Le sens des livres
Entretien avec Khempo Chödrak - #1

Question : Quelle nécessité y a-t-il à rassembler des livres ?

Khempo Chödrak : Les études bouddhistes sont basées sur des écrits bouddhistes. Il en va de même pour la contemplation et la méditation. A chaque étape, on s'appuie sur des écrits différents qui développent le sujet. C'est pourquoi il est nécessaire de rassembler un grand nombre d'ouvrages. Si jamais on n'a pas accès aux écrits traitant du sujet qui nous intéresse, alors la pratique n'est pas possible. Cela signifie que, sans textes et sans bibliothèque, il n'est pas possible de s'engager dans l'étude du bouddhisme, ni dans la contemplation ou la méditation. D'autre part, il s'agit de contribuer à la préservation de la doctrine du Bouddha pour un temps très long. Sans une bibliothèque qui regroupe un grand nombre d'ouvrages sur le sujet, il n'est pas possible de le faire. Il y a de nombreux enseignements donnés par le Bouddha Shakyamouni qui n'ont pas été écrits; c’est pourquoi nous n'y avons pas accès de nos jours. Il ne reste peut-être que quatorze à quinze pour cent de ce que le Bouddha Shakyamouni a enseigné sur le mahayana, parce que le restant n'a pas été couché sur le papier et a été perdu. Une autre raison en est que la bibliothèque de l'Université de Nalanda a pris feu. Ces deux éléments expliquent pourquoi nous ne possédons qu'une fraction de ce qu'a enseigné le Bouddha.
En ce qui concerne les tantras enseignés par le Bouddha, seule une fraction demeure accessible aujourd'hui. Cela est simplement dû au fait que cette fraction a été sauvegardée au Tibet et dans certaines régions associées au pays. Le reste n'a pas été écrit. Dans le passé, il y a eu de nombreuses discussions quant à savoir si le mantrayana secret est une tradition bouddhiste ou non. Il a été établi que c'est le cas. Cela a été possible simplement parce qu'on a retrouvé des manuscrits vieux de mille ans au Népal. Et ainsi la preuve a pu en être donnée. Donc, encore une fois, les écrits ont permis de prouver de telles assertions. Les écrits bouddhistes sont la force vive du bouddhisme. Sans écrits, la doctrine du Bouddha disparaît. C'est pourquoi il est si important d'établir une bibliothèque dans un centre du dharma.

Question : Pour rendre ces écrits vivants, il nous faut une transmission orale. Le livre doit-il être transmis oralement pour avoir de la valeur ?

Khempo Chödrak : Cela dépend de l'individu et de ses objectifs. S'il souhaite acquérir une connaissance théorique quant au contenu, il peut le faire en lisant les ouvrages par lui-même, en supposant qu'il connaisse la langue. Toutefois, si le but est d'utiliser les instructions données dans les divers écrits comme base d'une pratique plus profonde, on a besoin de recevoir des explications venant d'un maître spirituel. On acquiert alors un savoir approfondi, qui n'est pas que théorique.

Question : Pourquoi est-il si important d'avoir le Kangyur et le Tengyur dans un lieu d'étude et de pratique ?

Khempo Chödrak : Le Kangyur regroupe les mots très précis utilisés par le Bouddha Shakyamouni. C'est pourquoi les lettres des mots qui sont écrits dans ces volumes portent en elles l'influence spirituelle du Bouddha Shakyamouni. Quant au Tèngyur, il est constitué d'écrits composés par divers maîtres indiens qui élucident l'enseignement du Bouddha. C'étaient tous des maîtres accomplis et donc, les lettres de leurs écrits portent aussi en elles une influence spirituelle. Si l'on considère alors l'influence spirituelle contenue dans les mots prononcés par cet être qu'est le Bouddha Shakyamouni (cet être regardé comme ayant atteint un niveau spirituel encore plus élevé que les bodhisattvas cités précédemment), on ne peut même pas imaginer tout le bienfait qu'il y a à conserver tous ces écrits. Les traités dans le Tengyur sont rédigés par des êtres qui ont atteint diverses terres de réalisation. Donc, rien que le fait d'avoir de tels écrits à proximité est d'une grande bénédiction.
Par conséquent, quelqu'un qui lit ou qui étudie les mots du Bouddha en retirera de grands bienfaits quant à son développement sur le chemin spirituel. La transmission écrite du Kangyur est ininterrompue depuis le Bouddha Shakyamouni. Il n 'y a jamais eu d'interruption dans ces lignées. Il y a un traducteur tibétain qui a passé environ vingt et une années en Inde à rassembler les différentes transmissions de lectures rituelles de lignées, ce qu'on appelle les loungs. Il les a ramenées au Tibet. En fait, il a passé vingt et une années à les recevoir afin de pouvoir les préserver.

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