Science de l'esprit  

Vivre le Dharma

Lama Jigmé Rinpoché

Jigméla RinpochéI- Lier notre esprit au dharma

Ecouter l’enseignement et le mettre en pratique

Nos difficultés viennent du fait que nous ne comprenons ni notre situation, ni l’enseignement du bouddha avec précision. Nous entendons parler des fondements du samsara, du cycle des existences, de ce cycle de causes et de conséquences, des actions et de leurs effets. Nous écoutons des enseignements sur la souffrance et les causes de la souffrance. Nous n’avons pas une vision suffisamment claire, précise et profonde de tout cela. C’est pourquoi dans les enseignements on parle d’ignorance. Face aux problèmes et difficultés temporaires, nous préférons apporter une réponse immédiate, afin de les résoudre facilement. Dans l'enseignement, il est dit qu'il s'agit de résoudre les difficultés et de parcourir le chemin par nous-mêmes. Qu’est ce que cela signifie ?

Lorsque nous écoutons le dharma et travaillons avec l'esprit, il est nécessaire d'avoir une réflexion, un approfondissement des instructions données pour en avoir une compréhension. C’est cette réflexion qui va nous permettre d’appréhender l'essentiel de notre situation, afin de mieux cerner notre condition. Par exemple, dans les pratiques préliminaires, nous sommes invités à réfléchir sur les quatre pensées fondamentales : la précieuse existence humaine, l'impermanence, le karma et le cycle des existences. Souvent nous pratiquons cela comme une technique. Nous réfléchissons parce qu’il le faut mais cela nous reste extérieur. Or, le but de cette réflexion sur les quatre pensées fondamentales est de nous amener à prendre conscience de notre véritable situation. Au-delà d'une technique, ces réflexions font voir ce que nous sommes et les circonstances véritables dans lesquelles nous nous trouvons. Réfléchissant sur ces quatre pensées, nous pouvons connaître nos tendances habituelles et petit à petit, si notre réflexion et notre contemplation sont suffisamment approfondies, nous pouvons transformer ces tendances. Ce qui est certain c’est que nous ne pourrons pas les éviter. Lorsque nous nous sentons à nouveau dépassés par ces tendances, alors que nous tentions de les transformer, c'est le moment de travailler avec ce qui se présente. C’est le moment de faire face à nos habitudes mentales et d’essayer d'en faire quelque chose, de les amener au chemin. Il y a un exemple, c’est celui du moustique. S'il n'y a pas une attention, une précision quant à l'enseignement et à la vigilance, nous ne sommes pas attentifs et tuons les moustiques. C'est en réfléchissant à la condition des êtres que nous prenons conscience de ce qu'est un moustique et que nous réagissons différemment. Une compréhension profonde nous donne un intérêt accru face à l'enseignement. C’est ainsi que nous le mettrons peu à peu en œuvre.

Sur le centre ici, il y a un temple, une communauté, un groupe, des enseignements et des méditations. C’est donc facile de pratiquer, nous sommes emportés par tout cela, mais une fois partis ça l’est moins. Au fil du temps l’énergie va diminuer. Ceci parce qu’il n’y a pas de compréhension claire de l’ensemble. D’où l'importance de développer encore et encore cette conscience, cette vigilance quant à l'enseignement et à la pratique. C’est ce qui va peu à peu transformer nos habitudes. Il s'agit donc de dépasser la technique et la méthode elle-même. Au départ, il y a bien sûr une technique. Pour la méditation, il y a des instructions qui sont données, une méthode, des procédés à appliquer auxquels il nous faut réfléchir avant de les mettre en œuvre. Toutefois, la technique ou la méthode ne doivent pas devenir un empêchement ou une limite. Il s'agit de les intégrer. Plutôt que de suivre sottement les instructions, il s'agit de les faire nôtres, de les comprendre à la lumière de notre expérience. Nous comprenons ce qui nous est dit en fonction de notre personnalité et de notre situation dans le cheminement spirituel. Ce sera par exemple le cas pour les instructions sur les quatre pensées ou sur tonglen : "prendre la souffrance et donner le bonheur". Ces différentes méditations peuvent nous paraître très lourdes et très pesantes à pratiquer au départ. En fait, il n'en est rien parce que si nous réfléchissons à ce que sont ces pratiques, si nous en comprenons le sens, nous allons nous rendre compte qu’elles pointent la réalité. Elles nous amènent à comprendre véritablement ce qui est. Nous allons donc toucher le point essentiel et petit à petit nous allons pouvoir facilement et spontanément pratiquer.

Reprenons l’exemple du moustique. Il nous est dit : " Il ne faut pas tuer les moustiques ". Si nous suivons cette instruction aveuglément nous nous dirons : "Ah oui ! Puisqu'il a dit de ne pas tuer les moustiques, je ne vais pas les tuer. " Au début, cela va marcher et puis peu à peu, nous penserons : "Il y a un moustique dans la pièce, il fait du bruit le soir et puis en plus, il va me piquer, c’est très désagréable de se gratter le lendemain et de surcroît il m’empêche de dormir"... . A cause de la situation, nous oublions l'instruction qui a été donnée de ne pas le tuer. La raison en est qu’elle n’est pas intégrée, parce que c’est perçu, somme toute, comme quelque chose de moral. Au début, nous sommes bien sûr dans le domaine du jugement et nous disons : "Il ne faut pas tuer un moustique, ce n'est pas bien". Nous commençons à agir avec cette pensée, cette idée en arrière-fond. Puis progressivement nous allons comprendre pourquoi nous agissons ainsi.

Les instructions vont nous expliquer pourquoi il est important de ne tuer aucun être, même les moustiques. Il n’y aura plus de questions à ce sujet. Les questions ne se posent plus en terme de bien ou de mal, de "il faut" ou "il ne faut pas", mais il devient simplement évident, quelle que soit la situation, qu’il n'y a pas à tuer de moustique. Cela appartient au domaine de l'expérience personnelle, de la sensation intérieure née d'une compréhension. Il y a donc plusieurs étapes. Tout d'abord nous recevons une méthode, une technique à laquelle nous réfléchissons et petit à petit nous l'intégrons à partir de notre expérience. De plus, nous observons les autres, les êtres qui nous entourent et leurs attitudes. Peu à peu nous comprenons le sens du samsara, de la confusion et de la souffrance. Nous laissons les événements prendre place naturellement. Nous intégrons petit à petit la technique. Pour cela il y a bien sûr un petit effort à faire au départ. Il y a de l'énergie à donner dans cette direction, dans ce sens-là. Il y a un rappel aussi auquel il faut s'entraîner : se rappeler les instructions et faire l'effort de les mettre en œuvre. Il y a donc deux aspects : d'un côté écouter l'enseignement et puis s'efforcer de le mettre en pratique et d'un autre côté l'intégrer progressivement dans nos habitudes, à partir de la compréhension, comme avec l’exemple du moustique. L'approche essentielle du dharma, n'est pas en terme de bien et de mal, mais en terme de nuisible et de bienfaisant : Où est-ce que je crée de la souffrance ? Où est-ce que je crée de l’aide et de la bienveillance ?

II- Parcourir le chemin sans interruption


La science de l'esprit > Le chemin > La nature de l'esprit > Vivre le Dharma, Lama Jigmé Rinpoché

 

contacts