La
progression dans la méditation #2
Shamar Rinpoché
Approfondir
la méditation
Mettre
le corps en retraite n'est pas compliqué,
il suffit de trouver un lieu solitaire, de s'y poser
et d'y rester. C'est moins facile pour l'esprit car
celui-ci n'est pas libre de l'agitation intérieure
et il est nécessaire de le maîtriser,
de le contrôler. Mais dès l'instant
où l'esprit est contrôlé, il
est comme en retraite, même si le corps est
au milieu d'une ville agitée. De plus, il
ne suffit pas de ne plus être dépendant
des activités mondaines, il s'agit aussi d'être
libre des doutes et des hésitations quant à notre
capacité de mener la méditation à son
terme. Notre inquiétude à ce sujet
peut se révéler être un obstacle à tout
progrès vers la stabilité.
Quand nous essayons de méditer, tout au début,
l'esprit est extrêmement agité, exactement
comme un cours d'eau bouillonnant. La première étape
consiste à calmer l'esprit. Une fois cette
pacification accomplie, nous pouvons être conscients
de la pensée dès qu'elle s'élève.
La méditation devient plus facile et plus
intéressante. En perdant les références
ordinaires du temps et de l'espace, le corps et l'esprit
sont à l'aise; c'est le moment aussi où apparaît
l'attachement à la méditation. L'esprit
est clair, brillant et lucide, et le corps léger.
Il est nécessaire alors de trancher l'attachement à toutes
ces expériences et de passer à la méditation
de Ihaktong. Mais au début, lors de la pacification
de l'esprit, nous amenons l'esprit à se poser
sur quelque chose, quel que soit l'objet de référence.
Pour centrer l'esprit sur un objet sans être
distrait, il existe de nombreuses méthodes;
trois d'entre elles, les plus connues dans les différentes écoles
du bouddhisme, sont particulièrement bénéfiques.
La première prend comme support la respiration,
la seconde le corps du Bouddha et la troisième
s'appuie sur l'enseignement de l'entraînement
de l'esprit.
La respiration comme support
Si nous
prenons comme support le mouvement de la respiration,
la méditation peut devenir ennuyeuse
et sans intérêt après un certain
temps passé à être attentif à l'expiration
et à l'inspiration. Aussi pouvons-nous nous
appuyer sur les six habiletés qui nous aident à obtenir
le résultat de la pratique méditative.
Cette méthode consiste à compter le
cycle des respirations: chaque cycle, de l'inspiration à l'expiration
suivante, compte pour un. Le propos de cette méditation
est d'arriver à prendre conscience des pensées
les plus grossières, de suivre la respiration,
et de poser progressivement l'esprit. Au début
nous méditons pendant un temps assez court,
par exemple sept cycles de respiration. Progressivement,
cela devient plus facile et nous pourrons aller jusqu'à vingt
et un. L'esprit devient de plus en plus souple et
il ne se laisse plus emporter par les distractions,
ce qui représente la première habileté.
Lorsque nous arrivons à méditer jusqu'à mille
cycles de respiration, cette maîtrise s'est
approfondie, l'esprit est paisible, il n'y a plus
d'agitation, plus de pensées fortes: c'est
la deuxième habileté. A partir de trois
ou quatre mille cycles, l'esprit commence vraiment à se
stabiliser et une véritable clarté de
l'esprit s'élève. Quand nous sommes
capables de poser l'esprit de manière continue
sur le mouvement de la respiration, il s'agit de
la troisième habileté.
Si nous le désirons, nous pouvons effectuer
une visualisation durant cette méditation.
Lorsque nous expirons, nous imaginons qu'un rayon
de lumière blanche comme du cristal, clair
et transparent, apparaît à l'extérieur
devant nous. Au moment de l'inspire, ce même
rayon de lumière va rentrer et descendre à l'intérieur
de nous-même jusqu'au niveau du nombril. Le
propos de cette méthode est de rendre la méditation
plus aisée et de dissiper la distraction en
favorisant une plus grande clarté de l'esprit.
La quatrième habileté est plus subtile
car nous atteignons la maîtrise de la méthode,
il n 'y a plus de saisie réaliste sur la visualisation
de la lumière blanche par exemple. Nous acquérons
une perception plus subtile du support, nous expérimentons
sa nature vide.
La cinquième habileté, encore plus
subtile, est appelée le niveau de la transformation
parce qu'il n'y a plus du tout de saisie sur le support
et la méthode; nous réalisons la nature
illusoire des choses, nous pouvons transformer notre
perception et jouer avec. La sixième habileté correspond
au moment ultime de cette méditation qui est
alors complètement pure car la dualité entre
l'esprit et l'objet est dissipée, le mouvement
de la respiration est perçu comme étant
de la nature de l'esprit lui-même. Les trois
premières habiletés sont comme un entraînement
et nous demandent un effort, alors que les trois
dernières sont comme un jeu du fait de la
maîtrise acquise aux trois premiers niveaux.
Plus nous pratiquons intensivement, plus les fruits
de la pratique apparaissent rapidement.
A suivre
...