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L'essence
de l'esprit #1
Kunzig
Shamar Rinpoché
Il
convient de s'entraîner en permanence à voir que
ce que nous appelons la réalité est un mirage, une
illusion. Attention, il ne s'agit pas d'essayer de s'en persuader
comme le fait la méthode Coué, en répétant:
"tout est illusion, tout est illusion." Il ne s'agit
pas de développer une foi fanatique dans le fait que la
réalité est illusoire. Par contre, nous devrions
sans cesse essayer de remettre en question la réalité
de ce que nous voyons et de ce que nous éprouvons, pour
tenter de comprendre quelle est la nature de cette réalité.
C'est une voie d'approche par la compréhension et
la réflexion qui, peu à peu, permet de se rendre
compte et de s'habituer au fait que ce que nous prenons pour la
réalité n'est pas vraiment ce que nous croyons,
mais quelque chose qui est dépourvu d'existence en
soi. Cela se fait d'une manière raisonnable en quelque
sorte.
On pourrait
opposer deux conceptions de la réalité: une conception
que l'on appellerait scientifique et une conception qui pourrait
être qualifiée de bouddhiste. En fait, et c'est la
conception à laquelle nous avons été habitués
depuis notre enfance, d'un côté il y a des phénomènes
physiques qui sont perçus par nous-mêmes, c'est-à-dire
que c'est le monde qui agit sur nous, que tout ce que nous percevons
est conditionné par ce qu'il y a à l'extérieur
de nous et que notre esprit ne fait que le traduire. La conception
bouddhiste est légèrement différente. Elle
s'interroge sur la réalité de ce qui semble être
ce qui agit de l'extérieur sur nous, de ce qui semble être
réel. On peut très bien analyser la réalité
et s'apercevoir, comme commencent à le faire les scientifiques,
que cette réalité est dépourvue de substance.
Pendant un certain temps, on a cru qu'il y avait une particule
élémentaire, une petite brique constitutive de l'univers.
Les Grecs anciens le croyaient et l'avaient appelée atomos
: "qu'on ne peut pas couper". Mais si on analyse vraiment
la chose, une brique constitutive de l'univers ne peut pas exister
par elle-même, en dehors de tout contexte. Cela remet complètement
en question la réalité des phénomènes,
et le bouddhisme dit que ce que nous voyons est une illusion:
c'est la production de notre esprit. La réalité
telle qu'elle nous apparaît n'existe pas s'il n'y a pas
un esprit pour la percevoir ainsi. Il y a bien entendu une
réalité, mais elle est bien au-delà de cela
et de ce que nous appelons réalité. La conception
bouddhiste dit qu'en fait, à la base de tout ce qui arrive,
il y a l'esprit. Bien sûr, la façon dont on inter
réagit avec ce qui apparaît comme une réalité
extérieure n'est pas arbitraire, il existe des lois qui
régissent cet univers. Si l'on fait quelque chose, cela
produit un résultat qui sera, grossièrement, toujours
le même. C'est vrai au niveau physique: si je lâche
une bouteille, elle tombe; c'est vrai également à
d'autres niveaux: si j'accomplis un acte qui fait souffrir, tôt
ou tard j'aurai moi-même à supporter une souffrance,
quelle qu'elle soit. La loi de causalité, la loi d'action
et de réaction, est donc une des données fondamentales
de l'univers tel que nous le percevons. Cela est important,
parce que, bien que l'univers tel que nous le percevons ne soit
qu'une illusion, il est quand même soumis à
des lois immuables.
Pour en revenir
à chacun d'entre nous et aux actions quotidiennes, il est
extrêmement important d'avoir conscience de tout ce que
l'on vient d'expliquer. Ce qui importe le plus dans notre univers,
c'est l'esprit; c'est lui qui conditionne tout le reste.
C'est déjà notre esprit qui conditionne la réalité
qui nous entoure, et il est absolument essentiel que notre
disposition d'esprit soit correcte lorsque nous agissons. Si j'agis
avec une disposition d'esprit tourné vers autrui, avec
amour et compassion, si je développe la bodhicitta, les
actions que j'accomplirai auront forcément des résultats
positifs et influenceront d'une manière directe l'univers
dans un sens positif. Par contre, à chaque fois que j'agirai
avec un esprit dont la motivation n'est pas pure, mais conflictuelle,
j'engendrerai de la souffrance autour de moi et en moi, parce
que c'est l'esprit et sa disposition qui influenceront directement
la réalité.
A partir du moment où l'on s'engage dans la voie du bodhisattva,
toute la pratique est soutenue, multipliée, amplifiée
par les souhaits que l'on fait perpétuellement. Il
n'est pas pensable de pratiquer la voie des bodhisattva sans,
en même temps, développer ces souhaits. Quels sont-ils
? A la racine, il y a les vux de bodhisattva: on fait le
vux de se consacrer au bien de tous les êtres jusqu'à
ce qu'on parvienne soi-même à l'éveil et que
tous les êtres aient quitté le cycle des existences.
Mais les voeux de bodhisattva peuvent rester une formalité
s'ils ne s'accompagnent pas du développement réel
de l'amour et de la compassion. Quelqu'un qui prendrait les vux
de bodhisattva et réciterait les formules sans, ensuite,
accroître constamment son amour et sa compassion pour les
êtres ne ferait pas de grand progrès. Ce qui compte
vraiment, ce sont cet amour et compassion que l'on développe
pour tous les êtres, en essayant de ne pas faire de distinction
entre eux. A partir du moment où sont développés
l'amour et la compassIon, ils vont se traduire par des souhaits
spontanés, pas forcément formels ; ce sera
le souhait que les gens souffrent moins, le souhait qu'ils soient
heureux, le souhait que tous aillent vers l'éveil, etc.
Souhaiter cela devient naturel. On approfondira ces souhaits
en récitant des textes, et surtout en étudiant le
texte que l'on récite. On peut réciter les souhaits
de Kuntu Zangpo, etc. Il y a des prières que l'on récite
tous les jours et, très souvent, on sait vaguement ce qu'elles
disent, parce qu'on a lu la traduction, mais sans réaliser
la portée et l'ampleur de ces souhaits. Il serait intéressant
de demander aux lamas qui sont parmi nous de bien vouloir développer
et approfondir la signification de ces prières de souhaits
que l'on fait tous les jours sans vraiment en réaliser
la portée. Si nous en réalisons la portée,
elles deviennent un instrument extrêmement puissant
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