Science de l'esprit  

La compassion

16 ème Gyalwa Karmapa

Chacun, dans cette grande Assemblée de Bodhisattvas, manifeste la même puissance et la même mansuétude envers les êtres innombrables, de telle sorte que tout semble leur obéir. Parfois, ils font pousser de merveilleux lotus et des arbres fleuris du sein de l'océan ou bien, d'une larme, ils créent une mer immense. Tout, dans la nature, répond à leur appel. Le feu peut apparaître comme de l'eau et l'eau comme du feu. Tout cela est causé par la force de l'attitude éveillée, de la motivation et de l'action justes. Cela signifie pour nous qu'il ne doit plus y avoir d'autre centre d'intérêt que la pratique de la compassion et que nous devons en être conscients et l'accomplir à chaque instant.

Par exemple, si on s'entraîne à méditer sur la vacuité, Shunyata, on ne doit jamais oublier de s'en remettre aux Objets de Refuge d'une part, et de l'autre, de générer une compassion véritable envers tous les êtres.

"La véritable nature de la vacuité est compassion."

Si on n'a pas expérimenté pleinement la compassion, proclamer avoir réalisé la vacuité, Shunyata, n'a aucun sens. En ce moment particulier, vous avez la chance d'écouter les enseignements à différents niveaux, et il est fondamental de pratiquer ce qui est enseigné sous peine de nullité. J'insiste aujourd'hui sur quelque chose que vous avez dû entendre souvent. Et cependant, il est encore nécessaire d'intégrer complètement, avec diligence et respect, la nature précieuse de ce que nous avons compris, de ce que nous avons reçu.

Il est indispensable de travailler à l'accomplissement des enseignements et à la complète réalisation de leur sens profond. Et dans ce but, le facteur le plus important, une fois encore, est la pratique de la Bodhicitta, l'esprit de l'éveil.

Vous allez peu à peu, parcourir le sentier du Vajrayana. A chaque tournant, la Bodhicitta est indispensable. Tant que les techniques profondes du Vajrayana ne s'appuient pas sur l'esprit de l'éveil, on n'obtient pas vraiment de réalisation significative. Ainsi, vous voyez bien que tout, pour le moment, prend racine au cœur de l'esprit de l'éveil, et qu'il faut rechercher absolument tout ce qui peut accroître et soutenir la pratique de la Bodhicitta pour créer les situations favorables à son développement, Par exemple, un des moyens de faire naître l'esprit de l'éveil sont les vœux de Pratimoksha (2). Dans cette tradition, il y a sept types d'engagement ou degrés de pratique, basés sur l'autodiscipline.

C'est ce qu'on appelle les préceptes ou les vœux. La prise de Refuge étant le préalable fondamental à la pratique de l'éthique, ce n'est qu'après qu'il est possible de prendre celui des vœux qui nous convient. Par ce moyen, on fortifie sa pratique de la Bodhicitta, et on devient capable de suivre le chemin du Bouddha d'une façon beaucoup plus simple, sincère et saine. On ne doit pas négliger l'importance des vœux et de l'autodiscipline. Les structures des trois poisons : aversion, attachement et ignorance sont fortement enracinées. Si l'on veut déraciner ces tendances et appliquer l'antidote approprié à ces poisons, les pratiques de la discipline telles qu'elles sont décrites dans les vœux de Pratimoksha, se révèlent des instruments nécessaires.

Ensuite, il y a les principes du Mahayana dont nous avons parlé plus haut (le développement de l'attitude éveillée qui s'intéresse au bienfait et à la libération de tous les êtres) et selon lesquels nous devons vivre. Au point de vue matériel, ce pays est très riche, et la vie y est plus active que partout ailleurs. Les gens se laissent distraire par toutes sortes de séductions mondaines et submerger par des préoccupations matérielles écrasantes. L'agitation de la vie active augmente. Une occupation en amène une autre et cela ne s'arrête jamais. On est constamment occupé. La vraie nature de l'existence cyclique est très bien représentée par ce genre de vie. Pour remédier à ce genre de situation, il est nécessaire, tout d'abord, de calmer l'esprit. Ne soyez pas complètement absorbés par les perturbations extérieures. Cultivez un certain état de stabilité.

Cultivez simplement le contrôle de l'esprit, la quiétude. Développez au moins une certaine ouverture mentale. Qu'importe ce que vous êtes, chacun a besoin de pratiquer cette méditation de base simplement destinée à calmer un esprit aussi constamment agité et troublé. C'est le premier pas dans la pratique du Dharma qui est tellement important pour nous-mêmes et pour les autres. Si vous pouviez voir et apprécier la nature véritable du Dharma, et, à la lumière de cette appréciation, continuer à pratiquer, alors il ne fait aucun doute que vous seriez d'un bienfait immense pour les gens que vous rencontreriez et spécialement pour ce pays...

Il n'y aurait aucun doute sur votre capacité à extirper les êtres de problèmes et de conflits sans nombre.

Aussi, la pratique du Dharma doit-elle être vraiment prise au sérieux et accomplie avec sincérité. Elle joue un rôle décisif pour façonner notre vie, et non seulement celle-ci mais toutes les vies à venir. Si l'on veut un bonheur parfait, aussi bien temporaire qu'ultime, la seule connexion sûre et incomparable est la pratique du Dharma. La notion d'une chose perçue et de quelqu'un qui perçoit a existé depuis les temps sans commencement, et fait partie des structures de la saisie mentale. Depuis les temps sans commencement, notre insuffisance nous a fait retomber dans le samsara. Dans le passé, le futur et encore actuellement, l'esprit se prend à son propre jeu. Mais lorsqu'on cherche à saisir la véritable nature de l'esprit, on ne peut déterminer ni sa couleur, ni sa forme, ni sa localisation, ni sa conscience. Cela étant, dans la pratique de la méditation, il est important de ne pas inviter le futur ni rappeler le passé, mais de rester dans l'ici et maintenant. L'instantanéité de l'esprit, telle est la pratique que vous devez tous développer.

Randjoung Rigpei Dordjé

Notes :

(1) Samaya : engagement spécifique au Vajrayana par lequel le disciple transforme toutes ses expériences en Chemin d'Eveil, par le développement de la vision pure. Ce lien sacré unit le disciple à la fois à une divinité de méditation, au lama et aux êtres qui lui sont connectés.

(2) Pratimoksha : vœux de libération individuelle. Ce sont les engagements relatifs à l'éthique, communs à tous les Véhicules du Bouddhisme. L'essence en est l'abandon des activités négatives du corps, de la parole et de l'esprit par l'observance de certains préceptes qui s'appliquent aux diverses situations des individus : laïcs, novices, moines. Ces vœux sont la base des engagements ultérieurs dans le Mahayana et dans la voie tantrique.


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