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Pratiquer
le Dharma
Lama
Jigmé Rinpoché
Ce
que l'on appelle couramment la pratique du bouddhisme concerne
l'individu dans son entier ; elle s'applique à tous les
aspects de l'existence, non seulement l'attitude d'esprit, mais
aussi les paroles et les actions, pas seulement les actions accomplies
spécifiquement dans le cadre d'une pratique formelle, mais
toutes les actions de l'existence.
L'essentiel
de la pratique est contenu dans ce que l'on appelle la prise de
refuge, qui consiste à tourner résolument son esprit
vers l'obtention de l'éveil et à conformer toutes
ses paroles, ses actions et ses pensées à ce but.
La voie parfaitement pure consiste à purifier les voiles
qui recouvrent l'esprit - le voile de l'ignorance, le voile du
karma, le voile des émotions - ainsi qu'à pratiquer
l'accumulation d'activité positive, c'est-à-dire
à s'engager réellement à agir positivement.
Tout cela forme l'entraînement de l'esprit et ne concerne
pas seulement l'esprit, mais se rapporte à l'esprit et
à tout ce dont il est responsable, c'est-à-dire
tous nos actes.
Le point
de départ
A partir du
moment où l'on est décidé à entreprendre
cette progression vers l'éveil d'une manière correcte,
il est important de l'établir sur des bases vraiment fermes
et de ne pas confondre hâte et précipitation. Il
faut prendre un certain nombre de précautions avant de
commencer. L'essentiel, c'est la disposition d'esprit dans laquelle
on s'établit, et pour que cette disposition soit clairement
et fermement établie, il est important de comprendre les
mécanismes qui régissent l'esprit. La première
chose à faire, lorsqu'on veut s'engager dans ce chemin
parfaitement pur, est donc de voir l'esprit à l'oeuvre,
d'y reconnaître la présence des phénomènes
mentaux, des émotions, etc., d'essayer de les comprendre
et d'en admettre la présence. Alors seulement on peut établir
un plan d'action et se dire : "je vais essayer de modifier ceci,
de changer cela, utiliser ceci ou cela..." On peut alors travailler
d'une manière fondamentale. En s'appuyant sur ce qui existe
dans l'esprit, en regardant les actions passées, on connaît
les résultats produits par telles ou telles tendances ;
on peut estimer ces résultats, voir s'ils sont positifs
ou négatifs et essayer de comprendre pourquoi ; quand on
a compris pourquoi, et seulement alors, on peut dire : "Dans l'avenir,
il y a ceci et cela à modifier pour obtenir des résultats
réellement positifs et conformes à la voie que je
poursuis." L'entraînement de l'esprit commence donc par
une prise de conscience de l'esprit et de ses mécanismes.
Cela est extrêmement important, car si on se lance dans
une pratique frénétique sans trop savoir ce que
l'on fait, on risque de se tromper et, de toutes façons,
on ne peut pas établir une pratique stable ainsi.
Tourner
son esprit vers le dharma
Gampopa
a donné des conseils extrêmement précieux
pour tous les pratiquants du dharma. Le premier de ses conseils
est qu'il faut tourner son esprit vers le dharma. Qu'est-ce que
cela signifie ?
Cela veut
dire comprendre exactement ce qu'est le dharma et ce que l'on
est soi-même. On ne peut pas se rendre vraiment compte du
caractère merveilleux, précieux du dharma tant qu'on
n'a pas compris ce qu'on est soi-même : si l'on ne s'aperçoit
pas que l'existence humaine, qui est la nôtre, est quelque
chose de tout à fait exceptionnel, on ne peut pas accorder
au dharma toute la valeur qu'il a. Le dharma est ce qui nous permet,
si on le pratique d'une manière correcte, d'utiliser cette
existence humaine à ce qu'il peut y avoir de plus formidable
comme but à atteindre. La première chose à
faire est donc de considérer vraiment ce corps, cet esprit
qui possède la nature de bouddha, ces conditions de relative
liberté dans lesquelles on est placé, toutes ces
possibilités qui nous sont données. On s'aperçoit
alors que nous est ainsi offerte l'occasion de réaliser
cette nature de bouddha. Si l'on fait vraiment cet examen, si
l'on se rend vraiment compte de la situation extrêmement
privilégiée dans laquelle on est, on a alors une
chance que cette constatation ne reste pas simplement une idée,
mais devienne quelque chose de fondamental dans notre esprit,
qu'elle fasse partie de notre conscience et que le sentiment d'urgence
qu'il y a à utiliser cette situation pour parvenir à
l'éveil devienne une motivation extrêmement profonde
: dans toutes nos actions, dans toutes les circonstances de notre
vie, cette préoccupation est présente.
Nous
voulons tous atteindre l'état de bouddha, mais en attendant
il y a des étapes ; la pratique du dharma, c'est la pratique
formelle, la méditation, les prières, les rituels,
mais c'est aussi la vie quotidienne. Et à partir du moment
où l'on a vraiment pris conscience du caractère
précieux de l'existence humaine, où l'on a vraiment
tourné son esprit vers le dharma, tout cela se retrouve
intégré en une seule et même chose : il n'y
a pas d'un côté la pratique et de l'autre côté
la vie quotidienne, mais tout est conditionné par la préoccupation
constante de se diriger vers l'éveil ; même si on
n'en est pas complètement conscient, il y a toujours quelque
chose dans notre esprit qui nous pousse dans ce sens. C'est
un peu comme si l'on avait tout à coup découvert
de l'or dans notre esprit, qui serait là important d'étudier.
Si on se limite à une compréhension superficielle,
cela semble contradictoire. Mais cela ne l'est pas en fait. Certaines
instructions sont nécessaires pour certains, et à
certains moments. Si l'on a l'esprit trop étroit et si
l'on reste dans cette étroitesse de la compréhension,
on aura des problèmes avec l'enseignement du bouddha, et
peut-être certains d'entre vous en ont-ils déjà.
C'est pour cela que le plus important est l'esprit et qu'il ne
faut pas se laisser piéger par cette étroitesse.
Si l'on plante un arbre dans un pot qui est trop petit, il ne
pourra jamais devenir arbre à cause de la petitesse du
pot. Jamais on ne pourra mettre en pratique ni réaliser
les enseignements si l'on garde un esprit étroit et si
l'on reste prisonnier de la méthode et des moyens.
Ces
méthodes et ces moyens sont là pour aider l'esprit.
Il est nécessaire de trouver de l'espace. L'esprit en a
besoin, mais lorsque l'on essaye de trouver cet espace, de découvrir
l'esprit, on se rend compte qu'on a des habitudes qui nous empêchent
de le faire. L'esprit ne peut pas se libérer parce qu'il
est prisonnier de ces habitudes. Celles-ci peuvent être
collectives, mais aussi personnelles et individuelles. On est
pris par toutes sortes de peurs et d'attachements. On peut se
dire : "je n'ai pas d'attachement ; j'ai des habitudes, mais je
n'y suis pas attaché." Mais quand on essaye de les abandonner,
cela devient très difficile. Quand on y réfléchit,
c'est aisé, mais dès que l'on met cela en pratique,
on se rend compte que les habitudes nous bloquent et nous limitent.
Il est important d'avoir une grande confiance pour mettre les
enseignements en pratique. Si l'on veut obtenir un résultat
et un développement dans la pratique, il faut avoir confiance
dans l'enseignement que l'on reçoit. Ce n'est pas quelque
chose de très difficile. Lorsqu'on lit et qu'on écoute
les enseignements, ils ont beaucoup de sens, semblent évidents
et très profonds. La confiance commence à s'effriter
lorsqu'on les met en pratique et qu'on rencontre ses attachements
et son ignorance. Ignorance ne veut pas dire stupidité.
Quand
le bouddha a parlé d'ignorance, il ne voulait pas dire
que nous sommes bêtes ; certaines personnes sont très
intelligentes, très habiles avec l'esprit, mais n'ont aucune
clarté et beaucoup d'ignorance. L'ignorance est le manque
de clarté de l'esprit, comme ces hamsters qui marchent
dans une roue qui tourne sur elle-même. On peut se sentir
très bien à tourner ainsi et avoir l'impression
d'aller quelque part, de bouger, mais au bout du compte, on ne
va nulle part, on est toujours à la même place. C'est
ce qui se passe avec l'ignorance, avec la peur, avec les attachements
: on a l'impression d'avancer, mais on fait du surplace, alors
qu'il s'agit au contraire de revenir à notre condition
naturelle, de revenir à ce que nous sommes vraiment. Si
l'on explique cela de façon trop élaborée,
l'esprit va encore récupérer l'enseignement et l'utiliser
pour justement continuer à tourner dans sa petite roue.
Non
agir et détente
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