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LE
MIROIR DE LESPRIT
Kandro
Rinpoché
Si nous nous
asseyons simplement, détendus, sans penser à ce que
nous ferons dans le futur, ni même cet après-midi,
sans non plus réfléchir à la pensée
qui vient de nous traverser l'esprit, sans projet, sans rien faire
{cela ne veut pas dire non plus dans une posture trop détendue)
et que, dans un tel instant, nous regardons très attentivement
à l'intérieur de nous-mêmes, alors se présente
à nous la possibilité d'avoir une vision plus large,
de voir des moments de vie comme l'instant présent. A partir
de là, nous aurons une vision proche de ce que l'on appelle
le miroir de l'esprit.
Quand on parle
de la nature de bouddha comme étant présente à
l'intérieur de tous les êtres sensibles, on parle de
cette capacité à envoyer un reflet, de cette habileté
à voir avec attention et, de ce fait, ce qui émerge
de l'intérieur devient possible, dans la mesure où
nous nous donnons plus de temps pour faire ce que nous faisons actuellement.
Quand on est seul ou quand on réfléchit avec attention,
on peut mieux comprendre ce à quoi on fait référence
lorsqu'on parle de la nature de bouddha comme étant identique
au miroir. Mais plutôt que de voir ce qu'est le miroir, ce
qu'il représente, ce qu'il met en évidence de notre
intérieur, nous nous attachons à ce qu'il reflète
comme image extérieure et nous ne voyons que cette image
reflétée. Et nous développons un certain nombre
d'idées sur ce reflet. Des bonnes et des mauvaises idées,
certaines que nous apprécions et d'autres non. C'est ce qui
s'appelle la saisie de l'ego. Cette saisie peut être de l'attachement,
de l'aversion, ou les deux. A cause de nos six portes, nos sens,
nos perceptions visuelles, auditives, gustatives, etc., il y a une
plus grande saisie. C'est peut-être ainsi que nous nous sentons
en cet instant présent, lorsque nous prenons conscience de
cette profondeur en nous-mêmes, au travers de laquelle passent
les mots que je dis, le son que vous entendez, les pensées
que vous avez, l'enfant qui pleure, le mouvement que fait quelqu'un
devant vous. Vous pouvez voir tout cela, et il est possible que
tout cela se déroule en même temps; vos sens travaillent
deux, trois ou quatre fois dans le même temps. Et tout cela
est connecté au carrefour à l'intérieur
de vous-mêmes.
Le fonctionnement de l'esprit en miroir, ce sont simplement ces
reflets, ces différents concepts, ces différentes
pensées qui émergent de l'intérieur de vousmêmes.
Vous pouvez les sentir en vous et, lorsque vous êtes attirés
ou distraits, c'est que vous suivez la formation des idées:
une idée dérangeante, l'enfant qui pleure... Quand
je parle, c'est un son du dharma, mais vous devez être capables
d'apprécier tous les sons, même ceux qui passent pour
être dérangeants. Ce qui arrive à partir de
là est un concept. Des idées définies se forment,
qui sont les bases sur lesquelles se développe le samsara.
Rien de bien extraordinaire, simplement un reflet. Mais cet état
de rêve éveillé, cette illusion, ce reflet du
miroir, "nous continuons à les voir comme vrais, définis,
solides; je les aime et donc j'en ai besoin, je ne les aime pas,
alors j'y renonce." Nous entrons donc en conflit.
Les six paramita,
la générosité, la discipline morale, la patience,
l'effort, la méditation, la sagesse, toutes ces bonnes choses
émergent de l'intérieur. Et nous commençons
à nous poser la question: comment puis-je les développer
? Quand nous ressentons la colère, l'ignorance, la jalousie,
le désir ou la haine, qui sont les cinq poisons, nous nous
posons la question: comment puis-je les abandonner, comment puis-je
m'en débarrasser ? A partir de là, de l'intérieur
de nous-mêmes, survient une chose qui, en réalité,
n'est pas là; nous n'avons pas besoin de lutter contre quoi
que ce soit, car cela n'existe pas réellement, aussi fort
que nous y croyons. Lorsque vous demeurez dans la vision des choses
telles qu'elles sont, lorsque vous êtes capables de vous ouvrir
plus largement, vous ne vous impliquez plus dans aucune lutte.
On prend souvent l'exemple du serpent qu'il faut ou non attacher:
si vous essayez de faire un noeud avec son corps, il arrive aussitôt
à le défaire, mais si vous essayez de faire un noeud
avec de la ficelle très fine, des noeuds se forment et la
pelote s'emmêle un peu plus pour, à la fin, devenir
une véritable jungle. Cela signifie que, lorsque nous luttons
contre quelque chose, nous lui donnons alors forme et vie. Si, par
exemple, nous donnons forme à la colère, il devient
difficile de s'en défaire. Vous pensez toujours: "ma
haine, ma jalousie ou mon désir, j'en ai peur, je ne devrais
pas les ressentir..."
Et ainsi de suite. Lorsqu'on est capable de regarder plus profondément
en soi-même, on se rend compte que ce qui nous semblait être
une forme, une réalité, n'est rien du tout en fait.
Au plus profond, il n'y a rien à détruire, rien à
laisser, rien à utiliser, juste à laisser être,
sans lui donner l'importance que nous lui donnons aujourd'hui. Chaque
émotion a un certain niveau, bon ou mauvais; ensuite il y
a des niveaux pour savoir à quel camp cela appartient: bouddhiste
ou non bouddhiste, les paramita ou les cinq poisons, etc. C'est
ainsi que se forment les noeuds entre ces niveaux. Lorsqu'on regarde
du sommet de la montagne, afin de voir plus profondément,
sans porter de jugement de valeur sur les choses, que deviennent
cette lutte intérieure et ces nuds. Ils se défont
d'eux-mêmes. C'est la paix intérieure, le calme en
soi.
On est alors capable de voir plus clairement en soi-même quand
les émotions surviennent, et même après.
Lorsque vous êtes heureux ou tristes ou en colère,
la saisie, ce désir très fort de rendre tout cela
réel et solide, diminue avec la pratique et, en diminuant,
vous permet une vue de plus en plus claire sur toutes vos émotions.
Selon que nous méditons, que nous prenons des voeux, que
nous recevons des initiations, que nous faisons des pratiques ou
des retraites, nous visons cette paramita de la sagesse. Alors se
développe la capacité à vraiment refléter,
à calmer le reflet de l'intérieur, à voir
l'inutilité de la lutte, à voir cette concrétisation
que nous donnons aux cinq poisons et la façon dont nous voyons
la réalité de tout cela, cette existence de rêve
éveillé. C'est cela la méditation et le dharma,
c'est cela que vous avez besoin de pratiquer. Et c'est l'essence
même des enseignements. Alors, pratiquez les six paramita.
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