Tséma
Khenpo Tcheudrak
Tenphel Rinpoché
Voici la retranscription du cours de
tséma
donné par Khenpo Tcheudrak Tenphel à Dhagpo Kagyu
Ling
lors desTrésors Bouddhistes de la Connaissance, en été1996.
Quelques mots sur
les termes employés
L'enseignement de tséma
est assez peu répandu dans les centres du dharma en occident
; aussi cette matière est-elle étudiée la plupart
du temps en tibétain et parfois en anglais. Il n'y a donc
pas encore beaucoup de termes consacrés pour traduire telle
ou telle expression technique tibétaine, expressions qui
peuvent avoir un sens extrêmement complexe tout en se réduisant
à deux ou trois syllabes. C'est un peu comme lorsque l'on
utilise des sigles ou des initiales : si l'on est initié,
tout est clair, mais dans le cas contraire, c'est incompréhensible.
Lors de la traduction,
il faut donc adopter un système intermédiaire, permettant
la compréhension sans être trop lourd. Ce système
n'est pas encore en place d'où la difficulté que l'on
a parfois à communiquer certaines subtilités et à
garder toujours le même langage.
Vous
allez trouver dans ce transcript un vocabulaire parfois différent
de celui utilisé lors de la traduction orale, car, à
la relecture, il est apparu que certains termes correspondaient
plus au sens que d'autres. Ainsi les mots "valide", "correct", "juste"
ont-ils été souvent remplacés par "exact";
les termes "valide" ou "correct" ou encore "juste" pouvant donner
l'idée d'un état de référence que ne
suggère pas le terme "exact". N'ayez crainte, les modifications
sont minimes et elles ne varient pas d'une page à l'autre.
Voici une liste de quelques mots utilisés fréquemment.
Percevoir un objet =
avoir connaissance de la présence d'un objet = expérimenter
la présence d'un objet = avoir conscience d'un objet.
Perception, connaissance, expérience, conscience de, sont
souvent synonymes.
Direct = non conceptuel.
Indirect = conceptuel.
Exact = sans erreur et sans faille = tel que c'est.
Inexact = erroné ou douteux = illusoire.
Clair = direct et exact.
Apparemment clair = qui n'est pas (direct et exact).
Tséma
dans l'enseignement du Bouddha Shakyamuni
Tséma est un terme
tibétain ayant un sens très large que l'on pourrait
traduire par "exact".
Ce mot est employé comme
nom faisant référence à l’enseignement du Bouddha
sur les divers types de perception et donc de connaissance, d’où
sa traduction parfois plus éloignée du sens premier
: " théorie de perception ", " psychologie
bouddhiste " ou encore " science de la cognition
valide ". Cet enseignement remonte au Bouddha historique
lui-même, le Bouddha Shakyamuni. En général,
lorsque l'on parle des enseignements du Bouddha, on fait référence
à ce que l’on nomme les Trois Corbeilles, en sanscrit les
tripitakas : le Vinaya, l'Abhidharma et les Soutras. Toutes les
paroles du Bouddha sont contenues dans ces Trois Corbeilles ; l'enseignement
de Tséma se trouve principalement dans l'Abhidharma et dans
les Soutras.
Pourquoi le Bouddha
est-il présenté comme un " être faisant
autorité " ?
Dans le Soutrapitaka
et l'Abhidharma, certains enseignements montrent la réalisation
du Bouddha Shakyamuni, réalisation parfaite, totale, authentique.
L’être qui a accédé à cette réalisation
fait donc autorité, puisque sa compréhension est totalement
exacte, son intention totalement pure et son activité parfaitement
juste. Pour illustrer cela, en tibétain on utilise le terme
excellent : la cause de cette bouddhéité est excellente,
le résultat du chemin entrepris est lui aussi excellent,
l’action et le fruit sont excellents. Le début de cet enseignement
de Tséma va consister à établir que le Bouddha,
qui donne cet enseignement de Tséma, est un être faisant
autorité en la matière car, de par sa réalisation,
il a cette connaissance exacte, cette cognition valide. Le fruit
du chemin suivi par lui est l'état du parfait Eveil pour
lequel on décrit quatre absences de peur. La bouddhéité
est l'état de réalisation totale, au-delà de
toute limite, au-delà de toutes peurs, puisque pour y accéder,
il est nécessaire de mettre un terme définitif à
tous les obscurcissements mentaux et à ce qui en est la source.
Les quatre absences
de peur
1. Trancher totalement
les racines du samsara
La première de
ces quatre absences de peur est celle qui concerne le fait de trancher
totalement la racine des obscurcissements mentaux et les états
émotionnels qui nous enchaînent dans le samsara. Lorsque
l’on parle d’absence de peur, cela signifie qu’il n’y a aucun doute,
aucune hésitation sur ce qu'il faut entreprendre, sur le
fait d’avoir à trancher ces sources de soufrance. Le Bouddha
n'a aucune peur ni hésitation quant à cela.
2. Connaître
les phénomènes tels qu'ils sont
Le deuxième point
correspond au fait de savoir que rien ni personne ne pourra contredire
la validité de son enseignement dans la mesure où,
ayant totalement purifié les obscurcissements mentaux, il
a une totale compréhension de la vérité relative
et de la vérité ultime. Il connait les choses telles
qu'elles sont dans leur réalité absolue, dans leur
essence aussi bien que de leur multiplicité de manifestations
au niveau relatif. On parle toujours de deux niveaux de réalité
: absolu et relatif. L'absolu, c’est la nature intrinsèque
des phénomènes, le relatif, leur manifestation illimitée.
Le Bouddha n’a aucune crainte ou hésitation en rapport avec
ces deux aspects de connaissance.
3. Un guide parfait
pour tous les êtres
La troisième absence
de peur est vis-à-vis du chemin et fait référence
à la capacité de guider tous les êtres sur le
chemin de la libération.
4. Ce qu'il faut abandonner
et ce qu'il faut adopter
La quatrième
absence de peur est l'absence de peur quant à ce qui doit
être adopté et ce qui doit être abandonné.
La
cognition infaillible du Bouddha
Le Bouddha Sakyamuni
a accédé à la totale réalisation, au
fruit excellent de la bouddhéité doté de ces
quatre absences de peur dont on vient de parler. Il a une connaissance
totale et exacte de tous les phénomènes et fait donc
autorité en la matière sur la réalité
des choses comme sur le moyen d’accéder à cette réalité.
Sa compréhension est totalement infaillible, tellement illimitée
qu' il a la capacité de voir les cycles de renaissances et
d'enseigner comment cet enchaînement se poursuit. Les enseignements
que l'on trouve dans l'Abhidharma et dans les Soutras sont de ce
fait totalement sûrs, parfaitement authentiques.
Dans l'Abhidharma et
dans les Soutras, est expliqué le cycle des renaissances,
comment et pourquoi les êtres y sont enchaînés.
Celui qui enseigne cela est un être faisant autorité,
en tibétain l’expression kyibou tséma est utilisée,
kyibou voulant dire "individu ou être capable" et tséma
"valide ou exact"; le Bouddha est donc un être à la
capacité valide, un individu dont la cognition est authentique,
faisant autorité. Ce qu'il enseigne est la nature même,
la réalité des choses et rien d’autre. Ces enseignements
de tséma se trouvent à la fois dans les soutras et
dans l'Abhidharma ; il n'y a pas de corbeille spécifique
pour cela.
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