Science de l'esprit  

Les 6 bardos #1

Bérou Khyentsé Rinpoché

Copyright G. TruffandierL'enseignement sur les Six Bardos dont nous reproduisons ici la première partie fut donné à Dhagpo Kagyu Ling conjointement à l'initiation des cent divinités paisibles et courroucées.

Ordinairement, l'Occidental considère l'étendue de son existence en termes opposés de vie et de mort, cette dernière étant bien souvent considérée comme l'anéantissement définitif de l'individu, la négation de l'existence. Or, il faut se rappeler que, selon la tradition tibétaine, il apparaît un continuum de l'existence qui n'est qu'une suite d'états de conscience (ou domaines, champs d'expérience) techniquement appelés "bardo*", c'est-à-dire « état intermédiaire ».
Le pratiquant bouddhiste aborde son existence dans la perspective globale des différents bardos (classés en six généralement), de leur continuité et interaction. La mort n'est donc pas l'objet d'une focalisation particulière, mais s'inscrit dans un processus global continu qui est pris en compte dans son ensemble.

* Dans l'enseignement qui suit, l'emploi du terme "bardo" tel quel se réfère plus particulièrement au bardo du devenir.

Bardo est un mot tibétain qui signifie "intervalle". On considère que la totalité du processus existentiel peut être définie en six bardos différents :

- Le bardo de la vie, la part de l'existence qui se situe entre le moment de la conception (l'entrée dans la matrice) et le moment de la mort (les premiers symptômes de la mort).

Au sein même de ce bardo se trouvent deux autres bardos :

- Le bardo du rêve (ou du sommeil).

- Le bardo de l'absorption méditative, qui sont des moments où l'on change d'état de conscience.

- Le bardo du moment de la mort.

- Le bardo du dharmata, le moment où l'esprit expérimente la possibilité de reconnaître sa propre nature.

- Le bardo du devenir, globalement l'intervalle entre une existence et la suivante.

Actuellement, nous sommes dans le bardo de la vie au sein duquel nous faisons l'expérience du bardo du rêve (ou du sommeil) qui se situe bien sûr entre l'instant où l'on s'endort et celui où l'on se réveille.
Si nous pratiquons la méditation, il est possible de faire l'expérience d'un autre type de bardo, l'intervalle de temps s'écoulant entre le moment où nous entrons en absorption méditative et celui où nous en sortons.
Le bardo du moment de la mort commence dès l'apparition des premiers symptômes liés à la résorption successive des principes vitaux et il se termine lors de l'apparition de la Claire lumière fondamentale ; ou bien, pour ceux qui ne la
reconnaissent pas, il se prolonge jusqu'au moment où l'on émerge d'une période d'inconscience totale qui peut durer de quelques heures jusqu'à trois jours.
La durée du bardo du moment de la mort varie de quelques instants à trois ou quatre jours, en fonction de l'état d'esprit du mourant, suivant qu'il a été préparé ou non à ce moment.
Le bardo du dharmata est l'intervalle durant lequel se manifeste la nature fondamentale de l'esprit, nommée Claire lumière, qui ne peut être reconnue que par celui qui en aura développé au cours de son existence la compréhension et l'expérience, à travers la pratique de la méditation.

Il y a trois types de Claire lumière :

- La claire lumière de base, qui est le dharmata, nature fondamentale de tous les phénomènes et de l'esprit.

- La claire lumière du chemin, aperçu de la claire lumière qui se manifeste en l'esprit lors des expériences méditatives au cours de notre existence.

- La claire lumière du fruit, l'expérience de reconnaissance de la claire lumière que l'on peut faire au moment de la mort.

Il est dit que la Claire lumière de base est semblable à la mère, et que la Claire lumière du chemin (celle qui est développée à travers la méditation) est semblable au fils. Et, de même qu'un petit enfant se jette spontanément dans les bras de sa mère dès qu'il la voit, la reconnaissant immédiatement, celui qui a développé la Claire lumière du chemin se fond immédiatement dans la Claire Lumière de base qui se manifeste lors du bardo du dharmata, cette reconnaissance du dharmata étant semblable à la rencontre du fils et de la mère, la Claire lumière du fruit.
La raison pour laquelle les grands méditants meurent en principe en posture de méditation et y demeurent un certain temps est qu'ils font alors l'expérience de cette Claire lumière fondamentale, dont la durée peut varier de quelques instants à plusieurs jours. Pour un être ordinaire, quelqu'un qui n'aura pas médité suffisamment et donc pas développé la Claire lumière du chemin, cette expérience passera totalement inaperçue, et il entrera immédiatement dans le bardo du devenir.
Certains textes ne distinguent que quatre bardos. Quoiqu'il en soit, que l'on parle de quatre ou six bardos, cela n'a pas d'importance car il s'agit de la même chose.

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