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Intégrer
létude dans sa pratique
Entretien
avec droupla Khédroup
Dhagpo Kagyu Ling mai 2000
Tendrel
: Quelle est votre expérience de l'étude ?
Droupla
Khédroup : Lorsque j'étais en retraite et que
je pratiquais, il m'arrivait de prendre du temps pour étudier.
Je ne le faisais pas dans la perspective de donner le dharma aux
autres mais plutôt dans l'idée de me l'approprier dans
ma pratique du moment. Aujourd'hui il m'arrive encore d'étudier,
mais pour des problèmes de vue, ce sont les autres qui me
font la lecture de certains textes ou bien j'écoute des enregistrements
d'enseignements.
L'une de mes pratiques étant aujourd'hui l'enseignement,
je suis attentive à rechercher des moyens d'apprendre. Lorsque
j'écoute quelqu'un qui enseigne, je suis attentive à
la façon dont il ou elle le fait, au processus qui est mis
en uvre. Par la suite, dans ma pratique de l'enseignement,
je tente à mon tour de mettre en uvre ce que j'ai observé.
Et donc, j'étudie d'un point de vue différent de celui
que j'avais en étant en retraite: je n'étudie pas
seulement dans la perspective de ma pratique personnelle, mais dans
le but de pouvoir redistribuer ce que j'apprends aux autres. La
conséquence en est que je fais beaucoup plus attention à
la façon dont un enseignement est structuré par exemple.
J'ai le sentiment qu'il me faut être plus claire sur les étapes
et l'ordre dans lesquels l'enseignement est donné, afin de
pouvoir le transmettre convenablement. Cela m'amène à
avoir plus de distance sur ce que j'étudie.
Tendrel
: Vous croyez qu'étudier est indispensable sur le chemin
spirituel ?
Droupla
Khédroup : Indispensable, oui! L'étude et la méditation
sont inséparables, sinon nous n'avons pas le recul nécessaire.
Si nous ne faisons que pratiquer, nous ferons du sur-place, alors
qu'avec l'étude en plus, nous voyons où nous allons,
cela nous indique la direction à prendre, la vue à
avoir. Si nous ne faisons qu'étudier, sans pratiquer, nous
n aurons qu une idée intellectuelle sur la pratique. Il nous
faut mettre en pratique et réaliser ce que nous étudions.
A mêler étude et méditation, progressivement
nos concepts se transforment et nous découvrons la vérité
de l'étude en nous-mêmes. Ainsi, il ne s'agit plus
d'une idée purement intellectuelle. L'étude nous montre
aussi l'importance de ces maîtres qui nous ont transmis l'enseignement
au travers de leur réalisation, de leur pratique. Il ne nous
faut pas réinventer la roue, nous n'avons pas besoin d'aller
explorer par monts et par vaux, les enseignants sont très
clairs là-dessus. Au départ, étudier n'est
pour nous qu'un concept intellectuel. Certes, de très beaux
concepts se manifestent, mais ils n'en demeurent pas moins des concepts!
L'enseignement nous montre la direction à prendre, comment
pratiquer et comment réaliser ce qui nous est enseigné.
Si nous n'avions pas les enseignements, si nous n'avions que la
pratique, la direction à prendre ne serait pas si claire,
le chemin nous prendrait bien plus de temps à parcourir et
nous commettrions bien des erreurs !
Tendrel
: Qui dit étude dit textes, comment les utiliser ?
Droupla
Khédroup : Guendune Rinpoché était très
clair sur la question de l'étude; il nous disait souvent
qu'en tant que pratiquants, il nous fallait étudier par petites
tranches. Puis, ce qui avait été étudié
devait être gardé derrière la tête lors
de notre pratique. Et c'est ainsi que, d'après lui, nous
pouvions au mieux intégrer ce morceau d'étude à
notre pratique. Il conseillait donc d'opérer pas à
pas. Remplir notre tête de concepts philosophiques et de théories
ne nous permet pas de les réaliser. Alors que si nous étudions
par petites étapes, nous sommes sûrs de ne pas oublier
ce que nous étudions, nous l'intégrons à notre
pratique et cela devient une expérience personnelle. A lire
trop, nous ne pouvons pas mettre en pratique tout ce que nous lisons
et de nombreux éléments vont tomber aux oubliettes.
Je pense aussi qu'il vaut bien mieux étudier les textes conseillés
par notre guide spirituel, plutôt que de lire ce qui nous
tombe sous la main. Il faut dire qu'il y a tant à lire! Nous
avons à portée de main tant de livres! Par lesquels
commencer ? Cela peut prêter à confusion, il y a tellement
d'ouvrages dans les librairies! C'est quand même un grand
soulagement, un enseignant qui vous dit: " Voilà, pour
toi, maintenant, c'est ce type d'ouvrage qui te convient le mieux.
" ! En fait, il suffit de s'en remettre à son guide
spirituel, en étudiant le bon ouvrage, au bon moment, pour
la bonne pratique. Le tout est d'équilibrer les deux et d'y
aller progressivement. C'est vraiment ce processus qui permet d'intégrer
ce que nous étudions.
Tendrel
: Lorsqu'on est actif qu'on travaille, qu'on a une famille, des
responsabilités, et donc peu de temps disponible, comment
étudier ?
Droupla
Khédroup : Il en va de même que précédemment,
à savoir qu'il s'agit d'équilibrer l'étude
et la pratique. Guendune Rinpoché disait qu'il suffisait
de lire une page ou même une demi-page, d'en retirer une idée
et d'essayer de voir comment cette idée s'applique
à la vie, à notre propre expérience de l'existence.
Prendre donc cette page, cette idée, la mâcher, la
digérer et tenter de la mettre en pratique, tel était
le conseil de Rinpoché. Ainsi, lorsqu'on est actif, et qu'on
a peu de temps, il faut trouver ce fameux équilibre entre
étude et méditation en tenant compte du temps dont
on dispose. En retraite, il en va de même. Ce qui change c'est
la quantité de temps qu'on y consacre. En fait, on pourrait
dire que dans la vie active il s'agit d'une version plus courte
de ce qu'on vit en retraite.
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