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Le sens des
livres
Entretien
avec Khempo Chödrak -
#2
Question
: Le khempo a dit que les textes expliquent la vacuité de
façon théorique et intellectuelle, mais que dans le
processus même de l'étude des textes il se passe quelque
chose dautre qui n 'a rien d'intellectuel. Qu'en est-il ?
Khempo
Chödrak : A partir du moment où quelqu'un se
considère comme un pratiquant du mahayana, il est fréquemment
exposé à des enseignements sur la compassion. Il s'entend
souvent dire qu'il est nécessaire de développer la
compassion. Chandrakirti commence le madhyamikavatara en expliquant
la compassion qu'il faut générer en tant que pratiquant
du mahayana. Un étudiant qui lit dans le madhyamikavatara
la partie concernant la compassion sous ses divers aspects et qui
est satisfait de sa lecture aura une lecture qui se contente d'être
intellectuelle. Parce que le seul et unique aspect qui l'intéresse
dans ces traités est de lire les mots qui les composent.
Il ne se préoccupe que du sens littéral des mots.
Toutefois, les études bouddhistes vont plus loin.
L'étudiant, au fur et à mesure de ses études,
est encouragé à contempler le sens de ce qu'il étudie.
Il ne s'agit pas de s'arrêter à une simple lecture
des mots. Ainsi, cela signifie que l'élève s'assoit
et réfléchit aux différentes explications qui
ont été données, par exemple sur la compassion.
Il y a l'explication qui traite de l'attention, puis celle qui parle
des différents types de compassion, les différentes
étapes de l'esprit compassionné que le pratiquant
est supposé développer avec l'attention. Comment développer
de la compassion si l'on ne sait pas que tous les êtres ont
été notre mère et si l'on n'est pas informé
de toutes les souffrances encourues par tous les êtres, nos
mères ? Sans ce type de connaissance, dans le mahayana, il
n'est pas possible de développer de la compassion. A moins
d'être connue, cette compassion ne peut être générée.
Cette connaissance est bien sûr conceptuelle. Toutefois, parler
des études bouddhistes comme n'étant que conceptuelles
et intellectuelles est une profonde erreur. Cela voudrait dire que
la personne en question ne pourrait absolument pas produire la compassion
qu'elle est supposée avoir. Sans connaissance conceptuelle
de la compassion, comment mettre celle-ci en oeuvre ? Si quelqu'un
tente de générer la connaissance de la vacuité
sans compassion, cela signifie que sa connaissance de la vacuité
ne correspondra pas à celle qu'enseigne le mahayana. Cela
signifie que cette personne ne pratique même pas le chemin
qu'elle prétend parcourir. Sans une compréhension
de la vacuité, qui ne peut être que conceptuelle au
départ, il n 'y a pas moyen de méditer dessus. Ainsi,
partant d'une connaissance théorique de la vacuité,
on peut alors entrer dans une méditation contemplative sur
le sujet. On peut acquérir une connaissance définitive
du sens de la vacuité. C'est ce qui permettra d'aller au-delà
de l'esprit conceptuel. On doit comprendre que l'étude du
bouddhisme diffère de l'étude dans d'autres domaines.
Dans la plupart des autres domaines, l'étude est sans détours,
car on n'a affaire qu'à une seule perspective à la
fois. Si vous souhaitez devenir ingénieur, vous allez étudier
les différentes formules nécessaires. Puis, quand
vous en aurez fini avec vos études, vous n'aurez pas à
faire face à une nouvelle perspective, puis encore une autre.
Etudier, dans la plupart des autres domaines, n'entraîne qu'un
type de perspective en général. Les études
bouddhistes ne fonctionnent pas de la même manière.
Chaque sujet enseigné entraîne de nombreuses perspectives.
Ainsi, les études bouddhistes ne sont pas intellectuelles
au sens courant du terme. Même si elles sont faites à
partir de l'intellect. C'est l'intellect qui comprend, mais il y
a de nombreux niveaux d'intellect, il y a différentes façons
de travailler avec; tous ces niveaux ne sont pas superficiels. En
termes de chemin bouddhiste, les études vont toujours de
pair avec la méditation contemplative. Cela signifie qu'une
personne contemple ce qu'elle a étudié. A cela s'ajoute
le fait de cultiver la compréhension et le savoir que l'on
a acquis à travers l'étude et la contemplation, dans
la méditation elle-même. Si l'on ne sait pas combiner
étude, contemplation et méditation, on n'ira nulle
part.
Si l'on sépare étude et méditation, on n'ira
pas très loin. On considérera les écrits comme
des outils à utiliser pour nourrir l'étude intellectuelle.
Lorsque l'on voudra méditer, on mettra ces écrits
de côté puisqu'on percevra ces deux choses comme étant
totalement différentes l'une de l'autre. Ou alors, on adoptera
le point de vue selon lequel les écrits bouddhistes représentent
un cadre de référence intellectuelle suffisant. C'est
vraiment une erreur, car l'on n'ira pas loin sur le chemin spirituel.
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