Dhagpo
Kagyu Ling Juillet 1999
De façon
générale, en ce qui concerne les voeux de bodhisattva,
il y a deux étapes. D'une part, il y a les voeux de bodhisattva
d'intention, d'aspiration. Ensuite, il y a les voeux d'application,
la mise en oeuvre de l'intention. Pour prendre les voeux, il
nous faut dabord prendre les voeux de refuge, en relation
avec ces voeux de bodhisattva.
Les voeux
daspiration
La première étape, ce sont les voeux d'aspiration.
C'est-à-dire que nous allons diriger notre esprit vers
un but, vers un objet. Quel est-il ? Ce sont tous les êtres
qui peuplent l'espace sous toute une série de formes
d'existences, de mondes et de planètes différentes.
Ce qui caractérise les êtres vivants, cest
qu'ils sont dune part dotés d'une conscience et
d'autre part, quils sont aussi caractérisés
par la souffrance qui s'enracine dans l'ignorance fondamentale.
Un esprit marqué par l'ignorance fondamentale ne peut
produire autre chose que des émotions perturbatrices.
A partir de là, inévitablement nous allons agir
et accumuler du karma. Les graines karmiques, quand elles arrivent
à maturité, produisent de la souffrance. C'est
cette souffrance qu'expérimentent les êtres dans
les différents types d'existences. Générée
de vie en vie, elle forme un cycle. Considérant les êtres,
leurs conditions d'existence et leur souffrance, nous allons
développer une authentique compassion.
Développer
le souhait de libérer tous les êtres
Gardant à l'esprit la souffrance qu'expérimentent
les êtres, il s'agit de développer une attitude.
Cette attitude d'esprit est le souhait profond, développé
de façon honnête, que tous ces êtres soient
complètement libérés de la souffrance et
ce, de façon permanente. On sencourage soi-même
à développer cet état d'esprit face à
la souffrance des êtres. Afin d'être capable de
réaliser ce souhait, c'est-à-dire de libérer
les êtres de la souffrance de façon définitive,
il s'agit de travailler sur soi-même et de se libérer
de sa propre souffrance et confusion. Dans un deuxième
temps, nous pouvons acquérir la capacité véritable
de venir en aide aux autres et de les libérer. Cette
capacité, c'est le plein et parfait éveil, c'est
l'état de bouddha. L'état de bouddha, c'est la
capacité réelle d'accomplir le bienfait des autres
de façon spontanée. Pour que cet éveil
sétablisse, il est nécessaire qu'il s'enracine
dans une cause.
Lesprit
déveil
La cause de l'éveil, c'est le développement de
la bodhicitta, de l'esprit déveil, de l'aspiration ;
cest le développement de cette aspiration comme
cause dans l'esprit. On le formalise par la prise des voeux
de bodhisattva. Ainsi, en prenant ces voeux, et en mettant en
oeuvre cette attitude d'esprit, nous cheminons et nous nous
développons spirituellement. De vie en vie, nous devenons
de plus en plus capable d'accomplir le bienfait des êtres.
Progressivement, nous allons pouvoir réaliser le fruit
ultime qui est le plein et parfait éveil, l'état
de Bouddha. Cela va nous permettre d'accomplir spontanément
le bienfait des êtres, non de façon conceptuelle,
mais de façon totalement spontanée et sans entraves.
Exactement comme le soleil qui brille dans le ciel et qui
éclaire toute chose, l'activité du Bouddha, va
naturellement accomplir le bienfait des autres. C'est ce qu'on
appelle le fruit de l'éveil, le plein et parfait éveil.
Ce fruit s'acquiert en développant l'esprit d'éveil,
la bodhicitta. Il y a donc ces deux points de
vue, ces deux points de référence sur le chemin
vers l'éveil. D'une part il faut considérer le
fruit, l'éveil, cest-à-dire la capacité
réelle d'accomplir le bienfait des autres. D'autre part,
il faut considérer la cause qui va nous y amener, c'est-à-dire
le développement de la bodhicitta, le développement
de l'esprit de l'éveil, qui va être formalisé
par les voeux.
Quatre
types dêtres
On
parle du fruit de l'éveil et il est important de bien
comprendre ce qu'est ce fruit, ce qu'est l'éveil, ce
qu'est le Bouddha et sa capacité à accomplir le
bienfait des autres de façon spontanée et sans
limite. Comment cela s'accomplit-il ? Le Bouddha accomplit
le bienfait des autres de façon spontanée à
travers quatre niveaux. Par son activité spontanée,
il va permettre aux êtres qui sont complètement
prisonniers du samsara et de la souffrance de se libérer,
non pas tant du samsara, mais plutôt des souffrances des
mondes inférieurs. Cela peut les amener à avoir
une renaissance dans laquelle ils peuvent rencontrer un bonheur
relatif.
Ensuite, il y a un deuxième niveau d'activité
qui s'adresse cette fois-ci à ceux qui sont sur le chemin.
L'activité du Bouddha va les encourager, les soutenir
pour qu'ils puissent complètement se libérer du
samsara. On parle des pratiques des arhats ou des bouddhas pour
eux-mêmes, qui cherchent leur propre libération.
Quand ces êtres ont réalisé l'éveil
du petit véhicule, les bouddhas peuvent, à ce
moment-là, également les aider parce qu'ils sont
établis dans cette paix de l'esprit, ils y résident
complètement. C'est le fruit du chemin de la libération
individuelle, l'éveil des arhats. L'activité des
bouddhas va les encourager à avancer vers l'éveil,
à ne pas rester dans cette paix et très concrètement,
par leur samadhi, par leur absorption méditative, les
bouddhas vont les secouer de cette sérénité,
de cette paix. Ils vont agir ainsi afin de les exhorter à
continuer à parcourir leur chemin vers l'éveil.
Mais ce n'est pas tout. L'activité des bouddhas s'adresse
aussi à un quatrième type d'êtres, ceux
qui sont sur ce que l'on appelle les hautes terres des bodhisattvas,
la huitième ou la neuvième terre. L'activité
des bouddhas va les exhorter à continuer encore leurs
efforts, à poursuivre leur cheminement, jusqu'à
ce qu'ils puissent eux-mêmes réaliser le plein
éveil.
Ainsi, on peut voir combien vaste est cette activité
éveillée. Elle s'adresse à la fois à
des êtres qui sont complètement dans le samsara,
sur le chemin de la libération ainsi quà
d'autres êtres qui ont déjà un certain fruit
du chemin. Cette activité s'adresse à tous les
types d'êtres, à tous les niveaux d'êtres.
Et il faut bien comprendre que ce qui permet cette activité
spontanée et sans limite, c'est la cause première.
Et la cause première, c'est cette promesse, cet engagement,
ce serment de pratiquer pour aider, pour accomplir le bienfait
des autres. C'est ce qui va nous permettre d'avoir ce fruit
spontané et sans limite.
Les voeux
d'esprit d'éveil d'application
Il y a ensuite les voeux d'esprit d'éveil d'application,
l'engagement à la mise en pratique de l'aspiration à
l'éveil. Ces voeux de mise en oeuvre des bodhisattvas
consistent en la pratique des six paramitas, les six qualités
éveillées, ou les six façons de vivre éveillées.
Ce sont : la générosité, l'éthique,
la patience, l'effort enthousiaste, la méditation, et
la sagesse discriminante. Un bouddha est quelqu'un qui a amené
à sa pleine perfection et pleine maturation, ces six
qualités éveillées. C'est en les pratiquant
que l'on peut complètement actualiser l'éveil.
En cheminant, en pratiquant et en mettant en oeuvre ces qualités,
les bouddhas les ont développées jusqu'à
leur pleine perfection. A travers leurs différentes existences
fondées sur le souhait de véritablement aider
les autres, ces qualités se sont épanouies. En
prenant les voeux nous pensons : "Tout comme les bouddhas
du passé, du présent et du futur, qui se sont
engagés, s'engagent et s'engageront à la pratique
des six qualités éveillées, des six paramitas,
je vais suivre ce chemin".
Maintenir
une discipline ou léthique
Les
voeux de bodhisattva peuvent se prendre dans le contexte des
trois types de discipline. Ces trois types déthique
sont d'une part, lengagement de réduire tout acte
négatif, qui induit de la souffrance ; et dautre
part, lengagement daccumuler des actions positives,
qui génèrent un bienfait pour soi et pour les
autres. La troisième éthique est une conduite
qui accomplit le bienfait des autres.
Afin de préserver les différents engagements concernant
ces voeux, un entraînement est nécessaire. Ce que
signifie préserver l'engagement de ces voeux d'aspiration
et d'application est clairement développé dans
le Joyau Ornement de la libération de Gampopa.
Cet engagement est la base d'un développement puissant
de la vertu et de ce qui est positif. C'est quelque chose qui
va se développer automatiquement si lon préserve
ses engagements. Même lorsque l'on dort, même quand
l'esprit n'est pas attentif, ces bienfaits continuent à
se développer. C'est la raison pour laquelle les voeux
sont dits être un fondement fertile pour le développement
de toute vertu.