps pour la méditation.
De plus, dès l'instant où la distraction
interfère, il est difficile de contrôler
l'esprit car celle-ci entrave la pratique de la
méditation. Nous ne pourrons réaliser
aucun fruit stable dans la pratique si différents
attachements nous empêchent d'être
présents. C'est pourquoi la réflexion
sur les quatre pensées fondamentales tient
une place essentielle dans la tradition kagyupa
car elle détourne l'esprit de la distraction
et de l'attachement aux situations mondaines.
Pour
amener à terme la pratique de la méditation,
pour nous aider à dépasser la distraction,
il est possible de prendre des vœux ou différents
types d'engagements. Cela peut être pour
les moines et moniales, en tibétain, des
vœux de guétsul, guélong, guétsulma,
guélongma, et pour les laïcs, des vœux
de guényen ou upasaka en sanskrit. Un guényen
est quelqu'un qui est inspiré par la vertu
de l'activité bénéfique et
qui souhaite agir en ce sens. Prendre des vœux
nous met en situation d'agir positivement et d'éviter
les actes négatifs les plus importants.
C'est une aide à l'accumulation de mérite,
fondement de la pacification de l'esprit.
Le but est de trancher l'attachement à nous-même
et à toutes les situations mondaines. Il ne
s'agit pas de porter une belle robe de moine sans
autre motivation, comme un cadavre qui serait bien
habillé. Un moine ou une moniale est quelqu'un
qui dissipe tout attachement pour le monde, qui n'a
pas d'intérêt pour cette vie et pour
les situations mondaines.
Le Bouddha a donné un premier cycle d'enseignements
qui a pour but de libérer les pratiquants
de la croyance en la réalité de l'ego à travers
la maîtrise des quatre niveaux de concentration
pour ainsi atteindre l'état d'arhat, l'état
de complète libération du cycle des
existences. Le Bouddha a établi une discipline,
différentes règles pour réduire
les distractions et conduire une vie propice à la
méditation. Il a invité les pratiquants à mendier
ensemble le matin, habillés de robes safran,
pour avoir un repas à midi. La couleur safran
n'était pas un support d'orgueil à cette époque
en Inde.
Les pratiquants savaient qui ils étaient et
les laïcs savaient à qui ils offraient
de la nourriture. Ainsi avaient-ils un repas par
jour à midi, ce qui fait que l'après-midi
et le soir pouvaient être complètement
consacrés à la méditation. En
se limitant à un seul repas, ils gardaient
l'esprit clair et enclin à la pratique de
la méditation. Les robes safran étaient
l'expression de l'engagement des moines et moniales
dans la discipline instaurée par le Bouddha.
Le sens de ces vœux est encore aujourd'hui de
se protéger des attachements mondains, des
fortes tendances qui nous rendent dépendants
et comme intoxiqués par les émotions.
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