Science de l'esprit  

L'essence de l'esprit #2
Kunzig Shamar Rinpoché

La persévérance juste
Quel que soit le sens que l'on compte donner à sa pratique, que l'on désire s'engager dans une retraite formelle ou simplement poursuivre toute sa vie une pratique quotidienne, il est important de ne pas démarrer trop fort, afin qu'il ne s'agisse pas d'un feu de paille. Pratiquer le bouddhisme n'est pas, au départ, une chose évidente ou facile, cela demande un effort. Pour pouvoir pratiquer longtemps, il faut savoir doser cet effort. Parfois, on commence avec un très grand enthousiasme, en dépensant une énergie considérable, et puis on voit, petit à petit, cette énergie s'épuiser, cet enthousiasme s'éteindre et la pratique s'arrêter en même temps que l'enthousiasme. Il faut, au contraire, faire en sorte que la pratique et l'énergie s'accroissent. La pratique, bien entendu, représente tout ce qui a trait à la méditation et aux pratiques formelles.
La persévérance que l'on déploie dans la pratique est une question d'état d'esprit et de bonne conception. On peut commettre pas mal d'erreurs. Certains disent : "Tout cela est très bien, la méditation et les pratiques sont très importantes, mais j'ai beaucoup de travail, je fais beaucoup de choses, Je ne pourrai pas vraiment pratiquer correctement; ce n'est pas pour moi, du moins pas maintenant." A l'inverse, on rencontre des personnes qui ont décidé de s'engager dans une retraite, qui sont vraiment déterminées et veulent consacrer leur vie à la méditation. D'un côté, on pêche par excès d'humilité et, d'un autre côté, on pêche par excès de confiance.
Cela constitue des obstacles intérieurs, qui viennent s'interposer entre nous-mêmes et la méditation, entre nous-mêmes et la pratique. Cela n'a rien à voir avec les conditions extérieures, tout vient de notre propre esprit.
Lorsqu'on parle de pratique, on fait toujours allusion à l'essentiel qui est la méditation. La méditation peut se poursuivre jusqu'à obtenir des résultats pratiquement sans limites. En effet, la progression dans la méditation n'a pas à proprement parler de terme; c'est donc quelque chose d'essentiel, qui réclame une forme de persévérance et d'endurance bien particulière. Si l'on commence, par exemple, à pratiquer chiné ou shamatha, la méditation destinée à pacifier l'esprit, on aura besoin d'une certaine énergie, d'une certaine volonté pour démarrer cette méditation. Il faudra se forcer et puis, petit a petit, l'esprit se trouvera entraîné et la méditation deviendra beaucoup plus aisée, presque spontanée, demandera donc moins d'efforts, et ira en s'approfondissant jusqu'au moment où l’on pourra poser son esprit de façon stable sur n'importe quel objet de contemplation.
Pour obtenir ce résultat, l'essentiel est de méditer à chaque fois qu'on en a l'occasion, à chaque fois qu'on en a le temps. Il n'est pas nécessaire de méditer pendant des heures, on reprend cet entraînement encore et encore avec persévérance cette nécessité est le véritable apprentissage.

L'esprit est "vacuité"
Vous avez tous reçu de nombreux enseignements sur la méditation et, en particulier, sur chiné ou shamatha. Le but poursuivi dans la pratique de chiné est simplement ce que l'on vient d'exposer : le fait que l'esprit puisse demeurer posé sur un objet de contemplation sans être distrait de cette contemplation, et cela pendant le temps qu'on désire. Mais ce n'est que la première étape. La méditation est extrêmement vaste et comporte bien des aspects. Ensuite, on tourne la contemplation non pas vers un objet extérieur, mais vers l'esprit lui-même, et c'est une pratique bien particulière, qui nécessite non seulement un enseignement, mais aussi des instructions précises d'un maître de méditation. Il faut pour cela se tourner vers celui qui nous enseigne, qui nous guide, qui nous dirige dans la méditation et, en général, on lui demande des instructions concernant la méditation sur l'esprit lui-même. Cela n'est possible que lorsqu'on a suffisamment stabilisé l'esprit, lorsqu'on a obtenu ce que l'on appelle chiné, pour passer à la phase suivante qui est le développement de vipassana ou la vision pénétrante.
Lorsqu'on requiert ces enseignements concernant l'esprit, on apprend tout d'abord que l'esprit est vacuité. Cela signifie qu'il est dépourvu de corps, dépourvu de substance, dépourvu de forme; on ne peut pas le voir ni le toucher ni le discerner, et on apprend que sa nature est pure conscience, le seul mot précis étant le mot anglais awareness, le fait d'être conscient de". Cette conscience est complètement transparente: à chaque fois que l'esprit entre en contact avec un objet par l'intermédiaire des organes des sens, il devient en quelque sorte cet objet; c'est le processus de production des phénomènes mentaux. Quand nous sommes en présence d'un objet que nous voyons, le contact s'établit entre notre esprit et cet objet, et le résultat de ce contact est l'apparition dans l'esprit d'une image, d'une forme. On appelle cela un phénomène mental lié à la conscience visuelle. C'est la même chose lorsque nous touchons quelque chose: il se produit dans notre esprit l'apparition d'un phénomène mental, que nous appelons une sensation de contact, et une part de notre esprit est assimilée à cet objet qui est un objet du toucher. C'est pareil pour le goût, pour l'odorat ou pour l'ouïe. Constamment, notre esprit s'assimile et devient semblable aux objets qui nous entourent et dont nous sommes conscients.
Dans la méditation sur l'esprit lui-même, il va falloir se tourner non plus vers des objets, mais vers l'esprit lui-même en tant que séparé de ces objets; on essaye de percevoir ce qu'est l'esprit, lorsqu'il ne prend pas la forme de telle ou telle sensation, de tel ou tel phénomène mental; on essaye de se tourner vers l'esprit te! qu'en lui-même.

<<<

La science de l'esprit > Le chemin > La nature de l'esprit > L'essence de l'esprit - Kunzig Shamar Rinpoché

 

contacts