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Le
tibétain, la langue du Dharma
Dominique Thomas
Pourquoi
apprendre le tibétain ?
Nous pouvons apprendre
le tibétain simplement pour pouvoir lire directement les
rituels ou pour avoir accès aux textes philosophiques ou
bien encore aux enseignements en général. Tout dépend
donc de notre objectif et de l’énergie que nous sommes prêts
à consacrer à cette étude.
De toute façon,
quel que soit le niveau atteint, c’est très bénéfique.
Bien sûr, le mieux est de pouvoir aller assez avant dans l’apprentissage,
ce qui permet d’accéder aux textes. La langue tibétaine
apparaît alors comme une langue qui s’adresse directement
au cœur. C’est une langue qui a été faite pour parler
du dharma. Si nous pouvons éviter la traduction, nous recevons
beaucoup plus qu’une information intellectuelle, c’est la bénédiction
du maître qui a écrit ces textes qui nous est transmise
à travers sa parole éveillée.
Par rapport à
l’enseignement et à la philosophie, c’est extrêmement
important. Des mots entendus habituellement comme des mots ordinaires,
tels que " compassion, renoncement, foi "
vont prendre leur sens véritable en tibétain, parce
que, très souvent, ce mot sera la synthèse de deux
notions. Par exemple, pour " compassion ", le
tibétain fait référence à la partie
la plus noble, la plus pure de notre cœur, le " maître
du cœur ", pourrions nous presque dire. Cela va élargir
les concepts que nous pouvons avoir sur l’enseignement.
Si notre but est simplement
de connaître l’alphabet pour savoir lire et déchiffrer
les rituels, cet apprentissage est déjà en lui-même
une bénédiction. Ainsi, " Utanamdje ",
un des cinq traités d’Asanga, analyse les dix manières
de pratiquer le dharma. Il y a bien sûr l’écoute, la
réflexion, la méditation, la pratique de la générosité
mais aussi le fait d’apprendre à lire les lettres qui véhiculent
les paroles du Bouddha. Pouvoir lire et réciter ces enseignements,
est aussi une forme de pratique.
L ‘essentiel est
de voir que le tibétain est une langue extrêmement
riche. Il existe un vocabulaire étendu et précis,
dans le domaine du développement de l’esprit et du fonctionnement
de la conscience. En français, il existe certes de nombreux
mots spécifiques comme conscience, sagesse, vigilance
… mais en tibétain, il y a une multitude de mots ou de groupes
de mots très courts, qui vont pouvoir rendre compte de différents
types de sagesse, de différents types de conscience, … Comme
c’est une langue pratiquement mono ou dissyllabique, très
peu de mots ou de syllabes suffisent pour faire des phrases d’une
portée incroyable. En fait la grande différence entre
un texte en tibétain et un texte en français c’est
que le premier a la puissance de s’adresser à notre cœur
directement, alors que le second va d’avantage s’adresser à
notre intellect. En tibétain, certaines phrases de six ou
sept syllabes sont comme une flèche qui nous va droit au
cœur, flèche bénéfique, bien sûr..
Plus qu’un interprète
Quand on traduit un
enseignement oral, le but est de faire passer le message dans l’instant ;
c’est plus une question de " feeling " que de
précision véritable des termes à ce moment-là,
encore que ceci varie en fonction des types d’enseignements. En
ce qui concerne la traduction écrite c’est différent,
car le texte va rester, ce n’est donc plus une impression fugitive,
mais quelque chose qui doit être travaillé. Il s’agit
de réfléchir beaucoup plus au sens intellectuel qui
va être donné ou tout au moins à celui qui va
ouvrir la porte la plus large. Une des difficultés provient
de ce que le vocabulaire tibétain a un sens beaucoup plus
ouvert que le vocabulaire français. Du fait de notre culture
notre manière d’utiliser certains mots est très réductrice.
Pour prendre un exemple : parler de foi ou de persévérance,
véhicule d’emblée des représentations toutes
faites, alors qu’en tibétain, l’idée ou l’intention
transmise est beaucoup plus vaste. A l’écrit, il y a deux
possibilités : soit essayer de coller au plus près
du texte, sans dévier de la moindre virgule, soit de rendre
ce texte plus accessible à nos mentalités occidentales.
A mon avis, la bonne traduction est celle qui, tout en étant
la plus proche possible bien sûr, sait rester accessible aux
personnes qui vont utiliser cette traduction. Parfois certains textes
traduits, représentent un très grand travail, mais
ils sont tellement difficiles d’accès, qu’ils semblent réservés
aux gens qui connaissent déjà le sujet et le tibétain….
On finit par se demander pourquoi cela a été traduit.
A l’inverse, à trop s’éloigner d’un mot à mot,
en pensant n’avoir à garder que le sens, il y a risque de
tomber dans un " péché " d’orgueil.
C’est donner son interprétation personnelle. La traduction
écrite pour l’instant est donc extrêmement difficile.
A ce jour, on n’a pas fait le tour de tout le vocabulaire à
utiliser en français. De plus, la structure même des
phrases tibétaines est très différente de la
nôtre. En tibétain, les choses sont exprimées
dans l’ordre de la logique et du temps, dans la construction d’une
phrase, le point de départ est une cause qui aboutit au résultat.
Parce qu’il y a quelque chose, il va y avoir autre chose, etc..
En français, il y a donc des restructurations à faire
au risque parfois de perdre le sens.
Le tibétain :
une pratique
Apprendre le tibétain
est déjà une pratique de chiné, ne serait ce
que l’écrire. Cela demande un minimum de concentration au
départ et c’est aussi une manière d’élargir,
d’ouvrir la compréhension que l’on pourrait avoir au départ.
Le mot " zeupa "par
exemple, est souvent traduit par patience, alors qu’en fait, il
véhicule l’idée plus large de capacité à
accepter. Il peut s’agir de zeupa vis à vis des ennemis,
des difficultés sur le chemin, mais on va parler aussi de
zeupa vis à vis de la vacuité. Cela ne veut
pas dire grand chose, alors que capacité à accepter
la vacuité, cela va déjà être beaucoup
plus clair. Persévérance en français est
synonyme d’énergie, d’opiniâtreté, en tibétain
cela donne une idée d’enthousiasme à faire des efforts,
parce qu’on a une vision claire du but que l’on s’est fixé.
L’étude du tibétain, même sans forcément
connaître beaucoup de grammaire, permet d’avoir rapidement
une vision moins restrictive de l’enseignement du Bouddha et d’accéder
à une autre forme de la bénédiction des
maîtres.
Gampopa a dit que
ceux qui n’ont pas pu le rencontrer de son vivant, l’auront rencontré
tout de même s’ils ont lu " Le joyau ornement de
la libération ". Intellectuellement, on peut penser
que cela signifie : " Il a dit dans son texte tout
ce qu’il avait à dire sur le dharma ". En fait
si on lit le texte en tibétain, il se passe des choses beaucoup
plus profondes que la traduction, aussi bonne soit elle, ne pourra
pas offrir.
On reçoit dans
le texte originel, toute la puissance d’expression d’un être
éveillé.
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