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Les
6 bardos #5
Bérou Khyentsé Rinpoché
Pour
une mort sans peur
Tout ce qui naît doit mourir, du plus petit insecte jusqu'au
Bouddha pleinement éveillé. Bien que la mort soit
une fatalité et que personne ne puisse y échapper,
nous la craignons, refusant bien souvent de nous confronter à cette
réalité.
Quoiqu'il en soit, il faudra y faire face un jour ou l'autre,
sans espoir d'y échapper. L'attitude devant la mort est différente suivant que l'on
a pratiqué les enseignements du Bouddha, s'étant
ainsi préparé à la mort, ou que l'on est
profane. Pour celui qui n'a accompli aucune pratique spirituelle,
la mort est totalement effrayante.
Elle est d'abord l'instant où il va falloir se séparer
de tout ce à quoi l'on est attaché : sa famille,
ses amis, ses possessions...Cela seul suffit à rendre
l'idée de la mort insupportable, De plus, les souffrances
de la mort, l'inconnu qui y fait suite rendent sa perspective
encore plus effrayante.
Le pratiquant du Dharma sait que la seule chose qui puisse lui être
réellement utile à ce moment est l'entraînement
qu'il aura pu développer au cours de son existence ; et
cette pratique commence justement par la contemplation de l'impermanence
et de la mort, c'est-à-dire prendre conscience que tout
(êtres et choses) est transitoire et que parents, amis et possessions devront
tôt ou tard être abandonnés. C'est pourquoi
de son vivant le pratiquant du Dharma se prépare à la
mort, cet événement inéluctable. Il étudie
les différentes phases du processus — la résorption
les uns dans les autres des différents éléments
subtils qui composent son corps : il se prépare aux désagréments
liés à l'approche de la mort, ainsi qu'aux hallucinations
qui apparaissent dans l'esprit à ce moment ; il se dispose à affronter
ces souffrances et ces craintes le plus sereinement possible.
Il sait ce qui va lui advenir au moment de quitter cette vie
et qu'il y a de nombreuses façons de se préparer à ce
voyage de la mort et du bardo. Il peut donc parvenir à cet
instant dans une meilleure disposition d'esprit, un certain calme
qui assurera une transition plus paisible.
Eléments, énergies,
fonctions vitales Notre corps qui sert
de support à notre principe conscient
est composé de cinq éléments qui sont la
terre, l'eau, le feu, l'air et l'espace, et ceci à ta
fois sur le plan physique et subtil.
Au niveau du corps, l'élément "terre" correspond
aux os, aux parties les plus denses de l'organisme ; l'élément "eau" correspond
au sang, à la lymphe et aux différentes humeurs
qui parcourent le corps : l'élément "feu" correspond à la
chaleur interne du corps ; l'"air" est associé au
mouvement respiratoire, ainsi qu'à la circulation des énergies
subtiles dans les canaux subtils ; l'élément "espace" correspond
aux interstices qui autorisent la mobilité des différents
organes internes les uns par rapport aux autres, au fait qu'ils
ne forment pas un bloc compact. Au moment de la mort, la conscience
quitte l'enveloppe charnelle et le corps devient un cadavre qui
va peu à peu se décomposer : les cinq éléments
vont retourner à l'univers, au milieu ambiant d'où ils
avaient été extraits pour former notre corps.
Dans le processus du moment de la mort, ce sont les aspects subtils
des éléments composant notre corps qui vont se
résorber les uns dans les autres : l'élément
terre va se résorber dans l'eau, puis l'eau dans le feu,
le feu dans l'air et l'air dans l'élément espace.
Conjointement, les "loungs", c'est-à-dire les
vents, les énergies subtiles qui parcourent notre corps,
vont cesser de circuler et d'être engendrés, entraînant
la cessation des fonctions vitales qui leur sont liées
et la production de symptômes correspondants.
Lorsque deux de ces énergies cessent de circuler, l'organisme
devient incapable d'assimiler et de transformer la nourriture
; le corps cesse de produire la chaleur interne. On constate
ainsi un refroidissement progressif à partir des
extrémités. La cessation d'un autre type de loung,
l'énergie vitale qui circule dans les canaux médians,
entraîne la perte de la faculté de compréhension
et la confusion des pensées. Une autre énergie
règle les fonctions excrétoires et d'élimination,
et sa disparition entraîne la perte totale de contrôle
de ces fonctions. Lors de la diminution de l'énergie motrice
qui correspond à peu près à l'énergie
nerveuse du système moteur, on est pris de mouvements
incohérents, spasmodiques, et à sa cessation le
corps devient incapable de tout mouvement. Une autre énergie
dirige les fonctions de déglutition et de respiration
; à sa cessation, on devient incapable d'avaler quoi que
ce soit, ainsi que d'inspirer ou d'expirer.
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