Chacun,
dans cette grande Assemblée de Bodhisattvas, manifeste
la même puissance et la même mansuétude envers
les êtres innombrables, de telle sorte que tout semble
leur obéir. Parfois, ils font pousser de merveilleux
lotus et des arbres fleuris du sein de l'océan ou bien,
d'une larme, ils créent une mer immense. Tout, dans la
nature, répond à leur appel. Le feu peut apparaître
comme de l'eau et l'eau comme du feu. Tout cela est causé
par la force de l'attitude éveillée, de la motivation
et de l'action justes. Cela signifie pour nous qu'il ne doit
plus y avoir d'autre centre d'intérêt que la pratique
de la compassion et que nous devons en être conscients
et l'accomplir à chaque instant.
Par exemple,
si on s'entraîne à méditer sur la vacuité,
Shunyata, on ne doit jamais oublier de s'en remettre aux Objets
de Refuge d'une part, et de l'autre, de générer
une compassion véritable envers tous les êtres.
"La
véritable nature de la vacuité est compassion."
Si on
n'a pas expérimenté pleinement la compassion,
proclamer avoir réalisé la vacuité, Shunyata,
n'a aucun sens. En ce moment particulier, vous avez la chance
d'écouter les enseignements à différents
niveaux, et il est fondamental de pratiquer ce qui est enseigné
sous peine de nullité. J'insiste aujourd'hui sur quelque
chose que vous avez dû entendre souvent. Et cependant,
il est encore nécessaire d'intégrer complètement,
avec diligence et respect, la nature précieuse de ce
que nous avons compris, de ce que nous avons reçu.
Il est indispensable
de travailler à l'accomplissement des enseignements et
à la complète réalisation de leur sens
profond. Et dans ce but, le facteur le plus important, une fois
encore, est la pratique de la Bodhicitta, l'esprit de l'éveil.
Vous allez
peu à peu, parcourir le sentier du Vajrayana. A chaque
tournant, la Bodhicitta est indispensable. Tant que les techniques
profondes du Vajrayana ne s'appuient pas sur l'esprit de l'éveil,
on n'obtient pas vraiment de réalisation significative.
Ainsi, vous voyez bien que tout, pour le moment, prend racine
au cur de l'esprit de l'éveil, et qu'il faut rechercher
absolument tout ce qui peut accroître et soutenir la pratique
de la Bodhicitta pour créer les situations favorables
à son développement, Par exemple, un des moyens
de faire naître l'esprit de l'éveil sont les vux
de Pratimoksha (2). Dans cette tradition, il y a sept types
d'engagement ou degrés de pratique, basés sur
l'autodiscipline.
C'est ce
qu'on appelle les préceptes ou les vux. La prise
de Refuge étant le préalable fondamental à
la pratique de l'éthique, ce n'est qu'après qu'il
est possible de prendre celui des vux qui nous convient.
Par ce moyen, on fortifie sa pratique de la Bodhicitta, et on
devient capable de suivre le chemin du Bouddha d'une façon
beaucoup plus simple, sincère et saine. On ne doit pas
négliger l'importance des vux et de l'autodiscipline.
Les structures des trois poisons : aversion, attachement et
ignorance sont fortement enracinées. Si l'on veut déraciner
ces tendances et appliquer l'antidote approprié à
ces poisons, les pratiques de la discipline telles qu'elles
sont décrites dans les vux de Pratimoksha, se révèlent
des instruments nécessaires.
Ensuite,
il y a les principes du Mahayana dont nous avons parlé
plus haut (le développement de l'attitude éveillée
qui s'intéresse au bienfait et à la libération
de tous les êtres) et selon lesquels nous devons vivre.
Au point de vue matériel, ce pays est très riche,
et la vie y est plus active que partout ailleurs. Les gens se
laissent distraire par toutes sortes de séductions mondaines
et submerger par des préoccupations matérielles
écrasantes. L'agitation de la vie active augmente. Une
occupation en amène une autre et cela ne s'arrête
jamais. On est constamment occupé. La vraie nature de
l'existence cyclique est très bien représentée
par ce genre de vie. Pour remédier à ce genre
de situation, il est nécessaire, tout d'abord, de calmer
l'esprit. Ne soyez pas complètement absorbés par
les perturbations extérieures. Cultivez un certain état
de stabilité.
Cultivez
simplement le contrôle de l'esprit, la quiétude.
Développez au moins une certaine ouverture mentale. Qu'importe
ce que vous êtes, chacun a besoin de pratiquer cette méditation
de base simplement destinée à calmer un esprit
aussi constamment agité et troublé. C'est le premier
pas dans la pratique du Dharma qui est tellement important pour
nous-mêmes et pour les autres. Si vous pouviez voir et
apprécier la nature véritable du Dharma, et, à
la lumière de cette appréciation, continuer à
pratiquer, alors il ne fait aucun doute que vous seriez d'un
bienfait immense pour les gens que vous rencontreriez et spécialement
pour ce pays...
Il n'y
aurait aucun doute sur votre capacité à extirper
les êtres de problèmes et de conflits sans nombre.
Aussi, la
pratique du Dharma doit-elle être vraiment prise au sérieux
et accomplie avec sincérité. Elle joue un rôle
décisif pour façonner notre vie, et non seulement
celle-ci mais toutes les vies à venir. Si l'on veut un
bonheur parfait, aussi bien temporaire qu'ultime, la seule connexion
sûre et incomparable est la pratique du Dharma. La notion
d'une chose perçue et de quelqu'un qui perçoit
a existé depuis les temps sans commencement, et fait
partie des structures de la saisie mentale. Depuis les temps
sans commencement, notre insuffisance nous a fait retomber dans
le samsara. Dans le passé, le futur et encore actuellement,
l'esprit se prend à son propre jeu. Mais lorsqu'on cherche
à saisir la véritable nature de l'esprit, on ne
peut déterminer ni sa couleur, ni sa forme, ni sa localisation,
ni sa conscience. Cela étant, dans la pratique de la
méditation, il est important de ne pas inviter le futur
ni rappeler le passé, mais de rester dans l'ici et maintenant.
L'instantanéité de l'esprit, telle est la pratique
que vous devez tous développer.
Randjoung
Rigpei Dordjé
Notes
:
(1)
Samaya : engagement spécifique au Vajrayana par lequel
le disciple transforme toutes ses expériences en Chemin
d'Eveil, par le développement de la vision pure. Ce lien
sacré unit le disciple à la fois à une
divinité de méditation, au lama et aux êtres
qui lui sont connectés.
(2)
Pratimoksha : vux de libération individuelle.
Ce sont les engagements relatifs à l'éthique,
communs à tous les Véhicules du Bouddhisme. L'essence
en est l'abandon des activités négatives du corps,
de la parole et de l'esprit par l'observance de certains préceptes
qui s'appliquent aux diverses situations des individus : laïcs,
novices, moines. Ces vux sont la base des engagements
ultérieurs dans le Mahayana et dans la voie tantrique.