Cet
enseignement a été donné à Dhagpo
Kagyu Ling lors d'un week-end du mois de mars 1990. Guendune
Rinpoché y explique la motivation et les qualités
qu'il est nécessaire de développer sur le chemin
de l'Eveil et l'état d'esprit dans lequel il faut s'établir
pour méditer.
Tous ceux
qui veulent pratiquer le dharma et atteindre l'illumination
doivent fonder leur vie sur l'accomplissement du bienfait d'autrui.
Si l'on persiste dans l'accomplissement de son propre bienfait.
on ne fait que tourner dans le cycle des existences.
Il est nécessaire
tout d'abord de développer la suprême intention
de parvenir à l'illumination ; une fois développée
cette parfaite intention, on doit s'efforcer de la mettre en
pratique ; ainsi on progresse effectivement jusqu'à atteindre
l'illumination.
Intention
signifie : le moment où l'on souhaite aller quelque part.
Si notre intention est d'aller en Inde par exemple, le moment
où nous formons cette idée représente le
souhait ou l'intention, et tous les efforts que nous faisons
ensuite pour aller jusqu'en Inde, le voyage lui-même,
constituent l'application de notre intention. Souhaiter atteindre
la suprême et parfaite illumination, c'est développer
l'idée ou l'intention de réaliser la bouddhéité
le plus rapidement possible afin de pouvoir venir en aide à
tous les êtres. Tel est l'engagement, relatif au fruit
ou au résultat que nous cherchons à atteindre,
que nous prenons envers tous les êtres. Et quand on développe
véritablement l'attitude éveillée, cette
fois-ci en relation avec la pratique présente, c'est
alors que l'on s'engage véritablement dans des actions
du corps, de la parole et de l'esprit qui sont parfaitement
vertueuses, avec l'intention d'atteindre à travers elles
l'illumination pour les êtres. De cette manière
on développe la suprême cause: toutes ces actions
seront la cause même de l'illumination que nous recherchons.
Quand on
développe l'intention de réaliser la parfaite
illumination, il faut réfléchir à certains
points. Considérez tout d'abord que partout où
il y a de l'espace vivent des êtres qui sont en proie
à différents karmas et sont animés par
diverses émotions, et qui, de ce fait, expérimentent
toutes sortes de souffrances. On pense alors que tous ces êtres
vivants, humains et non humains, ont été de très
nombreuses fois notre père ou notre mère dans
nos existences antérieures.
Quand ces êtres étaient nos parents, ils nous ont
témoigné la même tendresse et le même
dévouement que nos parents de cette vie. Si l'on n'apprécie
pas leur bonté à notre égard, pensant qu'ils
nous ont simplement élevés pour leur propre bénéfice
et qu'ils sont donc la cause de nos souffrances actuelles, cela
signifie que l'on n'a pas assez réfléchi au degré
et au type exact de bonté que nos parents nous ont prodigué
au début de notre existence. Nous étions nus à
notre naissance, sans ressource, sans argent, sans nourriture,
démunis et exposés aux dangers. Grâce aux
soins de notre mère, nous avons pu demeurer en vie. Elle
s'est entièrement occupée de nous, nous a lavés,
nourris et a pourvu à tous nos besoins : vêtements
doux et chauds, réconfort, etc.
Elle nous a également protégés contre toutes
les formes de dangers qui pouvaient menacer notre vie comme
le feu, la chute, les blessures. Quand nous tombions malade,
elle faisait aussitôt son possible pour nous procurer
les soins nécessaires. Elle s'est occupée de son
enfant avec un total dévouement, sans aucune considération
pour elle-même.
Nos
capacités de communiquer avec autrui, marcher, subvenir
à nos besoins et vivre de façon normale en tant
qu'être humain sont issues de la bonté des parents
qui nous ont élevés. Tous ces êtres qui
ont été nos parents à un moment ou à
un autre du passé sont semblables à nous, en ce
sens que tous sans exception cherchent le bonheur et fuient
la souffrance. Malgré ce souhait général,
les êtres, du fait de l'ignorance, sont incapables de
distinguer entre les actions et leurs résultats. Par
conséquent, ils ne savent pas que si l'on veut le bonheur,
il faut accomplir des actions positives et que si l'on souhaite
éviter la souffrance, il faut également éviter
les actions négatives. Négligeant cette connexion
entre les actions et leurs résultats, les êtres
continuent dans leur quête du bonheur d'accomplir des
actions négatives dont le seul résultat est la
souffrance. C'est la raison pour laquelle ils tournent sans
fin dans le cycle des existences, passant de vie en vie, souffrant
éternellement sous différentes formes. Prenant
conscience de cela, on développe avec l'attitude illuminée
le souhait de libérer tous ces êtres du cycle des
existences et de la souffrance où ils sont plongés,
et on décide de consacrer totalement l'énergie
de son corps, de sa parole et de son esprit à des actions
dont le seul but est cette libération de tous les êtres.
Notre intention est donc d'atteindre la libération le
plus vite possible afin de pouvoir libérer les autres.
Et cette attitude d'esprit sincère et très profonde,
qui n'est pas simplement une formule récitée de
temps en temps mais une motivation authentique que l'on développe
au plus profond de son être, doit être présente
à l'esprit chaque fois que nous pratiquons les enseignements
du Bouddha.
Avec cette
motivation totalement pure, chaque fois que l'on écoute
les enseignements, que l'on réfléchit à
leur sujet ou qu'on les met en pratique à travers la
méditation, on suit le chemin des bodhisattvas qui mène
directement à l'illumination. Quand on pratique l'enseignement
du Bouddha, on garde toujours clairement présente à
l'esprit l'idée qu'on poursuivra cette pratique jusqu'au
bout, sans l'abandonner à moitié chemin, Jusqu'à
ce que soit véritablement réalisé le fruit
ultime de la pratique qui est l'obtention de la bouddhéité,
afin d'avoir la capacité d'établir tous les êtres
dans ce même état.
Cet engagement requiert beaucoup de courage et de fermeté
d'esprit. Il faut persévérer, sans développer
de doute sur notre possibilité de réaliser l'illumination
et d'établir tous les êtres dans le même
état.
Quand on s'engage sur le sentier de l'illumination, une profonde
confiance doit être cultivée. Si l'on garde cette
pure motivation constamment présente à l'esprit,
notre activité spirituelle mais également toutes
nos activités quotidiennes deviennent de parfaits moyens
de réaliser l'illumination. Si l'on se demande sans cesse
comment venir en aide à autrui, il n'est plus nécessaire
de se préoccuper de son propre bienfait car celui-ci
se réalise dès lors spontanément. En fait,
par l'application des moyens pour aider autrui, on développe
également les moyens qui nous permettront de reconnaître
la nature ultime de l'esprit. Cette réalisation de la
véritable nature de l'esprit nous permet alors de nous
émaner sous des formes variées et dans des situations
infinies pour venir en aide aux êtres, et on devient ainsi
un Bouddha capable de manifester cette réalisation sous
la forme de corps qui agissent pour le bien des êtres.
>>>